Immobilier: une usine à gaz qui laissera coi les investisseurs, par Sébastien Laye

Nous achevons notre dossier sur la politique immobilière d'Emmanuel Macron, suivi par Sébastien Laye, et précédé de deux articles cette semaine. 

Derrière les détails techniques et fiscaux de ces réformes, on trouve donc bien l’idéologie attalienne selon laquelle les investisseurs français seraient des bourgeois rétifs aux risques, si différents des braves entrepreneurs anglo saxons qui eux investiraient tout leur capital dans la Silicon Valley. Franco-americain et investisseur dans l’immobilier aux USA, je dirais que rien n’est plus éloigné de cette vision. L’épargne populaire reste aussi aux USA concentrée sur le secteur immobilier, et c’est bien la croissance plus soutenue et surtout l’appareil industrialo-militaire qui expliquent l’essor de la Silicon Valley. Par ailleurs, le matraquage fiscal du secteur immobilier risque de s’avérer contre-productif  assez rapidement en France. Si les flux d’épargne vers le secteur se tarissent du fait d’une fiscalité moins avantageuse, il est peu probable qu’en un ou deux ans les français s’improvisent investisseurs dans les start ups. Il s’agit d’un vrai métier et le français moyen investit peu dans les fonds de capital-risque : la nature même de l’assurance vie , qui a résisté a la dernière crise financière, fait que sans réforme d’envergure, elle ne peut allouer des sommes importantes au capital-risque. Pour un hypothétique basculement qui est plus une affaire de mentalité culturelle et de confiance en l’avenir, le gouvernement risque de briser le seul secteur de l’investissement qui fonctionne encore et attire l’épargne des français. Prendre un tel risque est une hérésie quand ce secteur représente 10% de notre PIB. Mais il y a pire : les afflux de liquidité des banques centrales ont engendre des bulles sur de nombreuses classes d’actifs. L’immobilier français n’est pas exempte de ce phénomène et ces réformes fiscales pourraient être le catalyseur négatif que d’aucuns attendent pour la survenue d’un krach immobilier, ou du moins d’une correction significative. Une telle correction au second semestre 2018 par exemple serait difficilement digérable pour une économie française qui vient de retrouver son rythme de croisière. Et on le sait, dans un contexte spéculatif, la moindre étincelle ou correction peut dégénérer en un vrai marasme, qui via la construction et les pertes en capital pour presque tous les français cette fois ci (alors que les actions elles ne concernent qu’un cinquième des français) obèreraient les chances de reprise durable.

Début septembre 2017, avant le détail des reformes de Macron en la matière,  il apparaissait que 70% des  français indiquaient que l’immobilier serait leur investissement prioritaire au cours des cinq prochaines années. Monsieur Macron, ne brisez pas l’un des rares secteurs qui fonctionne encore en France.

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