Gilets Jaunes : d’après le syndicat majoritaire dans la police, les 3/4 des forces de l’ordre ne sont pas formées à l’utilisation du LBD

Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO, arrivé en tête aux dernières élections professionnelles dans la police, affirme que les 3/4 des forces de l’ordre déployées lors des mouvements Gilets Jaunes ne sont pas formés au maintien de l’ordre. De même, nombreux sont ceux qui ne seraient pas formés à l’utilisation du LBD, accusé de causer de graves blessures. 

La question de l’utilisation du Lanceur de Balles de Défense dans les manifestations françaises continue d’agiter le débat. Dans son dernier recensement, FranceInfo comptabilise 40 personnes qui ont été gravement blessées par des tirs de LBD. Du côté de la cellule de fact-checking Checknews de Libération, le chiffre serait plutôt de 69. Du côté du gouvernement, le chiffre reste un tabou qui n’est que très peu évoqué.

Reste que son utilisation commence aussi à faire polémique chez les agents et les syndicats de police. Contacté par BFM/RMC, Yves Lefebvre, secrétaire général du syndicat Unité SGP-FO déclarait que la majeure partie des agents déployés n’étaient pas formés à l’utilisation du LBD.

Les spécialistes du maintien de l’ordre ne représentent qu’1/4 des agents déployés 

A l’antenne, Yves Lefebvre est interrogé sur la légitimité de l’utilisation du LBD dans les manifestations des Gilets Jaunes. Le secrétaire général du syndicat de police qui est arrivé largement en tête des dernières élections professionnelles affirme que « sans le LBD, on aurait des morts et on serait complètement en insurrection. » En somme, le LBD est l’arme la plus appropriée pour le maintien de l’ordre car elle a une létalité réduite. Pour Monsieur Lefebvre, sans cette arme intermédiaire, les agents déployés devraient utiliser leurs poings ou bien leurs armes à feu. 

Seulement, dans la suite de l’entretien, Yves Lefebvre pointe du doigt un autre problème qui toucherait beaucoup plus durement les forces de l’ordre mobilisées et qui pourrait expliquer les diverses « violences » : la majeure partie des agents ne sont pas formés au maintien de l’ordre (à partir de 15:10).

Le secrétaire général de syndicat SGP cite le rapport de Sivens, événement où le manifestant Remi Fraisse avait trouvé la mort suite à l’explosion d’une grenade offensive, qui affirme « qu’il faut que l’autorité civile soit sur place […], il faut que ceux qui ont délégation du préfet, en l’occurrence les chefs de service présents sur place soient formés au maintien de l’ordre. » Or pour Yves Lefebvre, si les » les gardiens de la paix, les gradés le sont », les donneurs d’ordre n’en ont aucune notion.

Mieux, Yves Lefebvre revient plus précisément sur les habilitations à l’utilisation du LBD par les forces de l’ordre.

Il y a un problème de formation. Quand on met 80 000 flics sur le terrain pour assurer du maintien de l’ordre comme ce fut le cas encore samedi dernier et ce sera certainement le cas demain. Quand on sait que les CRS qui sont ultraspécialisés du maintien de l’ordre, reconnus dans le monde entier, les gendarmes mobiles tout aussi spécialisés, les brigades anti-criminalités tout aussi spécialisées. On en arrive à même pas un quart de l’effectif déployé.

En clair, les 3/4 des forces de l’ordre déployées ne sont pas composées d’agents spécialistes du maintien de l’ordre. Vient inévitablement la question de leur légitimité quant à l’utilisation d’armes spécifiquement utilisées pour le maintien de l’ordre. Ce manque de formation pourrait-il expliquer le nombre grandissant de blessés par des tirs de LBD ?

Manque de formation ?

Dans une note interne datée de 2012 et distribuée aux forces de l’ordre par l’ex Préfet directeur général de la police nationale Claude Balant donnait les conditions d’utilisation des flash-ball. « L’arme ne peut être affectée qu’à des fonctionnaires de police actifs titulaires, sélectionnés et habilités, à l’exclusion des fonctionnaires actifs stagiaires, des adjoints de sécurité, des cadets de la République et des réservistes de la police nationale.« 

Pour être habilités, les fonctionnaires doivent satisfaire à une formation personnelle qui doit attester de la « parfaite maîtrise technique que les personnels habilités auront acquise et la connaissance affirmée de ses conditions d’emploi ». Formation qui doit être renouvelée au maximum tous les deux ans.

Cette formation est d’ailleurs détaillée dans un autre document, mis à disposition par le défenseur des droits. Ce document explique que les élèves-officiers à l’colle des officiers de la gendarmerie nationale ainsi que les élèves sous-officiers bénéficient de cette formation durant leur scolarité. Ainsi, à défaut, hormis les gendarmes, tous les autres agents doivent passer par une formation.

Cette formation apparaît cependant bien légère à la bonne utilisation de ces armes intermédiaires accusées de causer de graves blessures. Ainsi, chaque agent doit passer par un « rappelle du cadre légal et réglementaire d’emploi du flash-ball, un rappel de ses caractéristiques techniques et de ses conditions de mise en oeuvre, un tir réel de 5 cartouches, des mises en situation pratiques dans le cadre d’exercices d’intervention professionnelle. »

Pour ce qui est du renouvellement, l’agent concerné doit à nouveau satisfaire à tous ces volets de formation à la différence que le tir n’est plus de 5 cartouches mais de seulement 3. 

Nous avons posé quelques questions au ministère de l’Intérieur quant aux allégations d’Yves Lefebvre mais au moment de l’écriture de cet article, le cabinet de Christophe Castaner n’a pas donné suite. 

1 commentaire sur Gilets Jaunes : d’après le syndicat majoritaire dans la police, les 3/4 des forces de l’ordre ne sont pas formées à l’utilisation du LBD

  1. Bizarre, quand même, cette « sélectivité » qui s’exerce dans le cadre des violences policières, car mon petit doigt m’a dit que l’immense majorité des flashés étaient des GJ, tandis que chez les casseurs professionnels, rien – ces soi-disant « antifas », comme s’il n’y avait aucun fascisme à gauche et surtout pas le leur. Dommage que ces aimables esthètes n’aient aucune notion de psychologie, car on se défend souvent de ce que l’on est au fond de soi-même, d’où l’appellation non-contrôlée.
    L’extrême-gauche, des idées tellement bonnes qu’il faut les faire entrer de force dans la tête des gens à grands coups de batte de baseball… On croyait le côté obscur du stalinisme définitivement mort, mais il faut croire que le fond de certains humains est définitivement, non-pas mauvais, mais pourri.

    Par ailleurs, étant donné la quantité de mutilés, on voit bien que certains éléments des poncktionnaires-pacificateurs n’ont strictement rien à faire sur le terrain, mais auraient plutôt leur place dans un asile psychiatrique et certainement pas dans un corps d’état quelconque – on peut d’ailleurs dire la même chose de ceux qui donnent et relaient les ordres (l’ancien voyou de la place bobo, les préfets, les hauts-gradés, etc.)

    C’est en voyant toute cette déliquescence, principalement morale, que l’on est à même de pleinement comprendre ce qui s’est réellement passé en 40 : les administrations françaises n’ont aucun état d’âme ; en fait, elles n’ont pas d’âme tout court – l’Histoire l’a montré, le présent le démontre tout en confirmant le passé.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

Lire les articles précédents :
Calvados : le boulanger qui travaillait 7 jours sur 7 a été condamné

Dans le Calvados, un boulanger qui avait vu ses effectifs augmenter a reçu l'interdiction du Tribunal de Grande Instance de...

Fermer