Une chasse de tête pour recruter notre Président ?

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Cet article est rédigé par Rami Keichtel et Damien Leblond, fondateurs de Selescope.
Et si on laissait aux experts du recrutement le soin de… recruter « LE » talent de demain ? Voici notre contribution pour dénicher le futur Président de la République. Et pour commencer, voici le profil du poste.

Présentation de la chasse de tête

Cinquième puissance mondiale, réputé dans de nombreux domaines, de la gastronomie au luxe, en passant par la culture et le sport, recherche son Président de la République. Exerçant une forme de fascination par notre double capacité à séduire et agacer, notre pays suscite alternativement admiration et consternation chez nos partenaires.
Dans l’espoir de renforcer notre rang et le développement de notre économie, nous recherchons notre prochain chef de l’état, H/F. Poste basé à Paris (France).

Mission :

Responsable directement devant nous, vous prenez en main pratiquement tout ce qui nous concerne en tant que citoyens. Pour peu que la majorité élue au Parlement vous soit favorable, vous détenez plus de pouvoirs que les plus puissants des rois de France.
Vous agissez tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de nos frontières en définissant vous-même la politique que vous conduisez, idéalement en conformité avec celle sur laquelle vous vous êtes engagé(e) en tant que candidat(e).
A ce poste unique, il serait de bon ton d’écrire quelques-unes des plus belles pages de notre histoire.

Profil

Homme ou femme de formation supérieure (Bac + 5 à 10)… ou pas, vous disposez d’une première expérience de l’exercice d’un mandat électif et / ou d’une responsabilité gouvernementale au rang de Ministre.
Vous êtes par exemple député, député-maire, Président ou membre d’un Conseil d’Administration d’entreprise ou d’une organisation associative, ancien Ministre voire Premier Ministre, et vous êtes nationalement connu(e) pour vos idées, vos prises de position et le nombre de gens qui croient en vous et en votre avenir politique.
Au-delà de votre expérience et de vos compétences, votre personnalité fera la différence : charisme, leadership, combativité, esprit d’équipe, sens du dépassement de soi, esprit de service, orientation « résultats », force de conviction, qualités d’écoute, empathie.
Nous vous offrons
•    Une responsabilité globale particulièrement enrichissante et valorisante,
•    Un environnement de travail extrêmement stimulant, parmi les plus prestigieux du monde,
•    Une mise en relation avec les plus grands décideurs internationaux : politiques, sport, culture, people,…
•    Le poste est basé à Paris, de nombreux déplacements sont à prévoir en France et à l’international. Un avion privé est mis à votre disposition
•    CDD de 5 ans, renouvelable, sans période d’essai.

La méthode old school de désignation ne fonctionne plus !

Imaginons le client : « France. » Par quel prestataire passe-t-elle pour recruter son prochain Président de la République ?
Réponse : par les Partis politiques qui organisent des Primaires, et indirectement par les « grands électeurs » qui soutiennent, ou non, les candidats hors Primaires. Or, ces procédés ne donnent pas satisfaction.
Premier obstacle. Ces procédés ne permettent pas de sélectionner le meilleur potentiel. « Potentiel », précisément : il n’est pratiquement pas évalué. Nous choisissons entre des candidats dont la crédibilité réside dans leur expérience passée. Nous prenons donc, chaque fois, le risque de choisir quelqu’un qui a déjà donné le meilleur de lui-même… alors qu’il serait bien plus judicieux de choisir quelqu’un qui se révélerait, littéralement, dans la fonction.
Second obstacle. La survalorisation de la personnalité apparente. Nous choisissons sur la base de shows, d’effets de tribune, de répartie, d’impact immédiat. Le charisme est important, certes, mais pour bien recruter, il faut aller au-delà de ce qui apparaît. Il faut sonder ce qui est derrière, au fond, à l’intérieur : les traits de personnalité qui seront en adéquation, ou pas, avec les exigences de l’environnement et de la mission. Et pourtant, nous le savons bien : les qualités personnelles qui font un bon candidat (impact, pouvoir de séduction, maîtrise de l’expression, intelligence de situation…) ne sont pas du tout celles qui font un bon élu (engagement, sincérité, capacité à se remettre en cause, loyauté, intégrité intellectuelle et morale…).
Troisième obstacle. Le caractère confiscatoire du premier critère de la sélection, celui de la motivation préalable. Nous ne choisissons que parmi des candidats qui se déclarent : nous départageons des prétentions. Or, nous passons ainsi à côté de formidables profils qui ne se sont pas positionnés, pour une myriade de raisons, et qui pourraient se découvrir une vocation si nous prenions le temps de les solliciter, de les faire se projeter dans la mission.
Quatrième obstacle. En nous focalisant sur le choix d’un individu, nous oublions que nous allons lui demander de constituer une équipe efficace. Nous sommes aveuglés par des questions de prestance, de pouvoir de séduction, d’autorité apparente : nous n’avons aucun indice qui nous permette de juger de sa capacité à réunir et animer une équipe solidaire, engagée et performante.

Et si on passait par les méthodes d’une « chasse de tête » pour recruter notre Président !

Nous ferions bien de réfléchir à une amélioration de notre méthode de recrutement.
Des Primaires, soit, mais pas pour n’en retenir qu’un(e) : pour sélectionner une short-list, celle des « pourquoi pas ? ». Sur cette base, des professionnels indépendants procéderaient à une évaluation des personnalités en présence, et de leur adéquation avec le poste à pourvoir. Les profils seraient rendus publics, avec pour chacun(e) les lignes de force et les points de vigilance.
Cette adéquation supposerait, d’ailleurs, de s’interroger un peu plus intelligemment sur l’essentiel : un Président de la République est censé définir une stratégie, porter une vision… or, depuis une paire de mandats, il est au mieux question de management et de gestion, au pire d’arrangements et de combinaisons tactiques. A tel point que l’action politique devient illisible, l’engagement politique discrédité.
Approfondir cette question de la mission à conduire permettrait de procéder à une « chasse » et de de faire participer quelques forts potentiels, n’ayant pas la prétention des traditionnels « ego » plus ou moins boursoufflés qui émergent chaque fois.

On peut évoquer une crise de régime, critiquer le mode de scrutin, s’interroger sur l’enjeu constitutionnel mais plus simplement introduire des éclairages professionnels dans un choix majeur :
Le choix est définitif et pour ce poste, pas de période d’essai !

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2 commentaires sur Une chasse de tête pour recruter notre Président ?

  1. Soit ! mais quid du contrôle de l’action de ce président au fur et à mesure de l’exercice de son mandat ?

    Il en est de même pour tous ces élus de toutes sortes qui à peine installés ont toute latitude pour appliquer le contraire de leurs promesses électorales, commettre un ou deux méfaits par-ci par-là . . .

    La démocratie sans contrôle est un leurre ! on peut se demander à maintes occasions si le QI d’iceux-là est en adéquation avec l’exigence des responsabilités qu’ils prennent.

    Indépendamment de la division par 6 du nombre de députés et sénateurs et bien d’autres réajustements.

    Les élus de tous bords sont faillibles quelles que soient leurs intentions réelles ou supposées aux cours de leurs mandats respectifs. Du temps de la Grèce antique la démocratie directe a pu s’appliquer du fait qu’un petit nombre de citoyens constituait la république d’Athènes, aujourd’hui les moindres nations dites démocratiques dont la française comptent des millions, des dizaines voire des centaines de millions d’individus susceptibles d’aller aux urnes et ainsi voir diluer dans une cacophonie invraisemblable leurs volontés et décisions sans oublier le fait qu’il est impossible de tenir au courant de tous les faits et gestes des élus et de leurs attachés fonctionnaires ou non, les citoyens de tous horizons.

    en conséquence formulons ce projet de loi :

    Article 1
    Afin d’assurer tant que faire se peut la fidélité aux serments et professions de foi des uns et des autres il est décidé:
    – qu’auprès de chaque élu, un certain nombre d’électeurs tirés au sort, devenant ainsi questeurs, seront chargé de la bonne application du mandat qui a été confié à cet élu .
    (à titre d’exemple : 80 questeurs pour un député, un sénateur, ou un président de conseil général [3 x 20 par rotations + 20 de réserve], 12 pour un conseiller municipal[3 x 3 par rotations + 3 de réserve])

    Article 2
    Les questeurs désignés veilleront par tous les moyens utiles et nécessaires à la bonne exécution des tâches de l’élu. En cas de manquements de ceux-ci les questeurs pourront à la majorité simple le faire placer en garde à vue ou des deux tiers le faire traduire directement devant les tribunaux, ceci après un ou plusieurs avertissements privés, puis publiques.

    Article 3
    Ces questeurs, retraités en bonne santé, représentants de l’extrême variété de la société civile, seront indemnisés selon un barème voté par l’ensemble du collège électoral selon 10 propositions progressives ou dégressives. Les questeurs ne pourront exécuter qu’un seul mandat sauf de par l’autorisation expresse à la suite d’un vote préalable de leurs pairs.

    Article 4
    Les préfets seront chargés de la bonne exécution de la présente loi.

    commentaires personnels :
    Être élu démocratiquement, comme le fait d’être oint, ne confèrent aucune quelconque qualité automatique d’intelligence et/ou de ; exemple au hasard … le mou et bien d’autres.
    Quelle chance ! nous ne sommes ni élus, ni oints . . .

    personne ne mettra son couteau sous la gorge aux futurs candidats ….

    Précision: ce sont les électeurs de la circonscription de l’élu, retraités, en bonne santé, de toutes classes sociales et opinions politiques somme tout de la pleine société civile (désignés comme les jurés d’assise, avec une bonne raison pour refuser)

    ps avec toutes erreurs et omissions 🙂

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