Johnny, Jean d’O: la mort d’une certaine droite conservatrice

Coup sur coup, l'actualité est assombrie par les décès de Johnny Halliday et de Jean d'Ormesson. Ces deux personnalités incarnaient un certain visage de la droite conservatrice. Leur disparition est une page de plus ajoutée au livre de la déconstruction en cours de la droite. 

C'est l'étrange ironie de l'actualité. Hier matin, on annonçait la mort de Jean d'Ormesson. Ce matin, on annonce la mort de Johnny Halliday. Ces deux personnalités incarnaient, chacune à leur manière, un visage de la droite conservatrice.

Jean d'Ormesson, le symbole des vieilles familles

Jean d'Ormesson est le plus beau représentant des vieilles familles conservatrices. Son père est ambassadeur, son beau-père est un industriel accessoirement administrateur du Figaro. 

Directeur général de ce journal dans les années 70, d'Ormesson s'illustrera par ses combats anti-communistes avant de virer écrivain dandy un poil libertarien. Pour beaucoup de Français, il incarne implicitement cette vieille tendance tocquevillienne amatrice des libertés, soucieuse d'un équilibre social global, volontiers grande bourgeoise. 

D'une certaine façon, d'Ormesson a donné un visage à l'identité heureuse appelée de ses voeux un temps par Alain Juppé. Sa disparition tourne une page majeure sur ce point. La revendication identitaire française se revendiquera chaque jour un peu plus d'un fond anxieux. 

Johnny, la droite prolétarienne tranquille

Johnny Halliday n'a jamais pris de position politique claire. En revanche, la gauche bon teint n'a jamais eu le moindre doute sur son "étrangeté". Le Monde publie d'ailleurs l'historique de ses chroniques sur le chanteur à succès. Il en dit long sur le mépris que la gauche caviar et la gauche bobo a pu avoir pour ce symbole de la culture populaire et de la ferveur des petites gens pour une "bête de scène". Johnny, c'était le prolétariat qui s'assumait et qui ne prétendait pas s'émanciper en votant communiste: un repoussoir!

C'était cela, Johnny: une icône d'abord enracinée dans un prolétariat "de souche" dont il était lui-même issu, et qui ne rêvait pas de transformer la société en paradis castriste ou chaviste. 

Un prolétariat qui ne s'estime pas aliéné par sa condition de prolétaire a toujours suscité la réticence de la gauche bien-pensante. Reste à voir qui pourra désormais symboliser cette façon d'assumer sa condition. 

La reconstruction idéologique à droite en jachère

Pour la droite conservatrice, les temps sont durs. L'implosion prévisible des Républicains se déroule sur un arrière-fond de désastre idéologique. Les figures tutélaires qui disparaissent aujourd'hui ajoutent à ce sentiment de désarroi. 

La reconstruction est encore à venir. 

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