Et si l’animal Sarkozy assumait vraiment son populisme?

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Article écrit pour Atlantico.

Sarkozy n’est jamais aussi percutant, déterminé, charismatique que dans les moments difficiles où tout le monde pronostique son effondrement. Il en a donné une nouvelle preuve au journal de 20 heures de France 2, hier, où il a renversé l’ordre du débat en proposant deux referendums dès les élections législatives de juin 2017 sur la rétention administrative des fichés S et sur le regroupement familial. Qu’on aime ou pas, qu’on le veuille ou pas, l’animal Sarkozy a senti la situation et bousculé ses adversaires par une proposition tonitruante dont tout le monde parle, et qui oblige ses adversaires à prendre position.

Pourra-t-il s’arrêter au milieu de cette voie dans laquelle il vient de s’engouffrer ? Ou a-t-il intérêt à faire son coming-out bonapartiste complet ? La question est ouverte.

Sarkozy bousculé par Buisson

Une ombre planait sur le plateau de France 2 hier: celle du Raspoutine alopécique Patrick Buisson, qui a ouvertement accusé Sarkozy de mentir cyniquement à ses électeurs, en formulant des propositions qu’il n’a aucune intention de réaliser. On a bien senti que l’interview était tout entière organisée autour de ce tabou qu’on ne pouvait violer mais qu’on avait tous en tête.

D’où la proposition de Sarkozy d’organiser un referendum le jour même des législatives, histoire de laisser les Français le sanctionner s’il ne tenait pas parole.

L’influence orbanienne?

Le présentateur a, au passage, glissé une allusion à Viktor Orban, dont nous révélions hier que Nicolas Sarkozy avait recruté un conseiller, Arpad Habony. De fait, face à Juppé dopé par ses tisanes qui lui permettent de conserver le maillot jaune dans les étapes de montagne, Sarkozy pratique la fuite non pas en avant mais vers la droite, en multipliant les propositions qui pourraient convaincre les électeurs du FN de venir le soutenir.

On parlera désormais de la tentation orbanienne de Sarkozy.

Un pari gagnant face au confusionnisme de Juppé?

Chacun appréciera l’orientation. Certains l’appelleront même une dérive. Elle cache en réalité une course à l’élargissement du socle électoral qui plombe la primaire des Républicains. Juppé a d’ailleurs ouvert le premier la boîte de Pandore en proposant aux électeurs de gauche de venir voter. Un candidat de droite désigné avec des voix de gauche? Ce confusionnisme-là appelait la réaction de Sarkozy vers le vote FN.

Reste à savoir si les Républicains survivront à la tension imposée par cette épreuve de tir à la corde écossaise. La distance entre les électeurs centristes et le camp d’en face risque en tout cas de bien s’agrandir à l’issue de la confrontation.

Sarkozy à mi-chemin de son populisme

Sarkozy apparaît toutefois encore à mi-chemin de son populisme, comme s’il voulait bien s’en servir sans l’assumer vraiment. Car, au point où il en est dans sa désignation des élites face au parler vrai du peuple français, il manque une brique essentielle. Comment peut-on critiquer un régime dominé les élites sans proposer de changer le régime lui-même?

L’organisation d’un referendum sur l’internement des fichés S lui en donnera pourtant l’occasion. L’article 11 de la Constitution compliquera en effet l’organisation de ce referendum… disons même que Sarkozy aura besoin de réformer la Constitution pour le permettre, ce qui exclut le respect de la date du 18 juin pour tenir le scrutin.

Au lieu d’être le candidat orbaniste du referendum, Sarkozy ne gagnerait-il pas à devenir le candidat de la rupture en proposant de changer le régime tout entier? Le peuple l’attend, et le populisme a (souvent) du bon lorsqu’il est parfaitement assumé.

Splendeur et misère de la primaire des Républicains

Au fond, l’absence de base électorale claire pour cette primaire a du bon. Elle crée une virulente mais saine concurrence entre deux lutteurs qui sont capables du pire comme du meilleur. On se félicite donc que les Républicains n’aient pas posé comme principe simple d’interdire aux électeurs de la primaire de participer aux primaires de la gauche. Cette idée simple et facile à mettre en oeuvre nous aurait évidemment ces débordements.

Vive le manque d’imagination des crânes d’oeuf qui ont préparé ce scrutin! Et chapeau à l’animal électoral Sarkozy, qui pourrait bien bousculer le système sans s’en rendre compte, comme un chien aveuglé par la piste qu’il suit.

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