FINANCE : non, ça ne va pas mieux

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Cet article a été initialement publié sur la Gazette de l’Assurance

 

La baisse des taux donne l’impression instantanée d’une embellie de l’économie et des organismes financiers.

Le monde financier creuse sa tombe avec ses dents:

–          Les plus-values ont été induites par la baisse des taux, et non pas par la valorisation intrinsèque des business models sous-jacents. Certains pans de l’économie sont au contraire menacés par la révolution digitale.

–          Les banques ont largement transféré leurs prêts générant des pénalités de sortie, des frais d’entrée et des commissions de courtage. Mais, à plus long terme, les marges nettes d’intérêts sont écrasées mettant en danger leur rentabilité.

–          Les assureurs bénéficient de plus-values obligataires sur leurs fonds euros, mais donnent aux épargnants plus que leur rendement d’actifs, nets de frais. Les difficultés de solvabilité sont masquées par un étalement non prudentiel du provisionnement sur 16 ans de leurs engagements longs.

–          Les banques centrales font des plans de relances monétaires qui tangentent le maximum*. La Federal reserve a engagé un repli de cette politique (tapering), la Bank of England hésite, et la BCE a maintenu son taux zéro, un Quantitative Easing plafonné à 80Md€/mois, et laissé entendre que la décrue est pour l’année prochaine. Un jour, les banques commerciales (donc les Etats et les agents privés) devront rembourser la BCE.

La croissance est menacée par les contradictions politiques

Si la croissance mondiale est encore vivace selon le FMI** (3,1 prévu cette année et 3,4% en 2017), celle de la croissance de la zone euro est revue à la baisse (1,6% en 2016 et 1,4% en 2017). L’ambiance du G20 à Chengdu est morose. Le Brexit pèse bien sûr, avec un FMI qui revoit de 0,9% à la baisse la croissance du PIB britannique à 1,3% pour 2017. Mais en France, il y a aussi les grèves, les attentats, et la Banque de France qui refuse de répercuter la baisse des taux en maintenant le Livret A à 0,75%.

On évoque aujourd’hui la possibilité d’une stagnation centenaire.

Les autorités financières sont schizophrènes : elles inondent de liquidités mais demandent en même temps une hausse des ratios prudentiels (c’est-à-dire une diminution des prêts rapportés aux fonds propres existants***). Au contraire, les thuriféraires des textes réglementaires défilent parés de leurs acronymes improbables : Mifid 2, Priips, DDA, Bâle 4, BCR IAIS,… mais leur cortège ne porte pas de cierges, mais des bâtons dans les roues du financement de l’économie.

Les dettes ne seront pas remboursées

La dette souveraine française va dépasser 100% du PIB, si l’on tient compte des effets de primes d’émission et des engagements de reprise de dette (SNCF, EDF/Areva,…). Standard & Poor’s a déjà prévu l’accroissement à venir du ratio dette/PIB et la dégradation progressive de l’Etat français.

La dette de la BCE explose à 3250Md€ (versus 2000Md€ mi 2014). Apporté aux 340 millions d’habitants de la zone euro, la BCE approche des 10 000 euros de dette par habitant.

A l’échelon mondial, les ordres de grandeur sont d’une dette mondiale totale à 280 000Md$, à comparer à un patrimoine de 250 000Md$ et un PIB mondial de 80 000Md$. Nous avons plus de dettes que de patrimoine, mais surtout, le ratio dette/PIB est d’environ 3,5. N’importe quel banquier sait que ce ratio est insoutenable.

Une fuite en avant

Dans ces conditions, la France a intérêt paradoxalement à fuir en avant, en émettant à taux négatifs ou sur des durées très longues, 50 ans et plus.

Mais la morale est partagée sur cette pratique irresponsable vis-à-vis des générations futures. Si certaines religions admettent le pardon (propitiation de Kippour, absolution catholique,…), les protestants seraient plus responsables, si l’on en croit le philosophe Max Weber. D’ailleurs, en allemand, Schuld signifie la dette mais aussi la faute.

*Sauf peut-être au Japon. Les Abenomics qui, ayant fait la preuve de leur échec à relancer l’économie et l’inflation, se poursuivent dans un empire amateur de kamikaze (le vent divin qui avait dérouté la flotte de Koubilaï Khan).

** http://www.imf.org/fr/News/Articles/2016/07/18/18/11/NA07192016-IMF-Cuts-Global-Growth-Forecasts-on-Brexit-Warns-of-Risks-to-Outlook

***Plus précisément Risk weighted assets/own funds dans les ratios balois “core equity tier 1”.

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