Hard Brexit

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Article paru sur la Gazette de l’Assurance.

Theresa May va enclencher un « hard » Brexit, même si elle récuse le terme. Cela signifie le retrait de l’Union douanière, du Marché unique et de la Cour européenne de justice, avec contrôle de l’immigration. Entre RU et UE, les points de vue sont « irréconciliables » :

–          Le RU veut le beurre, l’argent du beurre, et la crémière (« have your cake and eat it too »). C’était justement la situation pré vote Brexit. Le RU disposait du « passeport européen » sans être ni dans l’euro, ni dans Schengen, et en se faisant largement rembourser sa contribution au budget européen.

–          Michel Barnier, le Commissaire européen en charge du Brexit, devra tenir la ligne : pas de liberté de mouvements de capitaux sans celle des biens et des personnes. Or, il a évoqué un « travail spécifique… pour éviter l’instabilité financière ». Il n’aurait pas pu donner plus raison au RU contre l’UE. M.Barnier a été obligé de démentir ses propos.

L’UE en mauvaise posture

L’incapacité à négocier correctement le Brexit révèle une nouvelle faiblesse de l’UE. Elle arrive après :

–          la crise des migrants et la remise en cause de Schengen par l’érection de frontières intra-européennes,

–          le vote du Brexit, l’échec du référendum de M. Renzi, la montée de nationalistes eurosceptiques, les tensions avec la Turquie,

–          les batailles perdues face à la Russie (Ukraine & Crimée, Syrie,…) d’un côté,

–          et de l’autre, l’élection de D. Trump qui, dans une interview au Times et à Bild, commence par saluer le Brexit, juger obsolète l’Otan, se rapprocher diplomatiquement de V. Poutine, et annoncer de nouveaux départs de l’UE, qui selon lui, est un instrument pour l’Allemagne,

–          la politique monétaire accommodante -mais inopérante- de la BCE, remise en cause par la Bundesbank, ….

Des instances de l’Union européennes fragilisées :

–          Malte, qui préside l’UE au 1er semestre 2017, a accueilli la réunion du Commonwealth fin 2015. Cette fois-ci, la présidence du Parlement européen, en remplacement de Martin Schulz, ne fait pas consensus.

–          Michel Barnier est le Commissaire négociateur pour le compte de la Commission européenne, mais c’est le belge Didier Seeuws qui est responsable de la task force sur le Brexit auprès du Conseil européen et Guy Verhofstadt le négociateur du Brexit pour le compte du Parlement européen.

–          Sir Ivan Rogers, ambassadeur du RU auprès de l’UE, a démissionné, constatant l’impréparation et l’inexpérience des responsables en charge du Brexit.

Un Royaume-Désuni 

Le vice-Premier ministre d’Irlande du Nord, Martin McGuinness, a démissionné, engendrant une crise politique pouvant remettre en cause le partage du pouvoir, en vigueur depuis le Good Friday Agreement de 1998. Le risque de conflit revient entre son party (le Sinn Féin) et le Democratic Unionist Party (les protestants pro-UK menés par Arlene Foster, la Première ministre). En réponse au risque d’une construction d’une frontière post Brexit entre Eire et Ulster, le Sinn Fein pourrait demander un référendum d’unification avec la république d’Irlande.

En Ecosse, Nicola Sturgeon, la Première ministre, voudrait rester dans l’UE, mais un 2ème référendum d’indépendance n’est pas gagné.

Plus loin, la rupture avec l’UE va entraîner des renégociations (Gibraltar avec l’Espagne, bases militaires à Chypre actuellement en pourparlers de réunification, etc).

Des contradictions internes

La Première ministre, qui va demander le Brexit, s’y était opposée. Boris Johnson, qui a milité pour le Brexit, est loué pour son ouverture internationale (ne serait-ce que par son parcours familial et personnel).

Philip Hammond, ministre de l’Economie, menace préventivement d’abaisser drastiquement la fiscalité au RU en rétorsion si le RU n’obtient pas un bon accord. Cette menace est illusoire, le RU disposant, pour l’immatriculation des sociétés, déjà d’un grand nombre de paradis fiscaux dans divers archipels et autres confettis d’empire.

Le RU bénéficiaire du Brexit ?

Pour l’instant, la livre a perdu du terrain par rapport au dollar-comme la plupart des devises- à 1£=1,2$ (soit -20% depuis le référendum), mais aussi par rapport à l’euro (1£=1,13€). Cela favorise évidemment la balance commerciale britannique.

Le PIB du RU a progressé de 1,8% en 2016, sa dette/PIB reste stable à 89% avec un déficit annuel qui va repasser en dessous de 3%, et un taux de chômage de 4,9%. Le Footsie progresse de 14,43% en 2016 quand l’Eurostoxx 50 a stagné à +0,7%. Les Cassandre du Brexit se sont trompés.

Pourtant, à plus long terme, les incertitudes sont grandes. Le RU a décidé de quitter le bateau européen, pariant qu’il allait sombrer. Mais en 2 ans, le RU devra batailler contre l’UE, contre ses « celtic fringes », négocier des traités avec plus de 50 pays. On sait, d’expérience sur la durée de négociation des traités récents, que c’est impossible. Parions que David Davis, le Secrétaire d’Etat en charge du Brexit, demandera un délai de mise en place.

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