Collectif budgétaire en vue, par Jean-Marc Boyer

Le Premier ministre souhaite éviter une Loi de Finances Rectificative. Pourtant, Bercy se prépare discrètement -à sa demande- à un train d’économies dès cet été.

La réalité budgétaire est têtue

Il se confirme qu’en 2017, le déficit serait supérieur à 3% du PIB. 3,2% est évoqué (jusqu’au Premier ministre), ce qui conduirait à décider de supprimer 5Md€ de dépenses cet été. E. Philippe, apparemment chargé des mauvaises nouvelles, attend officiellement le rapport de la Cour des Comptes le 3 juillet (après les législatives). Mais en fait, on connaît déjà le résultat (cf Gazette de l’assurance).

La Cour des Comptes a déjà dressé le constat de la dégradation des comptes publics durant le précédent quinquennat, une fois les éléments exceptionnels retraités. Sans même prendre en compte les engagements publics hors bilans, les dettes de l’Etat excèdent de 1202Md€ ses actifs à fin 2016. S’il s’agissait d’une entreprise, l’Etat serait mis en liquidation judiciaire.

La tentation du politique est en effet de constater que les taux d’Etat étant pratiquement nuls, on peut repousser sans coût financier les économies nécessaires. Cela conduit à une accumulation de dettes (thème cher à Hegel, sujet d’étude d’E.Macron).

Négociations avec Bruxelles

Comme prévu par GA, les promesses ne sont que partiellement financées, et certains à Bercy estiment que le programme de LREM ajouterait en net 1% de PIB de dépenses supplémentaires. Vis à vis des instances européennes, il faudrait en compensation faire 1% d’économies par an sur 5 ans. Appliqué à un PIB de 2200Md€ pendant le quinquennat, ce sont 110Md€ d’économies à trouver (plus que les 100Md€ visés par F. Fillon).

Pire, si l’on voulait -comme il se doit- supprimer le déficit primaire (26,7Md€ en 2016), cela représenterait sur 5 ans 133,5Md€ d’économies à réaliser.

Certes, la direction du Budget a des moyens de communiquer avec l’UE. A. Verdier, directrice du budget, a été la directrice adjointe du Cabinet de P. Moscovici, actuel Commissaire européen en charge de ces dossiers.

En revanche, les cabinets en constitution à Bercy ne sont pas encore opérationnels. A ce stade, la moitié des cabinets socialistes sortants essaie de rester dans les cabinets ministériels qui se mettent en place. B. Le Maire tente de faire prendre à la charge de son Cabinet quelques conseillers en communication, mais la technostructure résiste.

Le Maire & Darmanin fusibles ?

Une fois les législatives passées, afficher un gouvernement pluraliste d’union nationale avec des ministres d’origine LR ne sera plus une nécessité. Le Président a astucieusement placé ses ministres d’origine LR sur une équation impossible: tenir les promesses de dépenses tout en diminuant les déficits.

En bon lecteur de Machiavel qu’il a étudié à Nanterre, E. Macron sait que le Prince utilise un mercenaire (condottiere) pour faire le ménage. Devenu impopulaire, l’homme de main est ensuite jeté à la vindicte populaire. César Borgia (dont la devise était Aut Caesar aut nihil) invitait ses adversaires –sans leurs troupes- au banquet avant de les faire étrangler.

Quelles perspectives ?

Pour l’instant, le contexte économique européen est relativement bon, et un peu d’enthousiasme est revenu avec l’espoir d’un réel changement. Les créations d’emplois ont repris (89700 créations nettes au 1er trimestre selon l’Insee). Les JO sont attendus à Paris pour 2024 ou au pire 2028, et peut-être une exposition universelle en 2025. Néanmoins, la croissance de la zone euro est artificielle par injections massives de liquidités de la BCE (60Md€/mois). C’est le moment de faire les réformes.

Comme prévu par GA, les promesses ne sont que partiellement financées, et certains à Bercy estiment que le programme de LREM ajouterait en net 1% de PIB de dépenses supplémentaires.

1 commentaire sur Collectif budgétaire en vue, par Jean-Marc Boyer

  1. “S’il s’agissait d’une entreprise, l’Etat serait mis en liquidation judiciaire.”

    Quelle est l’utilité de ce type d’argument purement rhétorique ? Saut à montrer que l’État n’est justement pas une entreprise… La preuve en est donnée par les investisseurs eux-mêmes, qui achètent des titres de dette française alors même que “si l’État était une entreprise, il serait mis en liquidation judiciaire”.

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