Le Brexit débouche sur un durcissement de l’étatisme

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L’étatisme, à ce stade, sort grand vainqueur de l’entartage européen par les Anglais à l’occasion du Brexit. Le paradoxe de cette victoire est qu’elle est célébrée par tous les camps, comme si la boussole de l’Europe, une fois les Britanniques partis, montrait le grand froid d’une reprise de la réglementation et d’une nouvelle expansion bureaucratique.

Le Figaro dénonce l’Europe libérale et prône l’étatisme

Vingt « intellectuels » ont lancé hier, dans le Figaro, un appel pour refonder l’Europe autour d’un nouveau traité, où l’on trouve, entre autres, cette phrase:

Ensuite, rendre à l’économie européenne les clés de la prospérité en revoyant profondément les règles actuelles en matière de politique économique et monétaire. Le paradigme néolibéral – la croyance en l’efficience des marchés – ne peut se substituer à la définition de politiques industrielles et d’un cadrage social.

Donc, l’Union Européenne, cette énorme machine à tout réglementer, à tout normer, serait un « paradigme néolibéral » fondé sur l’efficience des marchés… Tous les entrepreneurs qui ont ouvert un appel d’offres européen et ont eu une indigestion immédiate, tous ceux qui ont dû renoncer à leur activité parce qu’il leur était impossible de se conformer aux normes communautaires, se tiendront les côtes en poussant un rire homérique.

Il fallait vraiment des intellectuels (et des gens totalement ignorants de la réalité de ce qu’on appelle le « marché ») pour faire vivre cette fiction selon laquelle l’immense entreprise réglementaire dont le siège est à Bruxelles serait une création du libéralisme. Et il faut une bonne dose d’humour pour prétendre que les Anglais ont voulu la quitter parce qu’elle était trop libérale.

Hollande aussi fait vivre le mythe de l’Europe libérale

Le même jour, François Hollande donnait raison aux intellectuels du Figaro en soutenant, dans son interview des Echos des contre-vérités confondantes. À propos du régime des travailleurs détachés dans l’Union, il n’a pas hésité à dire:

Mais qui a négocié cette directive ? Les libéraux et en premier lieu les Britanniques ! Qui voulait de la main d’oeuvre bon marché venant de l’Est de l’Europe ? La droite européenne et au premier chef les conservateurs anglais. Ils en paient le prix aujourd’hui. La France ne demande pas de remettre en cause la libre circulation des personnes mais de supprimer les abus par un encadrement strict des « détachements » et une sanction des employeurs indélicats. C’est une discussion difficile car les pays de l’Est sont hostiles. Nous devons y parvenir. Sinon les dérives sur le travail détaché vont ronger l’Europe.

On appréciera les contorsions sophistiques de notre Présimou, capable de nous expliquer, en creux, dans une même phrase que:

  • la libre circulation des personnes (notamment des « réfugiés »), c’est bien,
  • mais elle doit être réglementée pour lutter contre les « employeurs indélicats », et même sévèrement limitée,
  • d’ailleurs elle était voulue par les méchants conservateurs de droite,
  • et finalement ce sont les libéraux qui voulaient recruter pas cher des étrangers sur un marché où les nationaux sont trop chers.

J’adore ces enfumages systématiques! Alors que les « conservateurs » luttent contre l’immigration face à une gauche mondialiste, François Hollande explique aujourd’hui tout le mal qu’il pense de la libre circulation des personnes, dont il attribue la paternité à ses ennemis politiques. Voilà un superbe sophisme! qui lui permet d’occulter qu’il dénonce aujourd’hui ce qu’il soutenait la veille dans le sillage d’Angela Merkel.

Ajoutons que la mention des « libéraux » est totalement bouffonne, puisque le principe idéologique du libéralisme repose sur la concurrence parfaite. Or, on voit mal comment la venue de travailleurs détachés, soumis à une réglementation différente de celle qui prévaut dans le pays où ils travaillent, serait conforme à ce principe.

Bref, la directive Bolkenstein, qui a créé ce système, était tout sauf libérale, mais le libéralisme a si bon dos!

La plongée de l’Europe dans le bain autoritaire

Parallèlement à ces délires sur un libéralisme supposé, qui justifient, à droite comme à gauche, un recours accru à la réglementation, Jean-Claude Juncker a annoncé que la ratification du traité de libre-échange avec le Canada ne serait pas soumise aux Parlements nationaux. Voilà une marque supplémentaire de libéralisme! On signe des traités, on adopte de nouvelles règles, sans consulter les populations. Ce système n’a rien à voir avec de l’autoritarisme, ni avec de l’étatisme. C’est tout simplement le triomphe d’un libéralisme échevelé.

Rappelons-le, les bien connus étatistes anglais ont décidé de quitter la très libérale Europe parce qu’ils considéraient qu’elle ne réglementait pas assez et qu’elle prenait trop en compte la voix des citoyens!

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