Faillite d’Ascometal : le cas d’une entreprise symbole qui revient à la figure du gouvernement

Déjà en grande difficultés en 2013, le fleuron de la sidérurgie avait relevé la tête grâce à l'intervention d'Arnaud Montebourg. Trois ans après, Ascometal se retrouve une nouvelle fois en faillite. Une situation qui n'inquiète pas outre mesure le groupe.  

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C'est une situation que ne connait que trop bien le groupe Ascometal : la case faillite. Cyril Brand, élu CFDT de l'entreprise annonce que le fleuron français de la siderurgie devrait "se déclarer en cessation de paiement dans les prochains jours" auprès du tribunal de grande instance de Strasbourg. Une situation qui menace directement 1 550 salariés. 

Le paradoxe du dépôt de bilan

L'annonce avait fait l'effet d'une bombe ce vendredi 17 novembre après le comité exceptionnel tenu au siège social du groupe à Hagondange (Moselle). Trois ans après son rachat, le groupe Ascometal va déposer le bilan en vue de son placement en redressement judiciaire. Une situation inacceptable pour les syndicats qui soulignent "des carnets de commandes pleins" pour le groupe qui fournit Renault, Fiat ou la SNCF. De même, le chiffre d'affaires est proche de l'équilibre, une situation après deux années de baisse.

Mais l'activité a souffert de la concurrence de l'acier chinois moins cher et de la chute du prix du pétrole. Guy Dollé, ancien conseiller du groupement de reprise Ascometal explique "qu'en 2014, quand la reprise est actée, le pétrole dépassait allègrement les 100 dollars le baril; et la production d’aciers spéciaux pour cette activité était certes faible en volume, mais elle était extrêmement rentable. Plus de 80 % de l’excédent brut d’exploitation venait de cette activité. Quelques mois plus tard, le prix du pétrole s’est effondré et ces revenus ont disparu. Quant à l’activité automobile, Ascometal n’a jamais retrouvé ses parts de marché détenues avant 2014…"

Une reprise bancale en 2014 

Bis repetita donc puisque Ascometal, ancienne filiale d'Usinor qui a appartenu succesivement à l'italien Lucchini puis au fonds américain Apollo, avait été menée une première fois à la faillite en 2013 par ce dernier à la suite d'un achat par effet de levier, signifiant que le groupe devait s'endetter. L'emprunt est d'environ 350 millions d'euros, une somme qu'Ascometal ne parviendra jamais à rembourser.  

En 2014, l'entreprise dépose le bilan. 14 offres sont déposées mais c'est finalement Franck Supplisson, directeur de cabinet d’Eric Besson quand ce dernier était ministre de l’Industrie, accompagné de plusieurs actionnaires individuels, de trois fonds d’investissements anglo-saxons et du sidérurgiste suédois Ovako qui reprend l'affaire. Mais l'entreprise ne parvient pas à s'extraire de la situation initiale dans laquelle est plongée.

Le gouvernement impliqué, peut-être trop...

A cette époque, Arnaud Montebourg qui était ministre du redressement productif, monte au créneau pour sauver le groupe. Une décision que critiquait déjà ouvertement Bruno Le Maire

" Il y avait une proposition d’achat par des investisseurs étrangers solides.  Mais il a préféré bâtir de bric et de broc une solution franco-française [du moins dans sa conception] qui est tombée quelques années plus tard " et " qui menace désormais les salariés ".

Cette fois-ci, aucun membre du gouvernement ne devrait intervenir pour la reprise du groupe. Celle-ci devrait se faire uniquement dans un cadre juridique strict.

Ascometal est aujourd'hui très endetté tout en ayant à porter une réputation assez politisée. Mais avec des carnets de commande qui débordent, trouver un repreneur ne devrait pas être trop difficile. Il y aurait déjà plusieurs offres. il pourrait s'agir du suisse Schmolz + Bickenbach, du britannique Liberty Steel et de l'espagnol Sidenor. Mais pas de français...

Des candidats sérieux ont manifesté un intérêt marqué. Il est cependant trop tôt pour présager de ce que seront les offres remises dans le cadre du calendrier qui sera encadré par les administrateurs judiciaires.

Le groupe Ascometal est confiant dans le fait d’aboutir à une solution de reprise.

Nous avons sollicité le groupe Ascometal qui nous a répondu par l'intermédiaire de Fabrice Baron, président de DDB Financiel, société de conseil en communication financière. 

Quelle est aujourd’hui la situation, pour le groupe, et quel risque cela fait-il peser sur les sites du groupe ?

Le groupe a initié au printemps dernier une recherche de repreneurs dans le but d’opérer un rapprochement industriel avec un acteur du secteur tout en se renforçant. Ce processus d’adossement a déjà permis à des candidats sérieux de manifester un intérêt marqué. Le groupe a sollicité lundi 20 novembre auprès du tribunal l’ouverture d’une procédure de redressement judiciaire. Le tribunal a prononcé mercredi 22 novembre la mise en redressement judiciaire de la holding de tête du groupe (Ascometal SAS) et sa filiale opérationnelle (Asco Industries). La procédure de redressement judiciaire est assortie d’une période d’observation de six mois. Cette procédure doit permettre de faire aboutir une reprise du groupe dans un calendrier qui sera fixé par les administrateurs judiciaires nommés par le tribunal.

Qu’est ce qui a amené cette situation ? Et quelles peuvent en être les conséquences ? Aussi bien positives que négatives ?

Au moment de la reprise en 2014, Ascometal souffrait d’un important déficit d’investissement. Depuis 2014, la chute du cours du pétrole a eu un impact important sur les résultats. Mais un important travail de redressement et de réorganisation du dispositif industriel a été réalisé. Ce qui – aidé par une conjoncture qui s’est un peu améliorée – a commencé à porter ses fruits. La profitabilité opérationnelle du groupe s’est ainsi redressée au cours des derniers mois. Le groupe a néanmoins souhaité se placer sous la protection du tribunal - la procédure de redressement judiciaire doit permettre de faire aboutir une reprise du groupe dans un calendrier qui sera fixé par les administrateurs judiciaires nommés par le tribunal.

Quelles sont les dates clés avant, pendant et après ?

Le tribunal a prononcé la mise en redressement judiciaire mercredi 22 novembre. Une période d’observation de six mois a été fixée et les administrateurs judiciaires ont été nommés. Ce sont ensuite les administrateurs judiciaires qui vont organiser le processus et le calendrier de remise des offres des repreneurs.

Quels sont les ressentis du groupe ? Une sortie de crise sans trop de dégâts est-elle envisageable ?

Le groupe Ascometal est confiant dans le fait d’aboutir à une solution de reprise. Le processus d’adossement est déjà bien engagé et des candidats sérieux ont déjà manifesté un intérêt marqué, certaines de ces marques d’intérêt ayant même été réitérées publiquement. La direction privilégiera une offre de reprise industrielle et globale. Un rapprochement industriel permettra en effet de valoriser au mieux les forces et les atouts d’Ascometal. La direction est totalement mobilisée sur cet objectif.

Quels sont vos commentaires par rapport à la précédente reprise en 2014 ? Vis-à-vis des actions de messieurs Le Maire et Montebourg ?

Nous ne faisons pas de commentaires sur la reprise de 2014 ni sur les déclarations des uns et des autres. Ce travail se poursuit désormais sous la responsabilité et avec l’aide des administrateurs judiciaires. 

Quelles sont les solutions qui sont actuellement à l’étude et leurs chances de se réaliser ?

Le processus d’adossement est largement engagé. Des candidats sérieux ont manifesté un intérêt marqué. Il est cependant trop tôt pour présager de ce que seront les offres remises dans le cadre du calendrier qui sera encadré par les administrateurs judiciaires.

Le groupe Ascometal est confiant dans le fait d’aboutir à une solution de reprise.

1 commentaire sur Faillite d’Ascometal : le cas d’une entreprise symbole qui revient à la figure du gouvernement

  1. Bonjour . tres triste pour vous .j’espere que vous vous en sortirez
    Nous qui avons été recheté par le groupe Asco ac 40% Vallourec(aujourd’hui Ascoval)
    Qu’allons nous devenir,nous avons de tres gros efforts en matiere d’économies et de qualités,nous sommes specialisé dans les aciers fortements alliés a forte valeurs ajoutées, nous nous sommes diversifiés en produit(ferroviaire,automobile,tec) qu’allons nous devenir???

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