Journal de Jupiter, par Emmanuel Macron

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D&E vous propose un nouveau rendez-vous politique, qui fait la synthèse de l’actualité sous forme de journal signé par le nouveau président de la République.

Et me voilà officiellement proclamé président par le Conseil Constitutionnel! cruelle ironie de l’Histoire… La proclamation est signée par Laurent Fabius, qui fut le plus jeune Premier Ministre de la Vè République, et qui ne devint jamais président. J’imagine sa rage en apposant sa signature au bas de la feuille.

Comment je me venge de Valls

Ils sont nombreux dans la liste, ceux qui ricanaient lorsque je suis sorti du rang. Ils ne rêvaient que d’une chose: mon explosion en plein vol. J’ai gagné, ils ont perdu, et maintenant je peux me venger. Quel plaisir jupitérien que de contempler le spectacle de Manuel Valls, qui ne manquait pas une occasion de m’humilier, ramper dans la boue comme une jeune recrue au parcours du combattant.

Sic transit gloria mundi! Il triomphait à Matignon. Il est à genoux en place de grève aujourd’hui…

Les députés socialistes courent à la gamelle plus vite qu’un sprinter jamaïcain

Du haut de l’Olympe, on voit encore mieux les rats quitter le navire socialiste. Ils sont 80 à être venus frapper à la porte, avec la mine défaite des fuyards de Waterloo, l’uniforme débraillé et les armes abandonnées sur le champ de bataille. Avec le score crépusculaire et quasi-groupusculaire de Benoît Hamon, ils ont bien compris le danger. Il faudrait être aveugle pour ne pas le mesurer et s’il est bien un domaine où le député socialiste ouvre les yeux et active ses neurones, c’est la gamelle.

À quelle compromission ne sont-ils pas prêts pour conserver leur poste… Ceux-là n’ont vraiment rien compris au monde qui s’annonce. Et mon problème est bien là: tout jupitérien que je suis, j’ai besoin d’une majorité parlementaire. Et avec mes 20 millions de voix là où Jacques Chirac avait fait 25 millions, Mars et Cérès me disent que j’ai peut-être du souci à me faire.

Ma foudre s’est abattue sur le parti socialiste

En attendant, je me délecte autant que Minos s’apprêtant à enfanter Pasiphaé à la contemplation du champignon nucléaire produit par mon élection rue de Solférino. Entre ceux qui partent et ceux qui veulent rester en créant un nouveau parti, rien de plus drôle. On dirait un film sur la guerre du Viêtnam. Même la fille de Jacques Delors (qui n’a pas été tendre avec moi!) a fait des mamours à Hidalgo la neu-neu pour créer un machin à elles. Il paraît qu’il ne s’agit pas d’un parti, mais d’un mouvement qui doit réfléchir dans la durée.

Avec Hidalgo, je comprends: chez elle, vitesse et pensée ne riment pas. La teigne lutte jusqu’au bout, alors que je suis majoritaire à Paris. On dirait un suicide. Mais je lui dis merci! si elle avait accepté que je fasse ma soirée de triomphe sur le Champ de Mars, je serais passé à côté de mon exaltation au Louvre. L’Histoire et le Destin n’ont fait qu’un…

Mélenchon, mon meilleur allié

Pour comble de malheur, Mélenchon a décidé de faire les poches des morts et des blessés sur le champ de bataille. Le voilà qui s’installe à Marseille pour faire battre Mennucci. Celui-ci se voyait maire de Marseille. Il pourrait bien perdre son siège et glisser vers le Vieux Port comme un cadavre bien enveloppé tombe du coffre d’une voiture après un règlement de comptes. Ce que je n’arriverai pas à finir, Mélenchon s’en chargera.

Je comprends pourquoi Delevoye n’est plus rien

Y a-t-il quelque chose à tirer des anciens dieux? Je l’ai longtemps cru. Je l’ai pensé de Jean-Paul Delevoye. Je le vois à l’oeuvre et je me dis que je me suis trompé. L’investiture des candidats En Marche pourrait bien être un fiasco. Le vieux briscard s’imagine jeune. Il ne s’est pas vu vieillir, et n’a pas compris que ses vieilles méthodes n’ont plus cours.

On me dit que certains candidats seront investis sans que personne ne les ait vus, n’ait pris le temps de parler avec eux, ne sache qui ils sont. Les candidatures doivent être déposées lundi en Préfecture, et nous ne sommes pas prêts. Moi, Jupiter, je vais devoir reprendre une forme humaine pour boucler ce dossier. Quelle horreur! me voici condamné à ne plus tutoyer les autres dieux de l’Olympe mondiale, je vais abandonner la valise nucléaire qui permet de lancer la foudre, et m’occuper de sujets pour mortels!

Les journaux se répandent même sur les coups de téléphone que Delevoye aurait passé à des députés de l’UDI pour les exhorter à déserter. Ces investitures pourraient être mon premier échec. En tout cas, le vieux Delevoye me met en risque.

Va falloir que je me méfie des non-énarques de mon équipe

J’ai commis l’imprudence de ne pas m’entourer que d’énarques. Grave erreur! Mounir Mahjoubi, mon directeur numérique, était très bien pour s’occuper d’Internet. Il ne faudrait pas qu’il s’imagine qu’il a servi à autre chose. Ses premiers pas dans les débats publics me laissent sceptiques. Ils parlent beaucoup de complots. Tout feu tout flamme, il n’a pas compris la différence entre ce qu’on se dit dans nos réunions de militants et ce qu’on peut dire en ville.

Ah! ces terribles mortels! toujours à nous distraire de nos occupations divines…

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2 commentaires sur Journal de Jupiter, par Emmanuel Macron

  1. et puis les nouvelles chasses aux subventions, ça se prépare en créant nouveaux partis, associations, instituts, mouvements, commités . . . (les anciens sont [presque] “cramés”)
    Le théodulisme franchouillard a de beaux jours devant lui.

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