PLFSS 2017: quand les organisations patronales luttent contre la libre concurrence

3 novembre 2016 Éric Verhaeghe 0

Les organisations patronales, en France, et contrairement aux fantasmes agités dans les médias subventionnés, n’aiment pas le libéralisme et ne manquent pas une occasion de le combattre. Le débat qui vient d’avoir lieu dans l’hémicycle en loi de financement de la sécurité sociale en a donné une nouvelle preuve. Les frondeurs à la manoeuvre La question est de savoir si les entreprises peuvent librement choisir leur assureur en prévoyance (décès des salariés, invalidité, incapacité de travail) ou non: c’est la querelle, bien connue des experts, de la désignation. Les tenants du corporatisme français soutiennent que le libre choix d’une entreprise peut être enfreint par un accord de branche, négocié on ne sait comment. Les tenants de la liberté d’entreprendre dénoncent cette restriction sur un marché de plusieurs millards d’euros aujourd’hui. À l’Assemblée Nationale, les frondeurs ont fait passer (par 19 voix contre 11 – bonjour l’assiduité parlementaire!) un amendement au PLFSS 2017 autorisant les branches professionnelles à limiter la capacité de choix des entreprises à un ou deux assureurs choisis pour des raisons que tout le monde connaît. Les négociateurs de branche sont en effet souvent administrateurs de groupes paritaires d’assurance qu’ils adorent favoriser, moyennant une rétro-commission sous forme de stands […]

CESE: et si on y introduisait la transitivité des mandats?

28 octobre 2016 Éric Verhaeghe 0

Tiens, c’est le 70è anniversaire du CESE (Conseil Economique, Social et Environnemental), qui a donc un an de moins qu’Alain Juppé! Compte tenu de cette prouesse, il mérite toute notre bienveillance. Aussi ai-je décidé de fêter cet événement de façon positive, en complétant mes critiques habituelles sur cette vénérable institution par une proposition concrète de réforme. Le CESE, ou la bureaucratie du consensus Quand la IVè République a créé le Conseil Economique et Social (CES – à l’époque on ne parlait pas d’environnement), elle avait un objectif: adoucir les partisans de la lutte des classes et de la dictature du prolétariat, en leur proposant un lieu (et une rémunération) pour fabriquer du consensus avec le reste des relais d’opinion en France, notamment avec les patrons. On pourrait traduire cette visée politique par une phrase vulgaire: pendant que les grandes gueules de la CGT discutent du sexe des anges au palais d’Iéna, avec force petits fours, Champagne et décorations, ils ne font plus la Révolution. Autrement dit, l’objet même du CESE est de construire une bureaucratie du consensus, supposée représenter des corps intermédiaires où l’on collectionne les médailles et les privilèges. Un effet destructeur sur la réforme nécessaire Avec le temps, cette […]

Hollande et l’exorcisme démocratique

27 octobre 2016 Éric Verhaeghe 3

Hollande exorcise la démocratie et montre le vrai visage de la République: celui d’un régime politique cynique, fondamentalement aristocratique et manipulateur. Telle est la leçon à retenir du livre de confidences de Davet et Lhomme intitulé « Un Président ne devrait pas dire ça », et dont le titre donne d’emblée la dimension du malaise qu’il suscite. Hollande et ses courtisans, ou le bal des faux-culs On s’amusera d’abord des réactions de vierges effarouchées prêtées à Bartolone (qui n’a pas « l’envergure » d’un Premier Ministre, selon Hollande) ou à Ayrault. Il paraît que ces vieux routards de la politique sont froissés, vexés par les propos que le Président a tenus à leur endroit auprès des journalistes qu’il recevait. Comme si Bartolone et Ayrault ne pratiquaient pas eux-mêmes le cynisme instrumentalisant de Hollande. Comme s’ils s’attendaient à autre chose de sa part. Il suffisait pourtant, au lendemain de la victoire de Hollande à la primaire socialiste, d’entendre les commentaires dans les couloirs de la rue de Solferino pour savoir que tout ce petit monde connaissait tous les vices de Hollande (notamment l’incapacité à passer à l’acte) depuis longtemps. En vérité, Barto et Ayrault sont fâchés de découvrir que Hollande était plus proche des journalistes […]

Les accidentés du travail, grandes victimes de la sécurité sociale

4 octobre 2016 Éric Verhaeghe 1

On ne répètera jamais assez que les accidentés du travail sont les grandes victimes d’un système auto-proclamé bienfaisant, appelé la sécurité sociale. Les modalités de réparation des accidents du travail sont en effet beaucoup moins favorables que la réparation des autres accidents, de telle sorte qu’il vaut mieux avoir un accident de la route le dimanche en rentrant de la campagne que le lundi matin en allant au travail: la réparation des dommages ne sera pas du tout la même. Les accidentés du travail et les excédents du régime On doit à la Fédération Nationale des Accidentés du Travail et des Handicapés d’avoir soulevé un autre point choquant dans le dispositif actuel de sécurité sociale: la branche des accidents du travail est excédentaire, mais l’argent dégagé ne sert pas à améliorer les prestations servies aux assurés. On lira ici le communiqué de la FNATH: La branche accidents du travail – maladies professionnelles (AT-MP) est la seule à être excédentaire depuis 2013. Pour autant, une fois encore dans le PLFSS qui vient d’être communiqué aucune mesure n’est annoncée pour améliorer l’indemnisation des victimes du travail. La FNATH ne manque pourtant pas d’idées pour améliorer un système d’indemnisation qui n’a pas évolué […]

Mépriser la Hongrie, la nouvelle folie des eurolatres

2 octobre 2016 Éric Verhaeghe 3

Le referendum en Hongrie devrait donner une nouvelle démonstration de la surdité européenne face aux revendications populaires. Alors que le « non » à l’accueil de migrants ou de réfugiés l’aurait emporté à 95%, il est d’ores et déjà acquis qu’il ne sera tenu aucun compte de cette impressionnante majorité, pour la simple et bonne raison que la participation n’a pas atteint les 50%. Les prochaines semaines devraient donc être chargées, puisque les électeurs autrichiens, appelés à choisir un Président de la République, qui pourrait être issu de l’extrême droite, se verront administrer une nouvelle preuve du caractère très variable de l’attachement démocratique dont l’Europe est capable. 40% des Hongrois ont dit non Revenons un instant sur le nombre de Hongrois qui soutiennent la politique d’Orban: ils sont environ 4 millions sur moins de 8,5 millions d’électeurs à avoir approuvé la position de leur Premier Ministre. Beaucoup d’élus français adoreraient disposer de scores aussi impressionnants et aussi nets pour être élus. Rappelons qu’une écrasante majorité de députés français sont élus avec 30% des voix à peine, une fois l’abstention comptabilisée. Ces scores faibles ne les empêchent pourtant pas de s’estimer totalement légitimes pour adopter des lois très contestables. Mais… comme d’habitude, ce […]

Assurance-vie: prêts pour la spoliation?

30 septembre 2016 Éric Verhaeghe 0

L’Assemblée Nationale vient de prendre une position claire sur l’assurance-vie dans le cadre de la loi Sapin 2: les liquidations de contrat pourront être suspendues en cas de mauvais temps. Autrement dit, vous ne pourrez pas vendre votre contrat et récupérer vos avoirs si l’Etat décide de suspendre ces opérations, notamment en cas de coup de tabac sur les places boursières. L’assurance-vie, victime collatérale de la loi Sapin 2 La loi Sapin 2 est un fourre-tout compliqué. On y trouve une série de dispositions à caractère financier. L’une retient particulièrement l’attention: elle autorise, en cas de crise financière, les assureurs-vie à refuser la liquidation ou le rachat d’un contrat par un épargnant. Concrètement, ceux qui ont placé leurs liquidités sur un contrat d’assurance-vie en attendant leurs vieux jours et en prévision de moments difficiles (ce qui est le propre de l’assurance-vie) risquent bien d’être bloqués en cas de crise financière, pour une durée de trois mois qui pourrait tout à fait être prolongée si la situation le justifie. Un hold-up qui ne dit pas son nom La logique de ce dispositif est aisément compréhensible: elle constitue une sorte de porte coupe-feu destinée à limiter la contagion des crises financières. En cas […]

La direction de la sécurité sociale veut tuer les entreprises

29 septembre 2016 Éric Verhaeghe 1

Selon le Figaro, la direction de la sécurité sociale préparerait un décret intégrant les contrats aidés dans le calcul des effectifs des entreprises. Voilà encore une idée lumineuse qui éclaire de façon singulière le fonctionnement de la technostructure et sa déconnection complète des réalités. Quand les fonctionnaires décident à la place des élus C’est une longue tradition, à la direction de la sécurité sociale, de vouloir outrepasser le pouvoir ordinaire de l’administration et de concurrencer le pouvoir législatif. Dans le cas du projet de décret en question, on ira pas jusqu’à dire que la sécurité sociale viole l’article 34 de la Constitution en prenant par voie réglementaire des décision qui relèvent du domaine de la loi. En revanche, la DSS ne peut ignorer qu’une modification aussi brutale du mode de calcul des effectifs des entreprises revient à modifier les seuils dans le sens du durcissement. L’entreprise de neuf salariés qui emploie trois apprentis va devoir subir les contraintes applicables aux plus de 10 salariés. C’est à l’exact rebours de ce que le gouvernement proposait durant l’été 2015 sur les mêmes seuils. Pourtant, le gouvernement n’a pas changé. Mais la direction de la sécurité sociale ne semble pas liée par la […]

UE: Merkel fait passer le TAFTA en force, Hollande opine

19 septembre 2016 Eric Verhaeghe 4

Au sommet de l’UE à Bratislava, les citoyens européens ont encore assisté à une belle pantalonnade, émaillée d’une fessée déculottée pour François Hollande, et d’une série de quiproquo qui risquent d’être lourds de sens pour l’Union. TAFTA et la fessée déculottée de Hollande Premier point: à Bratislava, Merkel a obtenu un maintien de la ligne européenne sur le TAFTA, malgré les annonces de Hollande sur l’arrêt des négociations. Voici ce qu’en dit le communiqué final: lors du Conseil européen d’octobre, examiner les moyens de mettre en place une politique commerciale robuste qui tire parti de marchés ouverts tout en tenant compte des préoccupations des citoyens Cette formule alambiquée annonce qu’en octobre, l’Union décidera officiellement de signer le TAFTA, que cela plaise ou non à la France. Il s’agit donc d’une superbe humiliation pour un Président qui annonçait, dans son discours de Wagram, qu’il ne laisserait pas la place de la France être contestée en Europe. Une fois de plus, les rodomontades parisiennes donnent lieu à un écrasement en bonne et due forme dès que les frontières sont franchies. Mais jusqu’à quand allons-nous tolérer d’être le paillasson de la Prusse? Les hallucinantes déclarations sur les réfugiés La même Merkel a obtenu, […]

Juncker sans réponse sur l’état de (dés)union

15 septembre 2016 Redaction 1

Juncker, le président de la Commission Européenne, a prononcé hier un désopilant discours sur l’état de l’Union, qu’il eût mieux valu appeler l’état de désunion. Constatant que le Brexit avait quand même un peu changé la donne, l’ancien Premier ministre luxembourgeois, grand expert de l’évasion fiscale, a maintenu la ligne officielle du parti, comme si, face à l’euroscepticisme, la réponse unique devait être « plus d’Europe » et non « l’Europe autrement ». Juncker et les crises existentielles Le président de la Commission a notamment déclaré: Notre Union européenne traverse, du moins en partie, une crise existentielle. L’expression est savoureuse, puisqu’elle renvoie à une sorte de psychologie du corps social européen qui fonctionnerait sur le même paradigme que la psychologie individuelle. Et dans l’esprit de Juncker, la crise de l’Europe est aussi fumeuse ou inconsistante que la crise de la quarantaine chez le mâle blanc hétérosexuel moyen. Le seul fait qu’il ait employé cette expression montre qu’il n’a pas compris ou pas voulu comprendre la nature de la crise qui affecte l’Europe aujourd’hui, puisqu’elle est de nature politique et non psychologique. La langue de bois continue Comme Juncker ne procède pas à une analyse politique de l’état de désunion, mais à une analyse psychologique, […]

Paritarisme: l’AGIRC, là où les vieux ours se frottent le dos

14 septembre 2016 Eric Verhaeghe 0

Le paritarisme, bien sûr, existe dans l’intérêt des salariés, de la démocratie sociale, du progrès universel, bla-bla, bla-bla. Mais il n’est pas inutile de donner un petit coup de projecteur sur les échanges de bons procédés qu’il abrite, qu’il permet et même qu’il donne envie de conclure entre gens bien éduqués. L’AGIRC donne un superbe exemple… de ce que j’appellerai ici la version sociale du capitalisme de connivence, et que certains préfèreraient appeler de gênants conflits d’intérêts. L’AGIRC, le dernier salon où l’on cause Ceux qui s’intéressent un peu au paritarisme savent pourquoi il a été inventé, historiquement: inspiré du modèle allemand, il sert d’abord à créer une communauté d’intérêts entre représentants patronaux et représentants salariaux. Le paritarisme s’est imposé dans les esprits à partir des années 20, dans les faits à partir des années 50, comme la meilleure riposte à la lutte des classes. Mettre les ours en cage pour qu’ils se frottent le dos bien au chaud et qu’ils oublient la révolution prolétarienne, voilà le remède à nos problèmes sociaux. À l’AGIRC, cette fonction a pris toute sa dimension, et les relations entre le président CFDT, Jean-Paul Bouchet, et le président d’honneur, Philippe Vivien, en portent un superbe […]

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