La gestion des piscines publiques torpillée par la Cour des comptes

Fréquentation en baisse, tarifs en hausse, mauvaise gestion des effectifs… Quand il s’agit d’épingler le gaspillage d’argent public dans les piscines municipales, la Cour des comptes n’y va pas avec le dos de la cuillère. 

Décider et Entreprendre avait déjà flairé le mauvais coup en décembre 2017. A cette époque, la chambre régionale des comptes communiquait sur les larges insuffisances de la ville de Paris dans sa gestion de ses piscines municipales. On y apprenait que le nombre d’accès gratuits avait explosé et représentait une charge importante sur les finances publiques. 

Des observations que la Cour des comptes considère comme minorées face à une réalité qui ne concernerait pas seulement l’Île-de-France mais tout l’hexagone. 

Un modèle ancien et inadapté

Si ces équipements apparaissent toujours comme populaires et accessibles au plus grand nombre, les modes de consommation ont progressivement changé si bien que le public ne souhaite plus seulement s’y rendre pour pratiquer la seule natation. Ainsi, le rapport montre que peu de concertations publiques ont été réalisées et que les nouvelles attentes du public en termes d’activités ont été peu suivies. 

Un financement et une gestion qui laissent perplexe 

Globalement, c’est la gestion de ces centres d’activités qui apparaît comme le point le plus problématique aux yeux de la Cour. D’abord parce l’offre proposée est mal répartie : un bassin pour 10 000 habitants en France contre 0,88 pour Londres mais le Grand Londres dispose d’une surface de bassins par habitant deux fois supérieure à celle du Grand Paris. 

Deuxièmement, c’est le mode de financement qui est particulièrement décrié. 

La gestion d’une piscine ou d’un centre aquatique public entraîne systématiquement un déficit de fonctionnement important. Aucune piscine, ni aucun centre aquatique public examiné dans le cadre de l’enquête ne présente un résultat d’exploitation équilibré ou excédentaire.

La base est posée. Ainsi, l’exploitation d’une piscine conduirait nécessairement à un déficit financier. La Cour explique que « cette situation découle, d’une part, des coûts d’exploitation élevés, liés notamment aux consommations de fluides, aux frais de personnel et au fonctionnement continu de l’équipement, et, d’autre part, de recettes qui sont modérées par l’exercice de missions de service public, comme l’accueil des scolaires et des associations mais aussi par la nécessité d’instaurer une tarification attractive. » La conclusion est toute trouvée : le parc aquatique français ne survit qu’avec des subventions et se retrouve de plus en plus vétuste

Alors que reste-t-il ? Actuellement, pas grand-chose si ce n’est que la Cour des comptes souhaite rapprocher l’offre et la demande. En clair, la Cour des comptes propose un choix fort : celui de supprimer la part de l’Etat dans le financement des piscines afin de transférer la gestion aux intercommunalités. Le financement étant plus proche du public, les besoins réels seraient mieux appréciés.

De même, la Cour souhaite voir les collectivités renforcer le suivi des coûts de fonctionnement de ces équipements. Mais ces mesures semblent bien dérisoires face à des subventions en baisse alors que les équipements sont déjà déficitaires (aucune structure étudiée n’est ne serait-ce qu’à l’équilibre financier). On devrait inévitablement voir une hausse des tarifs avec une diminution de l’offre pointer le bout de leur bonnet de bain.

Peu d’équipements aquatiques sont présents dans les espaces périurbains. S’ils accueillent 22 % de la population nationale, ces espaces n’offrent que 14% des équipements aquatiques et 12% de la surface des bassins. Dans les communes disposant d’un quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV), le taux d’équipement par habitant est inférieur de plus de 40 % à la moyenne nationale.

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