Crise bancaire en vue

Certains (Autorités de Supervision et Fédérations bancaires) se félicitent de la résilience des banques, sous prétexte que leurs ratios bâlois sont bien plus élevés que lors de la crise de 2008-2009. Ces ratios sont des photos instantanées qui ne préjugent pas des impacts à venir des taux négatifs et des incertitudes européennes. D’ailleurs, la banque du président de la FBF, la Société Générale, a perdu plus de 35% en bourse depuis le début de l’année.

Avec des taux liliputiens (TEC 10 à 0,17 %), les marges nettes d’intérêts sont en berne. Les projections sont hypothétiques. Les incertitudes au Royaume-Uni font la une des médias: un jour l’effondrement de la Livre (à 1,29$), un autre le gel des investissements ou l’éclatement de la bulle immobilière (fonds immobiliers suspendus), un troisième la dégradation des notations.

Le Club Med sous pression

Les chutes boursières des banques de la péninsule (Banca Popolare, MPS, Unicredit,…) donnent le vertige, avec deux tiers voire les trois quarts des valorisations qui se sont évaporés. Le Gouvernement italien est aujourd’hui au chevet de Monte Paschi di Siena. Problème : faut-il un tour de table, une aide gouvernementale (malgré les restrictions européennes en matière de subventions nationalistes), peut-on attendre une intervention du Mécanisme de Résolution Unique à peine installé ? C’est un test pour la solidarité financière*.

Unicredit (UCI) s’est trouvé un nouveau patron en la personne de Jean-Pierre Mustier (qui avait dû démêler le problème Jérôme Kerviel à la SG). Avec Philippe Donnet chez Generali, cela fait un nouveau Français à la tête d’une institution italienne majeure.

Les finances de l’Espagne et le Portugal sont également sous pression par les sanctions que va donner la Commission Européenne pour dépassement budgétaire. Cela fait oublier le problème grec, toujours repoussé.

L’ex-zone Mark en difficulté cachée

Si les établissements financiers allemands ou autrichiens devaient afficher leurs vrais ratios de richesse nette, rapportés aux risques, on aurait des surprises. D’ailleurs, Deutsche Bank n’a pas réussi les tests US. Les résultats de stress tests ne sont lus que pour les banques qui échouent. Pour ceux qui surmontent les stress, ce ne sont que des obstacles que l’on saute sans élan et qui n’empêchent pas les chutes boursières.

Les assureurs outre-Rhin n’affichent des ratios de solvabilité corrects que grâce à l’étalement de la charge sur 16 ans du provisionnement des rentes. Mais, sans cet artifice trompeur, la réalité des taux les présenteraient comme à secourir également.

En distribuant plus que les rendements des actifs (2,3% distribués en 2015 contre un OAT à 0,17% aujourd’hui), les assureurs français prélèvent sur leurs plus-values latentes. Jusqu’à quand ?

L’Europe continentale compte sur le Brexit pour ramener des activités financières depuis Londres. Mais le « tapis rouge » que les gouvernants étalent à Paris Europlace est éculé. Le Gouvernement s’engage pour autrui et pour plus tard: baisses d’impôts (IS qui passerait à 28%, moins de taxe sur les salaires pour les impatriés) ou Grand Paris Express (en conflit entre strates administratives).

Au moins, ces affaires européennes nous ont fait oublier momentanément les sujets US (hausse des taux de la Fed reportée) et Chinois (la privatisation de la banque postale** chinoise passe inaperçue).

*Les Médicis, financiers et despotes éclairés de Florence, n’ont pris l’ascendant sur leurs homologues de Sienne qu’après la peste noire qui y a sévi autour de 1400. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, la solidarité bancaire n’est pas garantie, surtout à l’échelon européen.

**IPO de PSBC prévue à la bourse de Hong Kong.

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