Fillon, Trump: le retour de la Russie au centre du jeu

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La victoire de François Fillon dimanche soir a surpris. Elle s’intègre pourtant dans un mouvement global qui traverse le monde occidental et souligne que la France n’est pas “en retard” sur ses voisins, au moins dans ses aspirations. À de nombreux égards, en effet, le programme de François Fillon appartient à une sorte d’ensemble qui émerge en Occident, et dont la victoire de Trump constitue l’illustration la plus flagrante.

Trump et Fillon, et leurs parentés idéologiques

Tiens! quand on les lit du même côté, les programmes de Trump et de Fillon en matière de commerce extérieur et de patriotisme économique ne sont pas complètement éloignés. C’est vrai que Fillon a fait campagne, en son temps, contre le traité de Maastricht.

Voici ce que Fillon propose sur la construction européenne:

La France doit reprendre la première place et sensibiliser les autres pays européens sur l’urgence de créer une Europe respectée par nos principaux partenaires et notamment les Etats-Unis et la Chine. Pour cela, la France a tous les atouts structurels pour engager les pays européens sur le chemin de réforme. Sa démographie, la productivité de sa main d’œuvre, la qualité de ses équipements publics, de ses infrastructures, de ses services publics, ses paysages, sa culture, la force de ses entreprises mondiales ainsi que notre armée, la seule opérationnelle sur le continent européen font que nous sommes le seul pays à pouvoir engager l’Europe vers un nouveau chemin.

Reconstruire l’Europe autour de la France. Sur le fond, François Fillon est proche d’une affirmation nationale qui n’est pas étrangère à celle de Trump.

Le retour de la Russie

Mais le point majeur à souligner est évidemment celui de la relation avec la Russie, qui marque autant le programme de Trump que celui de Fillon (encore que ce dernier n’ait pas clairement mentionné la Russie dans son texte). On le sait, Fillon est favorable à un renversement d’alliance en Syrie. Il propose un dialogue renouvelé avec la Russie.

Il rejoint ici la ligne de Trump aux Etats-Unis, lui aussi favorable à une modification en profondeur des relations bilatérales russo-américaines. Nul ne sait s’il parviendra effectivement à imposer cette nouvelle ligne à la grande machine administrative et militaro-industrielle américaine. Mais l’intention affichée est celle-là et elle rejoint la vision fillonesque.

Vers un nouvel ordre mondial?

L’émergence de Fillon en France, celle de Trump aux USA, pourraient modifier en profondeur l’ordre mondial fondé aujourd’hui sur un leadership solitaire et chaotique de la puissance américaine. Après l’effondrement soviétique des années 90, la Russie est en train de reprendre doucement sa place dans cet ensemble.

Cette évolution est porteuse de multiples conséquences: fin du multilatéralisme économique, retour à un bilatéralisme diplomatique, rééquilibrage des relations avec l’Europe orientale au détriment de l’Allemagne et au bénéfice de la Russie.

L’Allemagne mise en difficulté

Dans ce rééquilibrage, la position de l’Allemagne devrait être fragilisée. Grande vainqueur de l’ouverture de l’Union à l’Est (grâce à laquelle elle a récupéré le Lebensraum perdu en 1945), l’Allemagne devrait marquer le coup et se trouver en délicatesse avec sa stratégie d’influence sur les cendres de la Russie soviétique. Ce changement dans le rapport de force devrait être rapidement visible en Ukraine, où le gouvernement indépendantiste sera probablement la première victime du repositionnement euro-américain.

Mais c’est surtout en Turquie que la situation devrait changer. On voit mal sur quel allié (en dehors de Merkel) Erdogan pourrait encore compter pour reconstruire sa dictature locale.

Une réorientation de l’Union Européenne

Tout laisse à penser que, parallèlement, l’Union Européenne connaîtra un repositionnement en profondeur. Dans l’hypothèse d’une élection de François Fillon à l’Elysée, ce repositionnement est inévitable. Le couple franco-allemand devrait en prendre un coup, au bénéfice d’un rapprochement avec la Russie. Fillon, adversaire du traité de Maastricht, ne devrait pas être le meilleur allié de Merkel pour défendre une politique de l’euro fort et une stratégie multilatérale désincarnée.

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1 commentaire sur Fillon, Trump: le retour de la Russie au centre du jeu

  1. M. Verhaeghe, Fillon ou pas, l’UE ne se réinvente pas d’un claquement de doigt. Et pour cette raison un rapprochement avec la Russie n’est pas si évident. Pour un repositionnement en profondeur de l’Union européenne, il faudrait une modification en profondeur des traités européens, modification qui demande la ratification des 28 États membres (27 le jour où le Brexit sera effectif). La France est tenue par ses traités, pieds et mains liés. L’affirmation nationale est envisageable pour un Trump et les États-Unis. Pas pour nous : la France n’est plus un pays souverain ni réellement indépendant. Vous êtes toujours dans le doux rêve de la réforme européenne. En 2012, Hollande aussi allait soi-disant imposer ses vues à Madame Merkel, la chanson du couple franco-allemand qui va prendre un coup, on la connaît. Pour que la France s’affirme, Trump ou pas, Russie ou pas, elle n’a qu’une solution : faire comme les Anglais et quitter l’UE.

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