Pourquoi Cambadélis protège Macron et charge Mélenchon

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Cambadélis, ex-trotskyste (né à Neuilly) élu à l’Assemblée Nationale sous l’étiquette socialiste sans discontinuer depuis 1988, protège beaucoup Emmanuel Macron et ne manque pas une occasion de taper sur un autre trotskyste: Jean-Luc Mélenchon. Officiellement, cette stratégie partiale répond à l’appétence assez large des socialistes pour Emmanuel Macron, et à leurs réticences vis-à-vis de Benoît Hamon et de la gauche de la gauche. Mais un calcul un peu plus sordide se cache derrière ces postures tactiques.

La paresse de Cambadélis commence à se voir

Si Cambadélis est député du 19è arrondissement depuis 1988, fonction qu’il cumule aujourd’hui avec celle de Premier Secrétaire du bel et vivace Parti Socialiste, on peine en revanche à dresser le bilan de son activité législative. Camba brille en effet par son désintérêt pour ses fonctions de parlementaire et par son manque d’implication dans la vie de la Nation (sauf lorsqu’il s’agit de jouer aux chefs de parti).

En bon professionnel de la politique, Cambadélis a par ailleurs ajouté à son arc quelques flèches judiciaires qui respirent la politique d’antan. Mêlé aux affaires de la MNEF, proche de DSK, condamné pour avoir occupé un emploi fictif dans une société gestionnaire de foyers de travailleurs immigrés dirigée par un ancien cadre du Front national (le fameux parti qu’il appelle à combattre aujourd’hui). Voilà ce qu’on appelle couramment un homme d’affaires…

La fille de Gérard Filoche en embuscade

Dans ce contexte empreint d’intérêt général, la situation de Cambadélis est précarisée par les appétits et les ambitions de Léa Filoche, la fille du fameux Gérard, et accessoirement adhérente à la même faction que son père. Celle-ci convoite l’investiture de son parti dans la circonscription du Premier Secrétaire et a réclamé l’organisation d’une primaire qu’elle a finalement perdue (on apprend pas aux vieux singes à faire des grimaces).

Cette contestation interne montre bien comment Camba lui-même est fragilisé par la crise profonde que connaît le Parti Socialiste. L’intéressé a pourtant mis en place quelques pare-feux. Il a par exemple recruté la première adjointe de la mairie, proche de Bertrand Delanoé, Halima Jemni, comme collaboratrice parlementaire. Ce mélange des genres, qui permet de tenir une mairie traversée par des luttes d’influence, ne suffit peut-être plus pour rester en place…

L’arithmétique électorale compliquée de Cambadélis

Mais… à quelque chose, malheur est bon. Après tout, l’investiture du Parti Socialiste dans le 19è arrondissement n’est peut-être pas la panacée. Dans le 19è arrondissement (qui correspond en partie à la circonscription de Cambadélis), Hamon a recueilli 10.000 voix à peine contre 24.500 à Mélenchon, et 23.500 à Macron. Si Cambadélis veut avoir une chance de garder son siège aux prochaines législatives, il est donc obligé de nouer une alliance avec… les macronistes, tout en conservant avec lui la moitié du Parti Socialiste qui ne se voit pas chez Mélenchon.

Ce sera juste, mais c’est jouable…

Ceci suppose bien entendu qu’il existe un accord électoral entre le parti socialiste et En Marche. On aurait bien tort de ne pas examiner les discussions qui vont se nouer dans les prochains jours sous cet angle-là: comment Cambadélis va-t-il instrumentaliser le parti socialiste pour défendre ses propres intérêts.

On s’en délecte par avance: plus un régime se décompose, plus les plaisirs qu’il offre sont savoureux et décadents.

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