Candidats En Marche: un recrutement social étroit

Une enquête de Luc Rouban pour le Cevipof, citée par Acteurs Publics, analyse le recrutement social d'En Marche. Les résultats montrent une assise du mouvement parmi les catégories socio-professionnelles les plus élevées. On peut parler de Révolution Jeune-Turc

Un recrutement social étroit

Le renouvellement du personnel politique ne passe pas seulement par le recrutement de candidats qui n’ont pas d’expérience électorale. Il implique également une ouverture et une diversification de leur recrutement social afin que les élus ne puissent plus être considérés comme les représentants d’une oligarchie qui s’auto-reproduit.

Sur ce terrain, le renouvellement n’a pas eu lieu, bien au contraire. On enregistre une très forte présence de chefs d’entreprises, surtout de PME ou de TPE, notamment dans le domaine de la gestion des ressources humaines et de la communication, qui constituent plus de 17% des candidats. Le monde des entreprises et des affaires est très bien représenté car il faut ajouter à ces patrons les cadres supérieurs ou dirigeants d’entreprises, qui constituent 20% des candidats et les membres des professions libérales qui en offrent 12%. Si l’on réunit l’ensemble des professions en trois grands groupes sociaux, on s’aperçoit que les candidats des classes populaires constituent 8,5% du total alors que les représentants des classes moyennes en constituent 23% et ceux des classes supérieures 68,6%1.

Cette situation moyenne est encore plus marquée chez les novices, qui n’ont jamais été élus, ce que confirme la lecture des biographies montrant un engouement certain pour la carrière politique au sein d’une population de jeunes diplômés travaillant dans le secteur privé comme salariés ou comme indépendants.

Le contraste social entre les novices et ceux qui détiennent déjà un mandat électif autorise une autre lecture du renouvellement du personnel politique. En effet, ce contraste met en évidence la fonction promotionnelle de l’activité politique, autorisant des membres des classes populaires et moyennes à bénéficier d’une mobilité sociale que leur profession d’origine ne leur aurait sans doute pas permise. À l’inverse, le projet d’amener à la politique des candidats n’ayant pas ou peu d’expérience politique, s’il conduit à limiter les effets de la professionnalisation, peut également renforcer la proportion des candidats ayant le plus de ressources sociales et les plus à même de s’engager dans une campagne électorale et une carrière politique ultérieure.

À cette absence de diversification sociale s’adjoint cependant un rééquilibrage entre secteur public et secteur privé. Alors que l’une des critiques les plus fréquentes consiste à dénoncer le fait que les fonctionnaires constituent le principal groupe professionnel au sein de l’Assemblée nationale, il semble que le recrutement des candidats LREM ait considérablement renforcé la part des professionnels du secteur privé qui constituent en moyenne 60% de l’ensemble des candidats alors que ceux qui viennent du secteur public en représentent 40% et 33% seulement des novices. Une comparaison d’ensemble avec les députés élus en 2012 montre que ceux-ci provenaient du secteur public à hauteur de 55%. Les résultats de l’élection permettront de savoir si de nouveaux filtres sociaux auront opéré pour modifier ces proportions.

La distribution des diplômes ne fait que refléter cette situation professionnelle. On ne trouve chez l’ensemble des candidats que huit anciens élèves de l’ENA, deux anciens de l’École normale supérieure et deux Polytechniciens. En revanche, on trouve 20 anciens de diverses écoles d’ingénieurs et 18 diplômés des grandes écoles de commerce. La part prise par les études commerciales au sens large, en y incluant les formations marketing ou communication d’entreprise, est importante puisque 54 candidats soit un peu plus de 10% ont suivi des études spécialisées dans la gestion d’entreprise. On remarque également 26 anciens de Sciences Po Paris et 14 anciens d’un Institut d’études politiques régional dont une majorité s’est dirigée vers le secteur privé.

Au total, 18,5% des candidats LREM ont une formation juridique, mais 11% seulement chez ceux qui sont déjà élus contre 25% chez les novices. Les formations en économie et gestion concernent 18,7% de tous les candidats mais 15% des élus et 21,8% des novices. Les formations scientifiques, en y incluant les études d’ingénierie ou la médecine, caractérisent 18,5% des candidats sans que cette moyenne ne change beaucoup chez les seuls élus (19%) ou chez les novices (18%).


1 Le codage a été réalisé comme suit. Les catégories populaires comprennent les ouvriers, les employés du privé comme du public, les artisans-commerçants. Les catégories moyennes recouvrent les femmes au foyer, les étudiants, les professeurs des écoles, les enseignants du second degré, les maîtres de conférence, les officiers, les journalistes, les professions intermédiaires du privé comme du public et les agriculteurs. Les catégories supérieures sont composées des cadres du privé, des industriels et gros commerçants, des patrons de TPE, des professions libérales, des cadres des trois fonctions publiques et des entreprises publiques, des permanents politiques, des universitaires de rang A, des intellectuels et artistes.

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