[Edito] – Oui, on peut comprendre les violences en marge du mouvement Gilets Jaunes

Les Gilets Jaunes auraient-ils eu le même écho s’ils étaient restés sur le ronds-points, en province, de façon purement pacifique ? Probablement pas. Mieux, la violence fait partie du mouvement, qu’on le veuille ou non. Mais de la violence peut naître une nouvelle construction. Pour ça, il est intéressant de la comprendre, de l’analyser et de ne surtout pas l’occulter car ce serait priver le mouvement de sa « substantifique moelle« . Mais appréhender n’est pas justifier, encore moins adhérer.

La séquence n’a pas manqué de faire réagir sur les réseaux sociaux. Invité sur CNews, le 8 janvier dernier, pour débattre sur la violence qui entoure le mouvement des Gilets jaunes, le philosophe Vincent Cespedes « ose » défendre le point de vue selon lequel tout un chacun peut comprendre la violence qui entoure les différents épisodes du mouvement de manifestation. 

Un point de vue qui ne passe pas en plateau comme le montre la vidéo ci-dessus puisqu’absolument tous les intervenants présents, présentatrice comprise, soutiennent la thèse opposée selon laquelle il est inconcevable de comprendre la violence.

Comprendre n’est pas adhérer !

Eh bien, contre l’idée commune et la bien-pensance, il est possible de comprendre cette violence, qu’elle soit dans les rangs des Gilets Jaunes ou plutôt policière. Car comprendre, c’est analyser, c’est savoir d’où provient cette violence. C’est en appréhender les causes mais aussi les conséquences.

Comprendre, du latin « cumprehendere » pour « saisir ensemble« , qui deviendra « prendre avec intelligence » fin du XIIe siècle.

En faisant preuve d’un peu d’empathie, il est tout à fait possible de comprendre qu’un gilet jaune se trouvant, de base, dans un contexte social et économique difficile (c’est d’ailleurs pour cela qu’il manifeste), qui se fait gazer alors qu’il manifeste puisse éprouver une certaine rage.  

A l’inverse, on peut aussi comprendre la violence policière, en tous cas les interpellations plutôt viriles à force de se faire insulter, caillasser à longueur de journée. Comme les syndicats de police aiment à le rappeler, il y a un homme (ou une femme) sous l’uniforme. Un Humain, avec un grand H, avec un coeur et soumis à ses émotions, qui sont parfois contraires à son devoir de réserve.

Mais comprendre ne veut pas dire adhérer, justifier. Ces deux termes relèvent d’un problème de fond, et non plus seulement de forme. On adhère à une idée, une idéologie. Ainsi, on peut comprendre ce qui amène à la violence sans pour autant la cautionner.

Le rôle de la justice

De même, justifier est difficile car l’on touche au domaine juridique. Les auteurs de violences, qu’ils soient d’un camp ou de l’autre, seront entendus dans des tribunaux s’ils se sont rendus coupables d’actes répréhensibles. Il ne faudrait ps en oublier la présomption d’innocence. Prenons deux cas de figure, assez médiatiques : Christophe Dettinger et Didier Andrieux. Le premier, boxeur de son état, est actuellement jugé pour des faits de violence. A l’heure où nous écrivons cet article, il n’est toujours pas coupable, ni condamné. 

D’après sa version, on comprend qu’il a souhaité défendre une jeune femme qu’il a vu être frappée par un agent des forces de l’ordres. Pour autant, ses états d’âme ne justifient pas son acte et n’en réduisent pas la gravité, quand bien même, d’après sa version, il serait légitime. Laissons à la justice le soin de faire son travail. Au passage, précisons que les juges devront eux-aussi comprendre les causes de ce passage à l’acte pour établir une sanction proportionnelle.

Deuxième cas, celui du commandant Didier Andrieux filmé alors qu’il « boxe » deux gilets jaunes. Là encore, plusieurs versions s’opposent et il convient de les comprendre pour appréhender la teneur des actes. Le premier gilet jaune tenait-il un tesson de bouteille ? Le second a-t-il fait acte de rébellion ? De même, s’agit-il bien du commandant Andrieux que l’on voit dans une troisième vidéo, être passé à tabac le matin-même ? Toutes ces questions trouveront leurs réponses dans un tribunal qui établira la culpabilité, ou non, de Didier Andrieux.

Outre la question de la compréhension reste celle de l’adhésion. Peut-on adhérer à cette violence ? Cette problématique relève des croyances de chacun, même si la violence semble être l’ultime réponse, celle qui n’est employée que lorsqu’aucune solution ne sortira du débat. Si la plume est plus forte que le glaive, le glaive sera brandi lorsque l’encrier sera vide.

Oui, le mouvement Gilets Jaunes est violent ; oui, la police est violente

Il n’existe pas de manifestation sans violence. Chaque manifestation, Gilets Jaunes ou non, est accompagnée de son lot de dégradations. Reste que la violence fait partie du mouvement des Gilets Jaunes. Elle en est l’essence-même. A différent niveaux : à la création du mouvement, les Gilets Jaunes souffraient de cette violence, une violence fiscale, celle de ne pas être entendu, avec une frustration qui s’accumule jusqu’à son expression primaire. Mais aussi dans les actes. Il ne faut pas non plus oublier que c’est par la violence que la Réunion a obtenue de solides avancées sociales. 

Arrêtons de cacher la chose : la violence a servi la cause des Gilets Jaunes. Il aura fallu quatre actes pour que le gouvernement réagisse. Emmanuel Macron faisait ses annonces le 10 décembre, soit deux jours après les violents affrontements de l’acte IV. Y’aurait-il eu les mêmes avancées si les Gilets Jaunes étaient restés pacifiquement sur leurs ronds-points en province ? Ou s’ils avaient déclaré et mieux encadré leurs déplacements ? Les casseurs ne décrédibilisent pas le mouvement, il lui donne de la consistance et du poids.

Autre exemple et pas des moindres : « mai 68 » n’était pas un moment propice à la discussion. Et ce sont des affrontements entre forces de l’ordre et « soixante-huitards » que sont nés différentes avancées qui sont encore en vigueur aujourd’hui.

Du côté des forces de l’ordre, le mouvement Gyros Bleus est aussi l’expression d’une violence subie, celle de ne pas être écouté, de devoir accomplir de plus en plus de missions avec de moins en moins de moyens. Et quand deux violences, deux frustrations s’opposent, c’est l’exutoire. 

Libre à chacun d’adhérer ou non à la violence. Néanmoins, il est nécessaire de la comprendre, d’en voir les causes, d’observer son expression à un instant T et d’en tirer les conséquences. L’histoire est faite comme cela : on comprend un événement, on en apprend et on avance. Ne pas comprendre, c’est faire une croix sur tout un pan d’un phénomène. 

Et c’est là que les intervenants sur le plateau de Cnews semblent se tromper de combat. La cacophonie résulte d’une confusion entre comprendre et adhérer. Reste maintenant à comprendre le pourquoi de cette confusion. Mais ça, c’est un autre problème. Y adhérerons-nous  ?

4 commentaires sur [Edito] – Oui, on peut comprendre les violences en marge du mouvement Gilets Jaunes

  1. Mieux, beaucoup mieux, in-fi-ni-ment mieux (le rédactionnel;), bravo !!

    « Reste maintenant à comprendre le pourquoi de cette confusion. »

    Deux causes :

    * il apparaît que les bleus se font aussi enfumer à longueur de journée, car il faut quand même un minimum de « motivation des troupes » afin de les convaincre qu’aller casser du manifesteux pas vraiment agressif, c’est maintenir l’ordre, surtout dans un cas où il est clair qu’ils sont tout autant, voire plus impactés que les GJ), et cela est fait à dessein,

    * l’ednat étant ce qu’elle est, c’est-à-dire dévoyée par les tarés congénitaux qui « élaborent » les programmes depuis plus de 50 ans¹ et préfèrent apprendre le mizoux-mizoux-vivrensemb que les sciences naturelles, l’Histoire et, par-dessus tout la philosophie, seule garante d’une remise en question permanente de tout l’existant amenant tout un chacun à se forger sa propre opinion d’une façon solide, les bleus, tout comme les GJ, n’appréhendent plus vraiment les notions de base, telles de bon, bien, mal, erreur, compréhension, intégration, manipulation, etc.
    C’est d’ailleurs quelque chose que l’on retrouve chez les zélites, plus d’émotionnel que de rationalité raisonnée. Sans compter qu’avec les coupes franches qui ont été opérées dans le français lui-même, une énorme frange de la population est devenue carrément illettrée (rappel : du temps de Yoyo, le rapport éducatif de l’OCDE, discrètement poussé sous le tapis par l’impétrant indiquait déjà que 40% des mômes sortant de l’école était plus ou moins illettrés.)

    Les anciens avaient beau s’arrêter pour la plupart au certificat d’études, eux savaient farpaitement lire, écrire (ahhh la plume sergent-major et l’encre violette qui avait si bon goût et les blouses grises que j’ai connues;), compter ET réfléchir efficacement – je ne dis pas qu’il faut effectuer à 100 % un retour en arrière de 80 ans, mais qu’il-y-avait dans le modèle d’alors des tas de choses qui ne relevaient que du bon sens, bon sens qu’il est maintenant hyper-urgent de remettre aux commandes au lieu de se cramponner au credo imbécile imposant le diktat que tout ce qui n’évolue pas régresse – comme dans tous les secteurs de la vie (réelle), c’est toujours d’équilibre qui prévaut…

    ——
    ¹ – j’ai souvenir qu’au début des années 70, une « réforme » avait été proposée (et fort heureusement, écartée), transformant le français écrit en une langue orale, avec des inepties du genre « oazo » pour « oiseau » – mais les abrutis en question ont quand même en partie réalisé un pan non-négligeable de leur déstructuration, car je suis récemment tombé sur des pages wikipedia où « oignon » était écrit « ognon », ça fait mal aux yeux, même sur un site qui n’a l’apparence d’une encyclopédie que vu de très loin.

    • ce sont les enseignants du terrain qu’il faut conserver et décimer ceux des académies et autres (auto)missionnés c’est à dire 2 à 300 000 pseudo-enseignants à remercier chaleureusement pour le travail accompli, mais vous comprenez on ne peut pas vous garder, inscrivez vous à pôle emploi, ce sont les meilleurs pour vous trouver instantanément un poste à la hauteur (escabeau) de vos ambitions (pas de vos capacités)
      Nota bene : éradiquer les éditeurs imprimeurs de manuels scolaires « obligatoires » chaque année, ceci pour cause d’économies écologiques de papier uniquement et à l’exclusion de tout autre considération respectable mais hors sujet ?

      • « enseignants du terrain qu’il faut conserver

        Houlà, pas si vite ! Car si « un certain pourcentage » d’entre-eux (mais combien ? Je crois qu’on en revient à Paretto : ~20%) a vraiment la fibre, le reste est également à benner avec les têtes.
        Il-y-a également la problématique de la formation, parce que passer avec succès (CàD plus que la moyenne et non-pas 4/20) un examen compliqué (CAPES) ne garantit en rien d’avoir un bon pédagogue In Fine, loin s’en faut – c’est un peu la même chose que le décisionnaire : ce ne sont pas les plus bardés de diplômes qui prennent les meilleures décisions tant pour les gens que pour l’entreprise.

        Quant’aux éditeurs, ma foi, j’ai récemment lû un article sur un type qui, au lieu d’éditer son bouquin à compte d’auteur, au risque de se retrouver avec 4,999 exemplaires sur les bras plus un trou de caisse de ~€8k-10k, est passé par mamazone qui lui, n’imprime qu’à la demande et possède la capacité nécessaire pour lancer de grandes séries si besoin est.
        Il est éminemment notoire que mamazone rétribue énormément plus l’auteur qu’un éditeur normal, ce qui, dans le cas présent, permettrait de payer le travail fourni décrit ci-après tout en proposant un prix en chute libre pour les parents (et/ou un rabais conséquent pour le bundle de tous les manuels nécessaires pour l’année d’un élève.)²

        Partant de ça et quitte à payer des poncktionnaires au sinistère de l’éducation, autant les faire bosser directement sur le contenu ainsi que la mise en page desdits manuels¹, de façon à minorer encore plus les coûts.

        ——
        ¹ – Rédiger ces ouvrages à l’aide de LateX par exemple, logiciel libre s’il en est, ce qui ne gâte rien, permet de fournir un document immédiatement exploitable par 95% des imprimeurs, il suffit de connaître le format papier. Quasiment 100% des ouvrages d’informatique publiés par O’Reilly le sont et passent directement de l’état de fichier à la plaque d’offset.

        ² Mais bon, faut pas rêver, car si le JO était imprimé avec des méthodes du XIXème siècle avant de passer sur le web, les PPP qui ne baignent pas dans le capitalisme de connivence aboutissent très rarement…

  2. Evidemment que l’on peut comprendre cette violence, même si on ne peut visiblement pas le dire sur un plateau tv sans se faire lyncher. Nous ne sommes pas chez les bizounours, nous vivons dans une société qui est violente au quotidien (et je ne parle pas que de violence physique).
    Je n’adhère pas à la violence, comme la plupart d’entre-nous. Mais comment peut-on accepter un Etat policier qui est en fait au service des puissants ? Comment peut-on accepter un Etat policier qui maltraite des citoyens sous prétexte de maintien de l’ordre ? Oui mais de quel ordre s’agit-il ?? Peut-on imaginer qu’une gentille manifestation canalisée par la police obtienne des résultats !?
    Depuis 2 siècles, notre démocratie représentative a retiré tout pouvoir au citoyen, il a le droit de voter une fois de temps à autres pour des gens qu’il n’a pas vraiment choisi. Le reste du temps, le citoyen doit travailler dur pour payer des impôts et taxes qui l’écrasent et se taire car les pros de la politique (qui gaspillent notre argent) savent bien sûr tout mieux que nous !
    Saupoudrer quelques primes aux gilets jaunes n’est pas la solution. La politique doit changer au profit du citoyen. Nous devons réécrire la constitution et nous réapproprier la sphère politique.

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