Les députés européens veulent accélérer l’arrivée des migrants dans l’Union

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article a été lu 6026 fois

Un débat au Parlement européen a donné l’occasion aux députés européens de plaider en faveur d’un accueil accéléré des migrants dans les pays de l’Union.

Immigration : « Il est de notre devoir politique et moral de relocaliser les réfugiés »

Mettre en place une politique migratoire juste, efficace et humaine demeure une priorité essentielle pour l’Union européenne et ses États membres. Ainsi, les gouvernements nationaux se sont engagés à relocaliser d’ici septembre prochain 160 000 demandeurs d’asile depuis les pays situés « en première ligne », tels que la Grèce et l’Italie. Au cours d’un débat en plénière ce mardi 16 mai, les députés ont exhorté les États membres à accélérer le transfert de réfugiés.

 

Afin de faire face à la tragédie des migrants traversant la Méditerranée, l’Union européenne a adopté deux mesures d’urgence visant à relocaliser 160 000 demandeurs d’asile depuis la Grèce et l’Italie. Pourtant, selon les chiffres de la Commission européenne, seules 18 418 personnes ont été relocalisées en date du 11 mai. Au cours du débat d’aujourd’hui, les députés ont notamment rappelé que les États membres devaient respecter les engagements pris en la matière.

 

Le député démocrate-chrétien néerlandais Jeroen Lenaers a qualifié l’absence d’un représentant du Conseil lors du débat de véritable honte. « Je n’ai jamais été en faveur de quotas obligatoires, mais nous avons vu, au cours de ces deux dernières années et demi, qu’un système basé sur le volontariat ne fonctionne pas », a-t-il ajouté.

 

Pour la députée conservatrice belge Helga Stevens, il n’est pas juste de pointer uniquement du doigt les pays d’Europe du nord : « La Grèce et l’Italie ne parviennent pas à organiser les transferts de réfugiés ». Selon elle, les règles de Dublin, qui déterminent actuellement quel État membre est responsable de traiter une demande d’asile, ne sont pas toujours respectées.

 

« Un manque de volonté politique scandaleux »

 

Angelika Mlinar, députée libérale autrichienne, a estimé qu’il n’était pas question de capacité, mais bien de volonté : « Il est grand temps que les États membres respectent leurs engagements ». Elle a également comparé les maigres efforts de l’Union européenne avec ceux fournis par la Jordanie, le Liban ou la Turquie, pays qui accueillent des millions de réfugiés.

 

La députée démocrate socialiste italienne Cécile Kyenge a souligné que seuls deux États membres, Malte et la Finlande, étaient en passe de remplir leurs obligations en matière de relocalisation. Elle a également interrogé le Commissaire en charge de l’immigration, Dimitris Avramopoulos, sur ce qui allait se produire en septembre. Celui-ci a répondu que si les États membres n’augmentent pas bientôt le nombre de transferts, la Commission n’hésitera pas à lancer des procédures en manquement.

 

Ska Keller, députée verte allemande, s’est félicitée de cet engagement de la Commission européenne : « Il ne s’agit pas d’un problème de capacité, mais d’un manque scandaleux de volonté politique. Nous sommes face à des personnes qui fuient la guerre et la persécution et à des mineurs non accompagnés qui sont livrés à eux-mêmes dans des camps surpeuplés ».

 

L’année dernière, 63 300 mineurs non-accompagnés ont sollicité une protection internationale dans l’Union européenne. 57 % des demandes ont été enregistrées en Allemagne.

 

« La relocalisation seule ne suffit pas »

 

Un certain nombre de députés ont souligné que la relocalisation seule ne permettra pas de résoudre la crise migratoire.

 

« Un système de Dublin solide, des règles communes et des voies légales sont également nécessaires », a par exemple expliqué Ska Keller.

 

« Nous avons besoin d’une politique qui prévoit des voies migratoires sûres et légales, ainsi que des politiques d’intégration dans les pays d’accueil », a ajouté Cécile Kyenge.

 

Angelika Mlinar a également dénoncé l’absence d’un véritable système d’asile européen.

 

« En Italie, au cours des années 2015 et 2016, 5 049 personnes ont été transférées à cause du système de Dublin et seules 3 936 ont été relocalisées. En d’autres termes, davantage de personnes ont été renvoyées en Italie que transférées ailleurs », a dénoncé la députée italienne Barbara Spinelli du groupe Gauche unitaire européenne / Gauche verte nordique.

 

« Récompenser les comportements criminels »

 

Certains députés ont évoqué la question des réseaux de passeurs et de trafiquants. « Tout demandeur d’asile qui arrive en Europe de manière illégale, grâce à des passeurs, devrait être renvoyé vers un endroit sûr dans sa région d’origine », a par exemple estimé Helga Stevens.

 

Le député néerlandais Auke Zijlstra, membre du groupe Europe des Nations et des Libertés, a dénoncé la collaboration de certaines organisations non-gouvernementales avec des passeurs. « Relocaliser ces migrants revient à récompenser les comportements criminels », a-t-il expliqué.

 

Certains députés n’ont pas hésité à critiquer l’immigration en général. Pour le député non-inscrit hongrois Zoltán Balczó, l’immigration représente « un danger pour la culture et l’identité de l’Europe ».

 

Pour Raymond Finch, député britannique du groupe Europe de la liberté et de la démocratie directe, la réponse de l’Union européenne à la crise migratoire définira l’avenir de l’Union. « Je vous demande de prendre en compte les intérêts propres de vos peuples et vos nations », a-t-il exhorté, avant de prédire que l’Union européenne continuera à « encourager une immigration économique destructive ».

 

« Un devoir moral et politique »

 

En clôturant le débat, le Commissaire Dimitris Avramopoulos a rejoint la position des députés sur la nécessité de mieux coopérer à l’échelle européenne : « La réinstallation est souvent réduite à des chiffres, mais nous ne devons pas oublier que nous parlons de personnes qui nécessitent une protection. C’est notre devoir politique et moral partagé de veiller à ce qu’ils bénéficient de cette protection dans les plus brefs délais et de façon gérable pour l’Union européenne ».

 

Suite à ce débat, une résolution autour de la question de la relocalisation sera adoptée par le Parlement européen ce jeudi 18 mai.

print

1 commentaire sur Les députés européens veulent accélérer l’arrivée des migrants dans l’Union

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Non, l’huile de palme n’est pas responsable de 40 % de la déforestation

Temps de lecture : 10 minutesArticle de Victor Baron, Alain Marichal et Alain Rival paru sur The Conversation. La filière...

Fermer