Comment l’absentéisme des salariés tue la sécurité sociale

Et si l'absentéisme des salariés était l'une des causes principales du déficit de l'assurance maladie? Le PLFSS 2018 le rappelle une fois de plus: les indemnités journalières augmentent beaucoup plus vite que la dépense de santé en France. 

Pour bien comprendre l'un des vices qui affectent le plus notre système de santé, il faut mettre en parallèle le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2018 avec le rapport 2017 de la commission des comptes de la sécurité sociale et avec le panorama de la santé de la DREES dont est tiré le tableau ci-dessus. 

Celui-ci montre que le coût des indemnités journalières depuis 2007 est passé de 11 à 14 milliards €, soit environ 30% d'augmentation en une dizaine d'années. Le rythme de hausse est ici bien plus élevé que celui des médicaments. Si la France luttait contre l'absentéisme des salariés et revenait, bon an mal an, à la dépense de 2007, elle retrouverait un excédent structurel de son régime maladie. Rappelons en effet que ce déficit se situe bon an mal an entre 4 et 6 milliards €. Une réduction massive de l'absentéisme permettrait donc d'assainir une part importante du déficit du régime général.

Mais pourquoi l'absentéisme des salariés augmente-t-il autant?

Comme le souligne la Commission des Comptes, la hausse des indemnités journalières contribue pour 23% à la croissance des prestations de soins de ville. Elles constituent donc un élément clé de la maîtrise des dépenses de santé et semblent, pour le coup, déconnectées de l'évolution tendancielle des dépenses de soins. La hausse de l'absentéisme s'explique en effet plus par des raisons internes à la vie des entreprises que par des raisons liées à l'état sanitaire de la population. 

Il serait ici cohérent que les employeurs soient responsabilisés dans l'évolution de l'absentéisme. Ils sont en effet les responsables finaux de cette situation. Cela ne signifie pas qu'ils rendent malades leurs salariés. En revanche, si l'absentéisme augmente deux fois plus vite que la dépense de santé, le phénomène ne peut s'expliquer que par des raisons spécifiques...

Une timidité du PLFSS 2018

On notera que, dans le PLFSS 2018, la ministre Buzyn se montre extrêmement timide sur le sujet. Elle prévoit seulement 165 millions d'économies au titre des indemnités journalières, ce qui représente une très faible modération de la hausse prévue. Il serait de bon sens qu'un travail de conscientisation global sur le coût de l'absentéisme soit entrepris. 

Sur ce coup-là, en effet, l'effet "passager clandestin" de la sécurité sociale joue à plein: il permet aux employeurs d'exporter sur la collectivité le coût de leurs pratiques internes et favorise ainsi le mal être au travail.

Les indemnités journalières connaissent depuis 2014 une croissance particulièrement marquée (+4,1% en moyenne entre 2014 et 2016) après deux années de baisse (-0,6% en 2012 et -1,0% en 2013). En 2017, les indemnités journalières devraient à nouveau connaître une évolution dynamique de 3,7% contribuant pour 23% à la croissance des prestations de soins de ville. Cette croissance serait portée par les arrêts pour accidents de travail, qui augmentent de 4,9% à fin mai 2017. Les arrêts maladie de moins de trois mois et de plus de trois mois restent néanmoins très dynamiques (respectivement +2,8% et +3,8%).

Commission des Comptes de la Sécurité Sociale 2017

3 commentaires sur Comment l’absentéisme des salariés tue la sécurité sociale

  1. Il serait dans un premier temps utile pour affiner l’analyse de ramener l’évolution de ces indemnités journalières à l’évolution du nombre de salariés. C’est ce que font en général les entreprises en calculant un taux d’absentéisme, un taux d’accidents du travail etc… Si le nombre de salariés augmente et que rien ne change par ailleurs – ni amélioration du bien-être au travail, ni amélioration de la sécurité au travail – il est logique que les indemnités journalières augmentent aussi. Logique ne voulant évidemment pas dire normal, car il y a toujours à faire (motivation, conditions de travail…)pour réduire l’absentéisme au bénéfice des salariés et de l’entreprise.

  2. peut être on pourrait réfléchir aux causes de l’absentéisme sinon c’est du traitement symptomatique, c’est à dire garanti sans efficacité! Or les études et la pratique le montrent l’absentéisme n’est pas sans rapport avec les conditions de travail c’est à dire essentiellement aux nouvelles techniques de management. On a constaté des évolutions considérables ces dernières années c’est d’une part l’industrialisation du travail tertiaire et d’autre part le changement de priorité des entreprises prisant la finance par rapport à la production mais également des techniques de management beaucoup plus intrusives et contraignantes !
    Par ailleurs considérez l’absentéisme comme des vacances est mal connaitre le problème, d’ailleurs les multiples contrôles modifient peu la situation, l’arrêt maladie est une thérapeutique en ce sens que cela permet un repos et une éviction des situations pathogènes .
    d’ou en conclusion c’est effectivement un symptôme mais analysons le avec la même rigueur qu’un processus industriel ou une campagne marketing plutôt que de servir des arguments à l’emporte pièce . Il faut avoir dans ce domaine la même rigueur que dans la démarche scientifique, malheureusement beaucoup de nos responsables très bien formés dans leur technique et leur direction des affaires manquent de rigueur et de démarche scientifique dès lors que l’on s’intéresse aux problèmes de comportement humain!

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