Les conséquences révélées du Brexit

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Cet article est initialement paru sur la Gazette de l’Assurance.

D’ici fin mars, le Royaume-Uni enverra sa lettre de divorce à l’Union Européenne, en application du désormais célèbre article 50 du Traité de l’UE*. Les traités tomberont au bout de 2 ans, sauf accord unanime.

Or, J.C. Juncker privilégie l’option tactique d’un “Brexit dur” sans accord privilégié, pour punir le pays « félon » qui a osé déserter « son » Union. Cette idée (soutenue par notre Président) est de décourager les autres pays qui se posent la même question. Les menacer plutôt que les séduire pourrait au contraire s’avérer funeste à l’Union Européenne. Le prix Nobel d’Economie J. Stiglitz n’a pas dit autre chose.

L’UE est fragilisée

Le départ J.M. Barroso (ex président de la Commission Européenne), légal mais immoral, vers Goldman Sachs (banque qui avait aidé la Grèce à truquer ses comptes) et les révélations concernant la société aux Bahamas de Neelie Kroes (ancienne Commissaire à la Concurrence) sapent la réputation de l’UE.

Cette ambiance délétère s’ajoute à la déliquescence de Schengen (faute de frontière européenne protégeant de l’immigration, la plupart des pays reconstituent leurs frontières intra-européennes) et à une politique de la BCE inopérante à faire redécoller la croissance.

Les partis eurosceptiques ont dès lors laissé la place à des mouvements europhobes et la montée des partis extrêmes ou populistes.

Paradoxalement, ce divorce va rapprocher la France et le RU :

–           la France va adopter des mesures libérales anglo-saxonnes : assouplissement des règles pour être plus attractif, procédures d’agrément simplifiées, abaissement du taux d’IS, accueil des impatriés, non déplafonnement des cotisations Unedic,…

–          alors que le RU annonce des mesures étatistes, habituelles en France: repli avec la préférence nationale pour les employés, l’abandon de la promesse (de G. Osborne) d’équilibre budgétaire à 2019, la création d’un fonds de 2Md£ pour la construction, et un de 3Md£ pour le crédit aux PME.

Signe de la convergence, les PIB français et britanniques deviennent égaux, du fait de la baisse de la Livre.

Et l’Ecosse ?

Le rapprochement franco-écossais pourrait même s’accompagner d’un renouveau de l’« Auld alliance »**. Cela supposerait de notre Président le machiavélisme de F. Mitterrand en divisant le RU, plutôt que le suivisme de la réaction irréfléchie et irresponsable de J.C. Juncker, qui privilégie l’option d’un divorce perdant-perdant.

Nicola Sturgeon (Premier ministre écossaise) tente également de profiter du « hard Brexit » pour relancer un nouveau référendum Ecossais de sécession d’avec le reste des Britanniques. Du coté des Irlandais, sans brandir de dévolution accrue, l’idée est de laisser la frontière ouverte entre l’Ulster et l’Eire (comme si le Brexit n’avait pas eu lieu).

La Finance au cœur des débats

Suite aux déclarations de Theresa May, l’euro remonte à 0,9£, record historique. La Banque d’Angleterre a baissé ses taux à 0,25%. Elle ne saurait guère aller plus loin pour soutenir l’économie britannique, car la faiblesse de la Livre va importer de l’inflation (risque néanmoins limité au RU qui bénéficie du pétrole de la mer du Nord). Le gouvernement britannique a promis de baisser les impôts sur les sociétés, pourtant déjà très compétitifs.

La finance est l’objet de toutes les convoitises :

–          Les instances européennes voudraient rapatrier sur le continent l’activité de compensation (chambres de compensation opérant en euros).

–          Le marché des start-up est très courtisé. Au RU, on peut déduire 60% de ses investissements en start up, voire 100% en cas de faillite.

–          L’ACPR ne déroule pas le tapis rouge (allusion à la phrase en sens inverse de David Cameron) mais a quand même simplifié ses démarches pour les agréments (déclaration du 28 septembre).

Quelques soient les cas de figures, les difficultés apparaissent et faire du Brexit un succès n’est qu’une improbable propagande, à court et moyen termes du moins. A long terme, les Britanniques ne pourront considérer avoir fait le bon choix, que si l’UE explose dans son format actuel. Pour paraphraser Tristan Bernard*** sur les relations franco-britanniques contrariées, « quand de Calais, on voit l’Albion, c’est qu’il va pleuvoir. Quand on ne la voit pas, c’est qu’il pleut déjà. »

*Article 50 de Traité de l’UE: « Tout État membre peut décider, conformément à ses règles constitutionnelles, de se retirer de l’Union…Les traités cessent d’être applicables à l’État concerné à partir de la date d’entrée en vigueur de l’accord de retrait ou, à défaut, deux ans après la notification visée au paragraphe 2, sauf si le Conseil européen, en accord avec l’État membre concerné, décide à l’unanimité de proroger ce délai… »

** « Vieille alliance » fondant les relations entre la France et l’Ecosse de 1295 à 1903.

***Le regard de Tristan Bernard partait d’Honfleur vers le Havre.

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A propos Éric Verhaeghe 148 Articles
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