BCE et Marchés : la fuite en avant

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La BCE vient d’annoncer qu’elle poursuivait ses injections de liquidités. Prévues à 80Md€ jusqu’à fin mars, elles seront prolongées jusqu’à fin 2017, au rythme de 60Md€ par mois. Comme d’habitude, les marchés sont à court terme « euphoriques », revenant au plus haut de l’année. L’«exubérance irrationnelle » des marchés (expression d’Alan Greenspan en 1996 avant l’éclatement de la bulle internet) est de retour.

Euphorie des marchés ?

Etymologiquement, euphorie signifie bien portant. Il faudrait plutôt parler d’euchronie, à savoir un passage heureux temporaire (en attendant de savoir où iront vraiment les taux), voire d’utopie, monde heureux, qui semble ici détaché des contraintes géopolitiques.

La BCE et les marchés défient les tendances présentes. Les taux ont commencé à remonter. La Federal Reserve pourrait annoncer plusieurs hausses de taux directeur d’ici un an. Les taux, qui ont repris depuis la rentrée (plus 60 points de base pour le TEC10), se sont d’ailleurs encore tendus après l’annonce de la BCE. Le contexte l’international (Brexit, démondialisation de D. Trump, échec du référendum en Italie, terrorisme,…) devrait déprimer les marchés, mais ceux-ci préfèrent des mauvaises nouvelles sûres plutôt que de l’incertitude.

Des taux durablement bas ?

Le Conseil d’analyse Economique (qui dépend du Gouvernement) et en sous-jacent l’OFCE (qui dépend de Sciences-po) pensent que les taux vont rester bas. Ils expliquent que les taux bas sont la résultante du peu d’investissement et du trop-plein d’épargne. Peu d’investissement serait, selon eux, nécessaire, car l’économie numérique serait moins consommatrice de capitaux, ce qui est faux (les coûts de développements informatiques y sont considérables). L’importance de l’épargne serait due au vieillissement.

L’analyse est doublement erronée: c’est le manque de confiance qui limite l’investissement et incite à l’épargne de précaution. Mais surtout, les taux sont bas parce que la BCE injecte des liquidités aux limites du possible dans la zone euro et annonce maintenant un prolongement du quantitative easing jusqu’à fin 2017.

Regain bancaire

L’indice des valeurs bancaires STOXX® Europe 600 Banks a pratiquement comblé les pertes de cette année. En effet, la remontée des taux signifie la reconstitution de marges nettes d’intérêts dans les comptes de résultats des banques.

Certaines banques ont argué de la baisse passée des taux pour augmenter leurs frais, y compris La Banque postale, réseau aujourd’hui en grève, qui se veut « citoyenne ». En fait, c’est plutôt le « Compte Nickel » qui prend le segment des laissés pour comptes (sans comptes, jeunes « branchés »).

Les banques ont pourtant du souci à se faire : concurrence du digital (3 fois moins de contacts en agence en 10 ans), banques italiennes en recapitalisation (MPS, Unicredit,…), finance allemande en doute (Deutsche Bank,…), menace d’un surcroît prudentiel « Bâle 4 », amendes pour entente sur les taux ou autres, incertitudes géopolitiques,…

Jusqu’à fin 2017 (après les élections allemandes), la BCE inonde tous les incendies avec toujours plus de liquidités. L’Euro va baisser (1,06$ après l’annonce de Mario Draghi). Au-delà, cela créé une bulle de liquidités, impossible à rembourser sans une dépression majeure.

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