Ces candidats français qui draguent les exilés fiscaux en Belgique

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Cet article est initialement paru sur le site l’Echo, sous la signature de Nicolas Keszei.

Un discret dîner de levée de fonds a été organisé hier soir à Uccle au profit d’Emmanuel Macron. NKM est elle aussi en conférence levée de fonds à Bruxelles. Alain Juppé et Nicolas Sarkozy sont déjà passés: le portefeuille des exilés français est très sollicité par les candidats.

 

Le candidat Macron

Money time. Certes le prodige (?) de la politique française Emmanuel Macron est à Bruxelles pour parler de la crise que traverse l’Europe, etc., etc. Mais, comme tous les politiques français qui se précipitent dans la capitale belge, c’est aussi (et surtout) pour lever des fonds que l’ex-ministre de l’Economie, toujours pas candidat officiellement à la présidence, est en Belgique ces jours-ci…
“La première chose que nous demandent les chefs de cabinet des politiques français quand ils nous contactent, c’est: ‘Combien penses-tu qu’on va pouvoir lever?’, ça ne rate jamais”, s’amuse le patron d’un cercle d’affaires qui en la matière en connaît un rayon. “Il faut arrêter de croire que les politiques français viennent en Belgique parce qu’ils nous adorent: ils viennent chercher de l’argent d’abord et avant tout”.
Pour Emmanuel, Macron, cette discrète levée de fonds a eu lieu mercredi soir à Uccle. Un dîner informel a en effet été organisé par Marc Grosman, l’un des fondateurs du groupe Célio. Français résidant à Uccle, Marc Grosman, dont le groupe a un chiffre d’affaires avoisinant le milliard d’euros en 2015, confirme la tenue de la soirée avec une vingtaine de convives, “la moitié français, l’autre moitié de Belges”, détaille-t-il à “L’Echo” sans pour autant vouloir donner le nom de ces invités. “Il n’y a aucune obligation de donner des fonds pour Macron, j’ai été très clair là-dessus avec mes invités.”
La loi française est limpide en la matière: chaque personne peut donner jusqu’à 7.500 euros à un politique et ce montant grimpe à 15.000 euros en période électorale. En général, à la fin du dîner, “chacun sort son chéquier selon qu’il a été plus ou moins convaincu par le politique”, raconte un républicain. Dans le cas de M. Macron, cependant, certains invités – et non des moindres – ont décliné l’invitation de Marc Grosman. “Les idées de Macron sont intéressantes, mais je soutiens Juppé. Je ne vais pas donner à chacun, ça n’aurait pas de sens”, témoigne un expatrié français avec un certain poids financier.
Car les expatriés fiscaux français (et leur compte en banque) sont très sollicités ces jours-ci.

 

Le candidat Juppé

Ainsi le candidat Alain Juppé a-t-il débarqué à Bruxelles il y a cinq mois. Le Bordelais peut compter sur un fin connaisseur des arcanes ucclo-français en la personne du libéral Boris Dilliès pour l’aider dans sa quête de fonds. Proche de Juppé, le député s’est chargé d’organiser en personne le dîner-levée de fonds en faveur de son poulain. Celui-ci a eu lieu au Cercle de Lorraine: “Oui, cela a bien fonctionné, et oui, il y avait quelques gros poissons”, se borne à commenter l’échevin ucclois. Sans vouloir donner les noms des convives pour autant…
Il y a donc eu Alain Juppé.
Mais aujourd’hui c’est carrément l’embouteillage à Bruxelles (sans mauvais jeu de mots) puisque, à côté de Macron, deux autres pointures françaises sont en ville. Eric Woerth, le secrétaire général des Républicains et ex-ministre du Budget, est à Bruxelles pour y donner une conférence au B19. Il est clairement là comme missi dominici de Nicolas Sarkozy même si, le patron du B19 John Bogaerts est clair, “on ne pratique pas de levée de fonds au sein de notre business club”. Ce qui se passe après la conférence, en revanche, c’est une autre affaire…

 

Le candidat Sarkozy

De toute manière, Nicolas Sarkozy est venu en personne à Bruxelles lever des fonds en février dernier. Il l’a fait à l’occasion, lui aussi, d’un dîner organisé par des amis. Et de l’avis d’un expert, l’ex-président de la république est LE politique français qui lève le plus de fonds en Belgique. “Le cercle bruxellois sur lequel il s’appuie est constitué de gens disposant d’énormément de relais et d’entregent”, souligne un membre des Républicains.

 

Le candidat NKM

Il y a aussi NKM (prononcez: Nathalie Kosciusko-Morizet). Elle a bien saisi la balle (et le carnet de chèque) au bond. Invitée pour une conférence à Uccle il y a trois mois, elle profite d’un dîner “de réflexion” à la Villa Lorraine, dans la foulée, organisé par John Bogaerts, pour taper dans l’œil de plusieurs de la quinzaine de convives présents ce soir-là. Pêle-mêle, on retrouve à table entre autres Marnix Galle (Allfin), Patrick De Pauw, Michèle Sioen, etc. Banco pour NKM qui décroche le soutien du magnat de l’immobilier Patrick De Pauw. Ce qui lui permet d’être aujourd’hui en conférence au cercle WTC. Une conférence qui doit – avez-vous bien suivi? – invariablement déboucher sur une levée de fonds plus ou moins importante.
Money time.

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