Inondations de dettes

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La BCE vient de se réunir. Constatant la reprise –très relative- de l’inflation et de la croissance*, elle n’accélérera pas sa fuite en avant. Cela fait suite à sa précédente position indiquant qu’elle n’irait pas au-delà (au lieu de l’illimité « whatever it takes »).

La BCE avait reçu des critiques de Jeroen Dijsselbloem (Président de l’Eurogroup), de la Bundesbank, des économistes comme Joseph Stiglitz, et courait le risque d’invalidation par la Cour de Karlsruhe. Inversement, les marchés financiers –qui sont court-termistes- sont dépendants et demandeurs des décisions laxistes des banques centrales.

La dette hors contrôle

Les déficits publics (Etats, collectivités locales, SS) se sont légèrement réduits, mais ils excèdent les 3% de Maastricht et durent depuis 40 ans. La dette continue d’augmenter en conséquence, malgré des taux proches de zéro, qui allègent le poids du service de la dette**. Le Gouvernement affiche des taux de dette/PIB déconnectés des réalités, en ne prenant que la partie émergée de l’iceberg.

Pourtant, l’Etat, qui fait appel public à l’épargne, devrait publier un bilan et un hors bilan (au moins en IFRS), et devrait donner une image sincère depuis la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances). L’Etat pourrait le faire à partir du Tableau d’Inventaire des Garanties de l’Etat (TIGRE) du Trésor, le tableau des opérations financières de la Comptabilité nationale de l’INSEE, etc.

Malgré les rappels à l’ordre de la Cour des Comptes***, des Commissions des Finances et de la Commission européenne, la réponse de la France ne porte que sur la forme. En effet, la nomination d’Odile Renaud-Basso à la tête du Trésor permettra de faire passer nos dérapages avec Bruxelles, faute de volonté politique de traiter le fond (le manque de compétitivité principalement).

Une campagne présidentielle coûteuse

Le Président de la République, ayant commencé sa campagne, la finance habilement par près de 6Md€ de promesses non budgétées et échappant aux comptes de campagne. Plus encore, face à la CGT, le Gouvernement lâche sur l’énergie et les transports. Il est en discussion pour reprendre les 50Md€ de la SNCF (Réseau et Mobilité, et avant Lyon-Turin) et l’essentiel des 40Md€ d’EDF/Areva. Pour minimiser les problèmes européens avant le referendum britannique, il accepte une charge supplémentaire au titre de la dette grecque.

Cela s’ajoute aux déficits sociaux (régimes obligatoires SS et fonctionnaires, subventions aux régimes spéciaux, FSV, Caisse d’Amortissement de la Dette Sociale, Unedic, prêts hospitaliers intenables, etc) et aux déficits des collectivités locales (du fait des dotations insuffisantes face à l’empilement des charges). En additionnant les dettes publiques officielles et celles occultées, on dépasse les 5200 Md€ (deux fois et demie le PIB).

Des perspectives inquiétantes

Pour les institutions financières, les ratios bâlois et de solvabilité sont bons en instantané, gonflés de liquidité et de plus-values latentes dues aux taux bas. Mais leurs marges, abaissées avec les taux, conduisent à des ventes à pertes, comme pour les fonds euros en assurance vie.

L’EIOPA devra revoir en 2018 la norme Solvabilité 2. La question est posée d’attribuer un risque de signature aux Etats (normalement fonction de leurs notations). Le risque de désinvestissement des dettes publiques se posera alors.

Au-delà, à l’échelon mondial, on risque un grand plan européen de 3000Md€ de Jean-Claude Juncker, des bulles de dettes aux USA (entreprises de schistes et bitumes) et de prêts en Chine (immobilier, entreprises chimériques). La bulle de la dette (française comme mondiale) s’accroît en volume. Il faut se préparer à une sortie douloureuse quand il faudra rembourser.

*Jusque-là, la BCE constatait une croissance limitée à 1,4%, revue à 1,6% pour 2016, et une estimation d’inflation, qui avait été divisée par 10 à 0,1%, et qui serait de 0,2% pour 2016.

**L’Agence France Trésor (AFT) émet à 50 ans. La BCE a racheté un montant de dette française de l’ordre des adjudications annuelles de l’AFT.

***La «situation des finances publiques de la France reste plus déséquilibrée que celle de nombreux pays européens ».

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