L’écriture inclusive : prise de conscience ou débat imposé ?

D'après un sondage Harris Interactive pour l'agence de communication Mots-Clés, 75% des français seraient favorables à l'application de l'écriture inclusive. Pourtant, en y regardant de plus près, cette étude est très largement critiquable dans tous ses contenus. De même, ce sujet qui alimente les débats n'est absolument pas nouveau. 

France Télévisions s'est amusée à traduire en écriture inclusive un célèbre vers de Jean de la Fontaine. " Maître.sse corbe.au.lle sur un arbre perché tenait en son bec un fromage. Maître.sse renard.e par l'odeur alléché.e lui tint à peu près ce langage ". La règle est donc simple : à chaque mot masculin, on doit lui accoler son pendant féminin. Pour le Conseil à l'égalité entre les hommes et les femmes, c'est un moyen de rendre les femmes plus visibles dans la société. Seulement, les membres du gouvernement ne semblent pas d'accord entre eux. 

L'écriture inclusive : pour ou contre ?

Quand on évoque le fait de séparer les syllabes finales d'un mot par un point pour y rajouter la marque du féminin, voire quand il ne faut pas aller jusqu'à le décortiquer comme le " corbe.au.lle ", les réactions ne se font jamais attendre trop longtemps. 

Le 10 octobre, le secrétariat d'Etat en charge de l'égalité des femmes et des hommes lançait son guide de l'égalité professionnelle entre femmes et hommes. Ce dépliant distribué aux patrons de PME, au-delà de sa volonté de rétablir une balance juste entre sexes, promeut aussi l'écriture inclusive.

Il y a ceux qui sont contre comme Jean-Michel Blanquer (ministre à l'éducation nationale) qui explique que cette écriture "ajoute une complexité qui n'est pas nécessaire". Pour le philosophe Raphael Enthoven, " l'écriture inclusive est une agression de la langue française, qui appauvrit cette langue, au risque de laver le cerveau comme peut le faire le novlang d'Orwell dans 1984". 

De l'autre côté, il y a les personnes qui sont favorables à cette évolution, au premier rang desquelles se trouve Marlène Schiappa qui incite les entreprises à utiliser l'écriture inclusive. Cependant, elle souhaite aussi exempter les enfants de cette dernière. 

" Usez du féminin et du masculin dans vos discours, à l'oral comme à l'écrit, chaque fois que vous parlez de personnes pour que chacun et chacune puisse se sentir concerné.e par votre message. Par exemple, dites "les clientes et les clients", "les agentes et les agents du bâtiment", etc. Par écrit vous pouvez simplifier: les client.e.s, les agent.e.s, les professionnel.le.s de la restauration... "

3 français sur 4 seraient pour l'écriture inclusive

C'est la statistique qui tue. D'après l'étude de Harris Interactive réalisée sur un échantillon de 1000 personnes, 75% des sondés sont favorables à l'écriture inclusive. Seulement, ces données sont plus que questionables lorsque l'on se penche plus longuement dessus. 

D'abord, l'agence de communication Mots-Clés qui a commandé cette étude, a pour fondateur Raphaël Haddad, directeur de l'agence lors de l'écriture du manuel de l'écriture inclusive. Chacun en tirera ses propres conclusions... Mais surtout, on se rend compte que l'étude a elle aussi été réalisée avec légèreté. En effet, si 41% des sondés sont favorables à l'écriture inclusive, seuls 12% sont capables d'expliquer de quoi il s'agit !

Enfin, on voit aussi que les questions posées sont plutôt orientées. Quand l'étude demande si les sondés sont pour ou contre l'écriture inclusive, qui consiste à féminiser les noms de métiers et à utiliser à la fois le féminin et le masculin plutôt que des masculins génériques (comprenez écrire " celles et ceux " à la place de " ceux "), on omet volontairement l'aspect pratique de cette mesure en n'évoquant pas le décorticage des mots. 

Un débat imposé ?

Non, la question de l'égalité femme-homme dans l'écriture est tout sauf une nouveauté. En fait le débat existe depuis le passage du latin où étaient présents trois genres (le masculin, le féminin et le neutre) au vieux français (qui n'en possédait plus que deux). Le neutre s'est peu à peu perdu et a été remplacé par un masculin générique. De la même manière, le débat s'est à nouveau ouvert au XVIIIe siècle lorsque la décision a été prise de masculiniser des noms de métiers féminins. Vous pouviez ainsi aller vous faire soigner chez une doctoresse, mot bien peu utiliser de nos jours.

On voit bien aujourd'hui que deux conceptions politiques s'opposent. La première est de dire que la langue est devenue sexiste par ces changements. La seconde est plus prudente en disant que la langue s'est peu à peu calquée sur la société en montrant, pour reprendre l'exemple des doctoresses, qu'il y avait structurellement moins de femmes qui exerçaient ce genre de métiers. En tous cas, le débat est plus simple, il s'agit de savoir s'il est possible de revenir à ces anciens temps ou si tout changement est impossible, au risque de dire que si la langue n'évolue pas elle meurt. 

 

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