Banques, rien ne va plus

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Cet article est initialement paru dans la Gazette de l’Assurance.

Banque allemande, banque à l’amende

La Deutsche Bank, n’aurait une amende « que » de 5,4Md$ au lieu des 14Md$ prévus. Un malheur venant rarement seul, la chancelière a gaffé, comme quoi l’Allemagne n’ira pas sauver DB. Alors que la DB n’avait pas demandé de soutien, la sortie d’A. Merkel laisse supposer l’inverse. Sigmar Gabriel, le ministre de l’économie outre-Rhin, a enfoncé le clou en traitant les dirigeants de DB d’”irresponsables”. DB ne pourra se désengager de Postbank que sous un environnement contraint.

Commerzbank, elle aussi, entend s’alléger et veut supprimer 9600 emplois.

Plus grave dans le monde germanique, les assureurs vie ont des stocks de contrats d’assurance vie, garantis à des taux de près de 300 points de base supérieurs aux rendements financiers. Ils ont pu changer leur gamme de produits et ont eu 16 ans pour amortir le provisionnement induit par solvabilité 2. Mais le maquillage comptable ne change pas la réalité du sous provisionnement, si les comptes étaient réellement en « valeur de marché » (fair value en l’occurrence).

Le Royaume-Uni parti, aucun pays européen n’a la capacité (ni la volonté) de sauver la finance d’un pays qui est parfois perçu comme le 4ème Reich (cf le référendum en Hongrie contre la décision d’A. Merkel concernant les migrants).

Le Sud reste aussi problématique

En Espagne, Santander, la banque d’Ana Botin, a souffert plus tôt. Au Portugal, on se souvient de la restructuration forcée, avec bail out piloté par la banque centrale du Portugal, de Banco Espirito Santo en août 2014. L’Italie aura-t-elle le droit de recapitaliser certaines de ses banques (Monte Paschi n’est qu’un exemple), malgré les règles européennes contraignantes ? La Grèce n’est en réalité pas tirée d’affaires, mais a repoussé les échéances de paiements.

Bien sûr, en France aussi, la valeur des banques a été divisée par près de 3 depuis le début de la crise. La BNPP a aussi connu les discussions sur les amendes aux USA. SG est inquiétée par Bercy qui pourrait remettre en question la déductibilité fiscale des pertes « Kerviel ».

Les banques centrales forcées d’aggraver la spirale monétaire ?

Pour l’instant, la BCE continue d’inonder le système financier de ses liquidités. Mais cela aura, sinon un terme, du moins un plafond, l’urgence monétaire n’ayant pas de sens pérenne. Pourtant, les marchés continuent de réagir favorablement à court terme à chaque annonce d’assouplissement ou de report du retour à la normale.

Les problèmes des banques sont structurels: taux bas (qui endommagent les marges), désintermédiation digitale (valeur captée par les réseaux qui « tiennent » le client), normes prudentielles accrues (Bâle 3 voire « 4 » selon certains), incertitudes politiques (Brexit, conflits,..).

La publication des stress tests largement rétrospectifs et qui ne tiennent pas compte de l’ensemble de ces phénomènes a pu faire croire que le seul problème en Europe était Monte Paschi di Sienna. Cette supercherie n’a guère duré.

Pas de parade idoine en cas de faillite

L’Allemagne ne paiera, ni pour les banques grecques, ni même pour la Deutsche Bank, pourtant symbole du capitalisme rhénan (caractérisé par l’intrication des banques, des länder et de l’industrie ; par opposition au capitalisme anglo-saxon, ouvert au marché).

Les mécanismes de résolution (MRU opérationnel depuis le 1/1/2016) ne sont pas encore rodés et les fonds nécessaires pas encore abondés. Le risque systémique est plus surveillé depuis la mise en place de hauts conseils de stabilité à l’échelon européen et dans les pays membres. Mais ce risque n’est pas diminué pour autant. Au contraire, la bulle de liquidité a atteint une taille ingérable. L’exemple japonais montre que lorsque les bornes sont franchies, il n’y a plus de limites. Ainsi, pour l’instant, les marchés escomptent que les arbres iront jusqu’au ciel.

En attendant, évitez de mettre plus de 100 000 euros dans une banque, le surplus peut vous être pris en cas de faillite.

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