La Cour des comptes fusille la coopération européenne en matière d’armement

L’Europe peut-elle vraiment avoir une force militaire commune ? Dans son dernier rapport, la Cour des comptes semble répondre par la négative. Elle met en avant tous les projets avortés et les trop nombreuses individualités des pays membres de l’UE lorsqu’il est question de projets communs. 

En juin 2017, la Commission Européenne annonçait le déblocage de 5,5 milliards d’euros par an pour « stimuler les capacités de défense européennes » tout en aidant les Etats membres à « dépenser plus efficacement l’argent des contribuables. » Pour cela, l’UE mise sur une meilleure coopération entre les Etats au niveau de l’armement. 

Seulement, cette coopération a déjà été demandée lors de précédents projets qui se sont soit soldés par des arrêts définitifs, soit ils ont connu de très nombreux manquements. Et la situation actuelle ne semble pas plaider en faveur d’une amélioration. 

De trop nombreux manquements pour la Cour des comptes 

Le gendarme financier français a publié ce mardi 17 avril son rapport sur « La coopération européenne en matière d’armement » dans lequel il illustre tous les manquements passés. Ainsi, s’il existe bien une volonté politique d’unir les forces européennes, les intérêts individuels des Etats membres font trop souvent capoter les projets communs.

Dans les chiffres français, cela se traduit souvent par une baisse des objectifs de production. Ainsi, initialement, la France devrait être actuellement en possession de 160 hélicoptères de transports NH90. Ils ne sont en réalité que 101. Seulement, si le partage des coûts a été effectif entre les Etats, ces derniers ont chacun demandé de multiples versions qui ont accentué les retards.

Pour les hélicoptères d’attaque Tigre, la cible initiale était de 201. Là encore, le stock est très largement inférieur puisque seulement 71 ont été produits. Cette fois, la Cour des comptes pointe les manquements de la France dans l’analyse des menaces militaires. Si nos voisins ont choisi une seule version de l’aéronef, la France en a voulait deux ce qui a conduit à une augmentation des coûts mais aussi une réduction de la production. Il faut aussi savoir que cet hélicoptère est très coûteux à entretenir et que moins de 25% sont en état de vol. 

En ce qui concerne les frégates multi-missions FREMM, 27 auraient dû déjà être livrées. Mais la France a réduit ses ambitions à 11 batiments avant d’en vendre 3. Au final, la Cour des comptes ne recense que 8 navires français. Seulement, l’Italie qui participait au projet en commandant seulement 2 navires s’est retrouvée avec un excèdent très important d’équipements français. Ces derniers ont dû être revendus ce qui montre le peu de concertation entre les deux pays. 

Le porte-avions franco-britanique, un fiasco à 214 millions d’euros !

Mais le plus gros échec français est symbolisé par l’abandon en 2008 de la production d’un porte-avions franco-britannique. Dès la conception du projet, la Cour des comptes avait émis de sérieux doute quant à la coopération entre la Franc et le Royaume-Uni. « Calendriers pas harmonisés, options techniques différente, politiques d’achats individuelles… »

Les magistrats financiers estiment à plus de 214 millions d’euros la perte sèche de la France. « Entre 2006 et 2007, la France a dépensé 214 millions d’euros soit 102 millions versés à Londres au titre de ticket d’entrée et 112 millions dans des contrats industriels liés à la coopération dont les résultats sont aujourd’hui inutilisables.« 

Comble de l’ironie, la Cour des Comptes montre que la France a largement contribué à financer des navires…anglais. 

Pour ne retenir que les 102 millions de ticket d’entrée, ils constituent une pure contribution française au financement des porte-avions britanniques dans la phase de définition du programme.

La coopération peut-elle avoir lieu ?

Les magistrats financiers français espèrent toujours qu’une meilleure coopération entre les Etats membres est possible afin de réduire les coûts militaires de chacun. Seulement, la façon dont son mener les projets actuels en matière d’armement ne semble pas abonder dans ce sens.
 
On rappellera par exemple le sac de noeuds dans lequel s’est plongé la France lorsque le gouvernement décida d’équiper son armée non plus avec le fameux fusil Famas mais avec les fusils allemands HK416 et G36. En ce qui concerne le premier, quelques militaires ont d’ores et déjà fait savoir qu’il semblait manquer de fiabilité lors d’une longue utilisation. Le fusil français était d’ailleurs connu pour sa grande robustesse malgré son temps d’entretien allongé. De plus, il était aussi reconnu comme l’un des seuls fusils ambidextres produit dans le monde. A l’inverse du fusil allemand…
 
En ce qui concerne le G36, la polémique se portait plutôt sur le fait qu’il s’agisse d’un fusil vieillissant dont mêmes les forces allemandes ne semblaient plus vouloir. Plusieurs modèles ont donc du être finalement conçus pour répondre aux nouvelles contraintes des terrains d’opérations. 
 

Mais rassurons-nous, la France continue de produire…les munitions des fusils cités ci-dessus. Quel intérêt alors ? Cette manoeuvre permet de resserrer les liens qu’il existe entre la France et l’Allemagne. Seulement, il semblerait là encore, que ce soient nos voisins qui ressortent vainqueurs de cette opération. 

Finalement, la Cour des comptes formule estime que pour une coopération efficace, les pays membres doivent mutualiser leurs attentes aussi bien techniques que logistiques, utiliser les mêmes outils de prévisions ou encore ne pas lancer de nouveaux projets communs sans que les budgets soient fixés.

Pas sûr que toutes ces recommandations soient suivies. 

Le manque de coopération entre États membres dans le domaine de la défense et de la sécurité a un coût annuel qui, selon les estimations, oscille entre 25 et 100 milliards d’euros. 80 % des acquisitions et plus de 90 % des projets de recherche et technologie sont gérés sur une base nationale. Grâce à l’acquisition en commun, il serait possible d’économiser jusqu’à 30 % des dépenses annuelles en matière de défense.

L’approche fragmentée en matière de défense conduit également à des doubles emplois et a une incidence sur la capacité de déploiement des forces de défense. L’UE dispose de 178 systèmes d’armes différents, contre 30 pour les États-Unis. Il existe 17 types de chars de combat principaux dans l’UE contre un seul aux États-Unis. Dans le cadre de certains programmes d’hélicoptères, l’Europe compte plus de types d’hélicoptères que de gouvernements en mesure de les acheter.

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