Brexit: le comique vire au tragique

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Boris Johnson (l’ex maire de Londres) compare élégamment le chemin suivi par l’Europe (continentale dans l’esprit des Anglais) à ceux d’Hitler et de Napoléon. Ce dernier reste présent en creux à Londres (Trafalgar, Waterloo, bonnets de la garde, St Helen’s, …même le nouveau maire vient de l’Empire plutôt que du continent) et plus généralement chez les Anglais (pour exiger d’un enfant qu’il dorme, on le menace d’un « Bonnie will come ». Bonnie=Bonaparte).

Des interventions contre-productives

Les prises de paroles se sont multipliées dans le monde pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne, qui peuvent s’avérer nuisibles:

–          Le FMI, Christine Lagarde étant contestable (Grèce, affaire Tapie,…) ;

–          Le locataire de l’Elysée, plus discrédité dans son pays que Dilma Rousseff au Brésil ;

–          Angela Merkel, qui a brouillé son image désormais bipolaire (dame de fer avec la dette grecque, fille de pasteur avec les migrants);

–          La Banque Centrale d’Angleterre, qui s’exprime politiquement, ce qui viole son statut ;

–          David Cameron, dont l’image sur le blanchiment d’argent a été terni (Panama Papers et son père, critique du Nigéria avec la conférence “anti money laundering” dans la City, capitale de l “essorage” de fonds) ;

–          Les Travaillistes, historiquement plus pro-européens, qui n’ont pas envie de plébisciter un Premier Ministre conservateur;

–          Le président américain sortant, qui est venu donner des leçons de morale à son ancien pays colonisateur (qui a aussi soutenu l’apartheid jusqu’en 1991);

–          La City et les entrepreneurs se prononcent majoritairement pour le maintien, mais ce sont les sujets de Sa Gracieuse Majesté (90 ans) qui votent.

Le Royaume-Uni n’est déjà plus vraiment dans l’Union Européenne. Le RU déroge à l’UE sur la Défense, sur Schengen, sur Maastricht, sur l’Euro, sur l’Union Bancaire, sur la ristourne sur sa contribution financière, et désormais sur les passe-droits obtenus par David Cameron.

Les débats ne semblent pas influencer la finance qui ne croît pas au Brexit parce qu’elle n’y a pas intérêt (wishful thinking). Par exemple, le projet de rapprochement LSE-Deutsche Börse se poursuit, tandis qu’Euronext se dit prêt à une opération de fusion acquisition d’envergure dans la durée du plan.

Ce n’est pas une affaire d’argent

Les principaux pays euro-sceptiques sont ceux qui reçoivent le plus en net de l’UE: Pologne (13,5Md€), Hongrie (5,6Md€). C’est bien la preuve que le critère de maintien n’est pas financier et que le RU pourrait décider d’une sortie qui n’est pas dans son intérêt économique.

Avec toutes les dérogations accordées aux britanniques, le chômage au RU est moitié moindre de l’UE, le salaire minimum est de fait supérieur à celui en France et en Allemagne, et le PIB dépasse désormais largement celui de la France.

Divers instituts chiffrent le coût de sortie du RU. La fondation Bertelsmann* estime à 0,6% la perte de PIB en cas de départ ordonné et 3% en cas de sortie non coordonnée. En pratique, en cas de “leave” le RU a 2 ans pour renégocier les traités.

Les indépendantistes britanniques rappellent que plus de 7Md€ sont donnés tous les ans à l’UE.

L’occasion d’un projet européen

Le seul sujet sérieux serait de tirer de ce référendum, quel que soit l’issue, la réforme nécessaire de nos institutions européennes.

VGE connaisseur emphytéotique du sujet revient avec l’idée d’une fédération (système germanique) avec un noyau dur (« Europa »). Jeroen Dijsselbloem veut réviser de la BCE. L’Euro suppose en effet des bases (fiscales, sociales, etc) harmonisées au préalable.

Historiquement, Churchill voulait en 1946 un RU « ami » mais pas intégré à l’UE (qui ne s’appelait pas encore ainsi), de Gaulle avait refusé en 1963 et 1967 l’entrée du RU dans l’UE, et même le très européen Robert Schumann ne l’envisageait pas vraiment.

L’UE ne s’est pas adaptée, même après le référendum rejeté de 2005 sur le traité institutionnel européen. Cette fois-ci, sans réforme post référendum du 23 juin, les crises de Schengen et de l’euro risquent de provoquer l’éclatement de l’UE.

*https://www.bertelsmann-stiftung.de/en/press/press-releases/press-release/pid/brexit-could-be-expensive-especially-for-the-united-kingdom/

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