Economie collaborative ou disruptive ?

Temps de lecture : 4 minutes

Cet article a été lu 4175 fois

L’économie collaborative se développe tous azimuts, notamment :

–          la consommation partagée (colocations, co-usage de moyens de transports type Blablacar, reventes internet de type Bon Coin, Amap en agriculture, économie circulaire,…) ; le client devenant prescripteur (« empowerment » du consommateur) ;

–          la connaissance partagée: enseignement par internet (Mooc), données publiques et privées (open data, open source, Wikipedia,…) ;

–          la coproduction dans les pépinières et incubateurs (factory labs, maker space, cloisters,…), le partage des ressources (coworking, couchsurfing, crowdsourcing,…).

La finance en première ligne

La finance est un domaine moins visible que les biens et les personnes, mais c’est le secteur le plus touché, puisque le digital comme la monnaie sont essentiellement immatériels. La finance participative s’étend dans tous les segments: crowdfunding, crowdlending (Lendix,…), crowdequity, monnaie (le Bitcoin est-il sous contrôle ?), robo(t) advisors en conseil patrimonial, insurtech en assurance.

Les superviseurs de la finance (cf discours du 25 novembre du président de l’ACPR) entendent intégrer ces nouveaux entrants dans un cadre proche de l’existant. L’ACPR a ainsi refusé un régime de faveur transitoire (« sand box ») pour les fintechs. Par exemple, le Compte Nickel est un établissement de paiement pas une banque (pas de compte en négatif, cantonnements tenus par une banque, Crédit Mutuel Arkéa en l’occurrence).

Autre exemple, par recommandation du 14 novembre 2016, l’ACPR a assorti l’utilisation des réseaux sociaux de conditions (identification de l’émetteur, du contenu, archivage, restriction  la diffusion).

Une économie collaborative portée par les technologies du digital

Data science, intelligence artificielle, réalité augmentée ou virtuelle, homme augmenté (assurance corporelle ou matérielle ?), robotique, imprimantes 3D, drones (deep tech),…Les technologies expliquent l’essor de l’économie du partage. Les Français sont désormais équipés de tablettes à 40%, de smartphone à 65%, de mobiles à 93%, d’internet à 85% et d’ordinateurs à 82%.

La capitalisation des GAFA représente un tiers de plus que l’ensemble du CAC 40. La Silicon Valley est prédominante dans ce nouveau monde technologique et le PIB de la Californie est équivalent à celui de la France. La recherche et le développement sont freinés par le principe de précaution (désormais dans notre constitution). Il n’a pas à ce jour été remplacé par un principe d’innovation, et la France se fixe des barrières pour des raisons parfois éthiques (moratoire sur les tests génétiques,…).

Des révolutions pour l’assurance

Dans l’économie collaborative, on va assurer non plus un bien mais son usage et/ou son accès. On n’aura plus seulement la responsabilité du conducteur mais aussi celle du constructeur en l’absence de conducteur.

L’assurance doit être licite. Les participants d’Airbnb ou d’Uber ne sont assurables que si les activités sont déclarées (et soumis à cotisations sociales et imposition).

Une mutualisation de franchise pourrait se substituer partiellement à l’assurance pour échapper aux taxes. Mais quel serait le tiers de confiance assurant le paiement des indemnisations ?

L’économie du partage ressemble à l’économie sociale et solidaire, mais elle part de l’efficacité plutôt que de valeurs. Le big data et certains objets connectés personnalisent plus le tarif qu’ils ne mutualisent les risques. Le trans-humanisme de l’homme augmenté peut-il supplanter la sagesse de l’humanisme ? En tout cas, la prévention peut être renforcée par certains objets connectés (en auto, domotique, plateformes digitales).

Révolution pour l’emploi

Les emplois créés semblent ressortir d’un capitalisme ultime: auto entrepreneurs/travailleurs indépendants (terminologie du candidat F. Fillon), ultra précaires (pas de couverture chômage, voire couverture sociale après un an seulement). Ces statuts rentrent en conflit avec les existants (taxis, artisans, hôtels, commerçants, banques,…), avec des offres concurrentes qui ne disposent pas des mêmes règles : prix, couverture sociale, statut juridico-fiscal, formation (par exemple, cuisiniers « amateurs » versus professionnels).

Malgré la paupérisation et la précarisation induites, les politiques admettent que la nouvelle économie permet d’intégrer des populations (étudiantes, ..) qui n’auraient pas d’emplois classiques.

Plus de turn over (génération Y), moins de hiérarchie, plus de technologie, un espace-temps remis en cause… Le travail est « à distance », mais de quoi, le réseau www (world wide web) est mondial. La frontière entre temps de travail et de repos s’estompe, presque tout le monde (93% de la population) ayant un téléphone portable. Le digital rend les débats sur le temps de travail des combats d’arrière-garde.

La nouvelle économie ne semble pas créer d’emplois en net, contrairement aux autres révolutions industrielles et aux théories de Schumpeter (destruction créatrice). Pour Elon Musk (l’homme de Tesla, SpaceX, PayPal, openAI, Hyperl∞p, Powerwall, Zip2,…), quelques milliers de personnes travaillent au-delà de l’humain en « workaholic » (bourreau de travail) et produisent plus d’innovations que des centaines de milliers d’employés. Faut-il vraiment donner aux autres une « activité occupationnelle » et un revenu universel ?

Cadre juridique

Les lois sur le numérique se sont multipliés : Loi C. Valter sur l’open data, ex projet de loi NOE d’E. Macron, ventilé dans d’autres textes, la loi Lemaire et ses décrets en cours. Les textes ont été rédigés plus sous un angle de contraintes au nom de la protection des citoyens (exemple, limitation de l’accès à la base Sniiram en santé), que pour faciliter les start-up.

Les régulateurs ont été largement supplantés par des agences de supervision (ARCEP, Cnil,…). La Haute Autorité de Santé (www.has-sante.fr) a par exemple émis un « référentiel de bonnes pratiques sur les applications et les objets connectés en santé » (Mobile Health).

Les droits nationaux seront moins importants que le soft power (normes internationales des firmes mondiales). Les Etats vont courir derrière l’hégémonie d’un Microsoft ou d’un Google, sa domiciliation fiscale, les pratiques d’Uber contournant le droit et les prélèvements obligatoires, etc. C’est bien depuis les USA que l’Icann octroie les noms de domaines.

A quand un cadre juridique adapté et donc international ?

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
La question de la viande prend une tournure planétaire

Article paru sur le site Culture Viande. Le 21ème Congrès Mondial de la Viande qui s’est tenu à Punta Del...

Fermer