Italie: l’Europe menacée d’Italexit

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L’échec du référendum en Italie et la montée du populisme en Autriche ont posé 2 nouveaux défis à la construction européenne le 4 décembre 2016.

Matteo Renzi a perdu son pari de réforme des institutions italiennes. Par strict bicamérisme, le Sénat peut bloquer les réformes. Le pays a connu 71 gouvernements depuis 1944. L’Italie a cédé aux démagogues comme Beppe Grillo (Mouvement populiste « 5 étoiles »). Le référendum prévoyait de supprimer le CNEL, équivalent de notre Conseil Economique Social et Environnemental et de limiter le Sénat à une représentation des territoires. La démission de Matteo Renzi, suite au rejet de référendum, replonge l’Italie dans l’incertitude politique mais aussi financière. Le ministre italien de l’économie n’ira pas à la réunion de l’Eurogroup en ce 5 décembre.

Au passage, en France aussi, des questions analogues s’étaient posées : L. Jospin voyait dans le Sénat une “anomalie démocratique” et C. de Gaulle avait démissionné suite au référendum du 27 avril 1969, qui prévoyait de moderniser le Sénat et créer les régions. Plus prospectivement, F. Fillon pourra-t-il réformer s’il est élu ?

Des risques géopolitiques accrus en Italie

Les élections étaient à risque en Autriche, avec le candidat écologiste et pro-européen Van der Bellen face à l’extrême droite de Norbert Hofer (FPÖ), qui semblait favorable à l’Anschluß (par référence à la réunification en 1938 entre Allemagne et Autriche, avec les suites cataclysmiques que l’on sait). Le 22 mai dernier, le scrutin, remporté de plus de 30 000 voix d’avance par l’écologiste, avait été invalidé. Certes le candidat écologiste vient de l’emporter, mais l’extrême droite dépasse les 46%, semant quelques inquiétudes en Europe : confirmation de la montée des populismes, risque de domination de l’UE par l’Allemagne.

Autre source d’inquiétude, le régime turc, démocratiquement élu, poursuit sa dérive vers l’autoritarisme. Le souhait –désormais caduque- d’intégrer l’UE apparaît rétrospectivement comme un moyen de restreindre l’armée kémaliste.

Il n’est pas sûr que l’on puisse compter sur les autres grandes puissances pour aider au maintien de l’UE. D. Trump a même jugé l’OTAN « obsolète ». Dernier coup en date, D. Trump mise sur Taïwan et les Philippines contre la Chine, rajoutant des tensions en mer de Chine.

L’Union Européenne (UE) a déjà dû affronter la crise des migrants, les paralysies à l’international (Ukraine, Syrie,..), le Brexit, la crise de la zone euro (Grèce), etc.

Après le Brexit, pointent les risques d’Italexit, et l’Autriche a évité de peu l’«Öxit ». Certains médias anglo-saxons eurosceptiques évoquent la dislocation de l’Union Européenne, ce qui serait pourtant une mauvaise nouvelle mondiale. Ces perspectives auraient-elles pesé dans la décision de Martin Schultz de démissionner de la présidence du Parlement européen, pour se replonger dans les élections outre-Rhin ?

La dépendance à la drogue de la BCE

La crise de régime italien va rendre nerveux les marchés. L’Italie affichant 2200Md€ de dettes (130% du PIB), la BCE sera appelée à la rescousse. Monte Paschi di Sienna était déjà dans le viseur du marché, suite aux stress tests bancaires. Unicredit doit réaliser son augmentation de capital. Son désormais patron J.P.Mustier devra annoncer le 13 décembre le montant à souscrire (13Md€ selon la rumeur) et confirmer les discussions exclusives pour la cession de son gestionnaire d’actifs Pioneer à Amundi.

La BCE est dans le curatif (injections de liquidités, euro baissant vers la parité, à 1,06$ après le référendum), plutôt que dans le préventif (avoir des Etats compétitifs aux budgets équilibrés). La BCE administre ses cortisones contre les inflammations, et ici contre les chocs anaphylactiques (les réactions allergiques au risque migratoire ou aux réformes institutionnelles).

Alors que les instances internationales ont prôné la rigueur, notamment dans la crise grecque (dont le règlement n’a été que repoussé), aujourd’hui, même l’OCDE prône la reprise par la dépense publique.

A l’heure où la Federal Reserve envisage de sortir doucement des injections de liquidité (tapering) et des taux bas, la BCE poursuit dans ses injections artificielles de 80Md€/mois. La BCE aura ainsi été en retard par rapport à la Federal Reserve dans l’instauration du quantitative easing et dans sa sortie.

L’objectif de la BCE est de maintenir une politique monétaire accommodante. Maintenant que les acteurs financiers ont compris que cela n’a pas les effets escomptés en termes de reprise de l’économie et de l’inflation, c’est l’effet inverse qui commence à se produire. Les gérants étant pris de doute, les taux à 10 ans ont commencé à se redresser de plus 60 points de base depuis la rentrée en France. Ils sont passés de 1% à près de 2% dans le même temps en Italie et augmentent encore à plus de 2% le 5 décembre, à l’ouverture après le référendum. Les effets récessifs induits ne tarderont pas à se manifester.

Au-delà, certains banquiers centraux tentent d’expliquer qu’il n’y a aucun risque de crise de la zone euro suite au référendum italien. Mais dans le même temps, la BCE se prépare à acheter des obligations italiennes pour limiter cette crise. Il se dit même que des réunions secrètes préparent des options de scission de la zone euro…

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1 commentaire sur Italie: l’Europe menacée d’Italexit

  1. On peut supposer que le président Mattarella va se plier au souhait de la commission et appeler un gouvernement “techno”, car des élections anticipées seraient cataclysmiques, avec l’arrivée prévisible au pouvoir du 5 Stelle, qui a promis de sortir de l’Euro!
    Mais combien de temps pourront-ils éviter des élections? Théoriquement ils pourraient faire traîner jusqu’en 2018, et donc sauver l’Euro jusque là. Mais seulement jusque là…

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