Dupont-Aignan face au bannissement oligarchique injustement appelé Front Républicain

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Le ralliement pourtant tout à fait prévisible de Nicolas Dupont-Aignan à Marine Le Pen suscite assez curieusement un tonnerre médiatique au nom du soi-disant Front Républicain. Le moment est venu de traiter sur le fond ce qu’est la vraie nature de ce front: l’une des illustrations du bannissement oligarchique, une technique de remise au pas de l’opinion qui explique largement la montée des extrêmes en France.

La rente du front républicain

Il faudrait donc pratiquer le front républicain, c’est-à-dire creuser et maintenir un cordon sanitaire permanent autour du Front National. Oh! la belle rente électorale qui permet aux partis en place de faire tout et n’importe quoi en étant sûrs de ne jamais perdre les élections. Dans tous les cas, les partis de gouvernement s’allieront toujours pour empêcher un parti nouveau d’arriver aux responsabilités. Bien entendu, c’est au nom de la démocratie que ce viol caractérisé de la démocratie, consistant à interdire à une partie de l’opinion de faire valoir ses idées, est commis.

Le danger que le front républicain fait peser sur la démocratie

La succession d’élections qui se déroulent en France depuis six mois illustre à merveille les contre-effets de la stratégie du front républicain. Au lieu d’endiguer la montée du Front National et de consolider les partis auto-proclamés démocratiques (on se souviendra ici des déchirements après l’élection de Martine Aubry au poste de Premier Secrétaire du PS en 2008, et ceux qui ont suivi la confrontation Fillon-Copé à la tête de l’UMP pour mesurer la distance qui sépare ces partis de la démocratie, m’enfin bon!), le front républicain favorise la montée du Front National, mais aussi, à gauche, des Insoumis. Dans le même temps, il a permis d’éliminer consciencieusement tous ses apôtres: Sarkozy, Juppé, Fillon, Montebourg, Valls, Hamon, etc.

François Fillon à part, les candidats qui ont recueilli le plus de voix à la présidentielle sont ceux qui ne sont pas directement issus du front républicain. Cherchez l’erreur! Et le Front National n’a jamais bénéficié d’autant de suffrages qu’auparavant. Le front républicain est le père de tous les dégagismes à venir.

Le Front National est-il oui ou non anti-démocratique?

Si le Front National est vraiment anti-démocratique, s’il fait peser une menace sur les libertés publiques et les droits de l’homme, il faut l’interdire. La dissolution des groupes politiques dangereux pour la démocratie est prévue par la loi depuis 1936! L’article L232-1 du Code de la Sécurité Intérieure dispose notamment:

Sont dissous, par décret en conseil des ministres, toutes les associations ou groupements de fait : (…)

6° Ou qui, soit provoquent à la discrimination, à la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de personnes à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée, soit propagent des idées ou théories tendant à justifier ou encourager cette discrimination, cette haine ou cette violence

Si les partis en place considèrent que le Front National entre dans cette catégorie, que le ministre de l’Intérieur applique la loi et qu’il ordonne la dissolution de ce parti. Sinon, qu’on le laisse, une bonne fois pour toutes, concourir normalement à la vie démocratique.

Comment le bannissement du Front National a affaibli nos institutions

Cette façon de bannir un parti sans l’interdire clairement comme la loi le permet a un effet général d’affaiblissement de nos institutions. D’un côté, les Français ont le sentiment que la démocratie réelle leur est refusée parce que le vote est orienté en faveur de quelques partis, sous peine de stigmatisation et de mise à l’index. De l’autre, ils sanctionnent durement les institutions que le front républicain est supposé protéger.

Pour s’en rendre compte, il suffit de lire ce graphique sur le nombre de voix recueillies au premier tour par les candidats du second tour:

Source: www.entreprise.news

En 2007 comme en 2012, les deux premiers candidats avaient recueilli plus de suffrages que l’abstention. En 2002 comme en 2017, l’abstention est le premier parti de France. Depuis 10 ans, le premier candidat à l’issue du premier tour recueille de moins en moins de suffrages.

Autrement dit, la stratégie du front républicain menée notamment sous le mandat de François Hollande, produit des résultats contraires à ceux attendus. Plus on fait “barrage au Front National”, plus le Front National progresse, et moins les électeurs adhèrent à l’ensemble des institutions, notamment en manifestant une véritable désaffection pour les candidats qui s’opposent au second tour.

Sans la liberté de blâmer…

Le bannissement, ce réflexe témoin de la réaction nobiliaire…

Les infortunes suicidaires du front républicain tiennent à son esprit, qui déplaît à la majorité. Personne, sur le fond, n’est dupe! Lorsque les élites de ce pays bannissent le Front National de la vie démocratique, elles envoient un message simple: bonnes gens, la République existe, mais nous en sommes les usufruitiers. Nous prendrons de sévères mesures de rétorsion contre tous ceux qui ne suivraient pas nos choix ou contrediraient nos intérêts. Nous les clouerons au pilori et les humilieront en place de grève. C’est ce qu’on appelle la réaction nobiliaire.

On retrouve ici la tradition du “Ridicule” de l’Ancien Régime très bien mise en scène par Patrice Leconte. Tout ce qui, non seulement ne se conforme pas, mais met en danger, la machine bien huilée destinée à servir les intérêts de l’élite est condamné à être broyé. Facialement, la démocratie existe. En profondeur, elle est foulée aux pieds par l’esprit de parti et de cour qui pétrifient tous ceux qui ne rentrent pas dans la “combine”.

… qui insupporte une majorité grandissante de Français

Le bannissement comme réponse sociale à toute contestation politique visant les règles du jeu (ou l’élite qui en tire profit en toute impunité) est devenu une sanction de plus en plus dangereuse à pratiquer. Dans la troupe, la peine suscite des murmures de plus en plus houleux. La campagne pour le second tour montre la difficulté de plus en plus forte à ramener l’ordre et le calme dans les rangs par cette technique humiliante.

Il faut dire qu’à force de bannir, le groupe des “dissidents” devient de plus en plus important. Avec Internet, ce groupe peut s’exprimer malgré le boycott des médias, et il peut disséminer ses idées à l’abri des regards et répandre son parfum avec une grande liberté. De plus en plus de dissidents signifie de plus en plus de “grandes gueules” qui ont un intérêt objectif à nouer des alliances tactiques contre une réaction nobiliaire de plus en plus grotesque.

Prenez Mélenchon. Depuis vingt ans, les socialistes l’humilient, lui font sentir que son côté populo est insupportable, le méprisent pour ses origines et pour son éloquence qui leur fait de l’ombre et les renvoient à leur propre médiocrité. Quel Tartuffe peut s’étonner de le voir jouer avec le feu aujourd’hui?

Le drame de la réaction nobiliaire est que, année après année, elle ne cesse de grossir les rangs des Mélenchon et de faire maigrir les rangs des fidèles au régime.

Et si l’on revenait à la démocratie?

La stratégie du front républicain, qui consiste en bout de course à marier les carpes et les lapins pour rester seuls à table contre tous les nouveaux arrivants, menace dangereusement nos libertés publiques. D’abord, elle fonctionne par la multiplication des interdits liberticides. Ensuite, elle relativise les divergences d’opinion au profit d’une coalition d’intérêts mortifères. Pour défendre les mandats d’Estrosi, de Bertrand, de Cambadélis, de tous ceux qui ont pris le pouvoir sans majorité, nous serions supposés sacrifier nos vies et nos envies dans les tranchées d’un ridicule Chemin des Dames politique.

Nous savons tous que l’hécatombe de 1914 a préparé les reniements des années 30, nourris de toutes les désillusions face à ces sacrifices inutiles – inutiles pour l’intérêt général, mais très fructueux pour tous ceux qui ont instrumentalisé la cause collective à leur seul profit.

Et tel est le cancer qui se métastase aujourd’hui dans l’opinion: entre un chaos nommé Marine Le Pen et une désespérance appelée l’immobilisme macronien, fait de phrases creuses, de déclarations péremptoires bâties sur le sable des opinions à la mode, des éléments de langage rédigés par une boîte de com payée à prix d’or, de dénis insupportables et de leçons de moral à trois balles, le choix ne coule plus de source.

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