L’Allemagne se prépare à l’explosion de l’Euro

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Errare humanum est, perseverare diabolicum*. La BCE a échoué à relancer la zone euro. Cela arrive et au moins elle aura tenté. Ce qui est irresponsable, c’est de poursuivre dans cette funeste voie. L’Allemagne se prépare en secret à l’explosion de la zone euro.

 

Pourquoi la politique monétariste échoue ?

La politique monétaire ne fonctionne toujours pas : la reprise est molle malgré l’« alignement des astres », et l’inflation est à 0% au lieu des 2% visés. La faute en incombe à la « trappe à liquidité » : les liquidités émises par la BCE ne sont pas investies dans l’économie, faute de confiance. Les banques gardent ces liquidités pour assurer leurs ratios bâlois (Liquidity Coverage Ratio & Net Stable Funding Ratio). Les citoyens européens financent ainsi, par des taux anormalement bas, non pas l’économie mais les ratios bancaires imposés par les superviseurs.

Une dévaluation peut fonctionner si l’euro est la seule monnaie à dévaluer. Or, de grands pays comme Japon ou la Chine ont la même politique. D’autres pays, comme la Russie, n’ont pas d’effort à fournir; le rouble s’effondre avec la récession. En attendant un éventuel Bretton Woods 2, le FMI de Christine Lagarde ne fait pas le travail de cohérence monétaire mondial. Et le mandat de la BCE, conçu pour lutter contre l’inflation (le fantôme d’Hjalmar Schacht planant encore), est à revoir face à la déflation et aux crises actuelles.

 

Money drop : quelles conséquences ?

A l’annonce d’un nouvel assouplissement monétaire, les bourses ont été euphoriques, pendant les quelques jours à peine que durent les paradis artificiels, avant de replonger -au réveil- dans des doutes existentiels.

Tel Wilhelm Furtwängler à la tête de sa philharmonie dans Berlin bombardé, la BCE (à l’instar de Benoit Coeuré) répète sa symphonie du plus d’Europe monétaire alors que les coups pleuvent (projet de Brexit, Schengen en lambeaux, …). Avant de construire de nouveaux étages, il faudrait consolider les bases. Ce que David Cameron obtient à Bruxelles par chantage, va au contraire dans le sens de la déconstruction. Avant d’avancer, il faudrait s’assurer que l’attelage va dans le même sens budgétaire, fiscal, social, économique, etc

 

L’or du Rhin

La Bundesbank a rapatrié 210 tonnes d’or en 2015, alors que cet or est traditionnellement détenu à l’étranger. L’or stagne, la raison est donc à rechercher ailleurs. L’Allemagne va récupérer son or** d’ici 2020, en préparation de l’explosion de la zone Euro. La Bundesbank garde seulement de l’or aux USA et au Royaume-Uni, pour être converti en devises autres que l’euro, lors de son explosion.

Les taux du Bund sont aujourd’hui négatifs (-0,3% à 5 ans). Les investisseurs paient pour laisser leur argent à l’Allemagne. Sorcellerie ou ilot de sureté dans un futur chaos ?

En cas d’explosion de la zone Euro, la zone Mark reformée (Allemagne, Autriche, Luxembourg, Pays-Bas,..) n’aura pas les moyens d’intégrer la France, et ses incommensurables dettes officielles ou cachées. Le microcosme économique craint le programme du Front National qui faisait de la sortie de l’Euro un préalable. Cette doctrine change, mais la décision ne viendra sans doute pas des politiques français mais plutôt du marché.

La France se prépare elle-aussi à la catastrophe. Les autorités (ACPR) peuvent désormais spolier les créanciers *** lors de faillites bancaires (« bail in »), qui ne manqueront pas en cas de sortie de l’euro. L’économie et les citoyens paieront pour les banquiers. Mais positivons : la crise à venir forcera la France à des réformes drastiques (privatisations comme la Russie aujourd’hui, réductions des dépenses étatiques et sociales comme la Grèce,…), mais dans un contexte social « orthodoxe » combinant les affres grecs et russes.

 

*Les penseurs l’ont su depuis l’antiquité: Sénèque, Tite-Live, Cicéron, Euripide, Saint Augustin,…

**Durant les invasions barbares, l’or, qui a inspiré Wagner, transitait dans l’autre sens : à leurs retours d’incursions en Gaule, les Germains se partageaient le butin, si leur navire n’avait pas été coulé par la police fluviale romaine.

***Au-dessus de 100 000 euros selon l’accord du 26 juin 2015. Le bail in a été utilisé à Chypre.

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