G20: l’économie mondiale au bord de l’implosion

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La réunion du G20, qui s’ouvrait au moment où l’horreur sévissait à Paris, est partiellement passée inaperçue. Pourtant, en dehors des questions de terrorisme, ce sommet qui se tenait en Turquie, à Antalya, à six cents kilomètres à vol d’oiseau de la Syrie, avait de quoi faire froid dans le dos. Il s’est en effet attardé sur le ralentissement de la croissance mondiale et a proposé diverses solutions à une situation de plus en plus intenable, sept après la grande crise de 2008.

Le G20 face à de mauvais indicateurs

Quelques jours avant la réunion, l’OCDE avait publié ses perspectives économiques semestrielles, en révisant à la baisse ses indicateurs. En voici quelques extraits saillants:

Un nouveau ralentissement brutal dans les économies émergentes et les échanges internationaux a affaibli la croissance mondiale, qui s’établit à 2.9 % environ cette année, bien en deçà de sa moyenne à long terme, et fait peser des incertitudes sur les perspectives à court terme, selon l’OCDE.

(…) l’OCDE prévoit un affermissement progressif de la croissance mondiale, qui devrait atteindre 3.3 % en 2016 et  3.6 % en 2017. Mais pour que la reprise de l’activité soit significative, la Chine devra opérer un rééquilibrage en douceur de son activité, et les économies avancées devront relancer leurs investissements.

Par rapport aux Perspectives économiques de l’OCDE publiées en juin, les difficultés rencontrées par les économies émergentes, l’atonie des échanges et les incertitudes relatives à la production potentielle accentuent les risques à la baisse et les vulnérabilités.

Autrement dit, l’année 2015 sera économiquement mauvaise, et une faible reprise est à espérer si la Chine ne subit pas trop de soubresauts et si les pays occidentaux transforment l’assouplissement quantitatif en politique de relance.

Alors que la théorie de la “reprise” a envahi le discours public en France, l’OCDE reconnaît donc que l’économie mondiale est en phase dépressive. La perspective d’en sortir reste hautement improbable, et sans une inflexion économique mondiale, on voit mal comment la tendance pourrait durablement s’inverser.

Le G20 acte cette phase difficile

Sur toutes ces questions, qui se trouvaient en réalité au coeur des préoccupations, le G20 n’y est pas allé par quatre chemins. Son communiqué final a souligné l’ampleur des difficultés, même si les solutions restent encore évasives.

On notera en particulier le ton du point 3 (en traduction française):

La croissance économique globale est inégale et continue à se situer sous nos attentes, malgré les perspectives positives dans plusieurs économies majeures. Des risques et des incertitudes sur les marchés financiers demeurent, et des défis géopolitiques deviennent de plus en plus des enjeux globaux. De plus, une baisse de la demande globale et des problèmes structurels continuent à peser sur la croissance réelle et potentielle.

Le constat, on le voit, est très sombre et n’est pas sans rappeler les climats étouffants d’avant-conflit, où les Etats ne disposent plus d’alternative crédible à une vaste entreprise de destruction de valeur pour relancer l’activité.

Les conclusions du G20

Pour faire face à ces difficultés, le G20 a donc préconisé diverses mesures, dont les principales sont contenues dans ces lignes:

Nous continuerons à mener des politiques macro-économiques raisonnables dans une logique de coopération afin d’obtenir une croissance forte, soutenable et équilibrée. Nos autorités monétaires continueront à assurer la stabilité des prix et à soutenir l’activité économique, dans le respect de leurs mandats. Nous répétons notre engagement à mener des politiques fiscales flexibles pour prendre en compte les conditions économiques à court terme, afin de soutenir la croissance et l’emploi, tout en ramenant le ratio des dettes sur le PIB sur un chemin soutenable. Nous examinerons aussi la composition de nos dépenses budgétaires et de nos recettes pour soutenir la productivité, l’inclusion et la croissance.

Ce programme économique global, qui domine les politiques menées en Europe, comporte une remarque intéressante sur les politiques monétaires. Celle-ci laisse entendre que la Réserve Fédérale américaine ne devrait pas forcément augmenter ses taux d’intérêt début 2016 comme les marchés financiers le craignent.

Le soutien du B20 au TAFTA

Parallèlement, le sommet des entreprises Business 20, aussi appelé B20, a donné l’occasion d’un plaidoyer vibrant en faveur d’une signature rapide du traité transatlantique. Les représentants du B20 ont en effet proposé:

Le B20 demande aux membres du G20 de concentrer leur attention sur les réformes structurelles destinées à permettre une croissance forte, soutenable et équilibrée autant que la mise en place effective et opportune de leurs stratégies spécifiques de croissance et d’investissement. En outre, en respectant les recommandations suivantes, le B20 éliminera les obstacles à un développement de l’activité du secteur privé (…):

Pour compléter la mise en place des politiques décidées, les membres du G20 devraient:

Ratifier et mettre en oeuvre le Traité de Facilitation du Commerce <TAFTA>

Cet appel à une conclusion rapide du traité ne devrait pas être du goût de toutes les opinions publiques qui se mobilisent fortement contre son adoption.

Une fois de plus, la gouvernance mondiale fait peu de cas des résistances populaires à ses options, et nul ne sait ce qui peut sortir de cet aveuglement.

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