Législatives au Cambodge… Parti d’opposition interdit… Vote controversé ! 2° partie

Les Cambodgiens ont voté dimanche pour des législatives controversées. Le Premier ministre, Hun Sen, a pris soin de dissoudre la principale force d’opposition en novembre 2017. Il s’envole vers un nouveau plébiscite ! L’homme fort du Cambodge est au pouvoir depuis 33 ans et son mouvement, le Parti du peuple cambodgien (PPC), a remporté toutes les élections depuis 1998. Lisez aussi 1ère partie.

Taux d’abstention

Une des questions-clés du scrutin est le taux d’abstention pour ces législatives, qualifiées de farce électorale par certains opposants en exil.

En 2013, le taux de participation avait atteint 69%. Les électeurs, face à la corruption qui touche le royaume, avaient voté en masse pour le CNRP, raflant 44% des voix. Hun Sen pris de court, avait brandi la menace d’une ère de chaos dans le pays encore traumatisé par le régime khmer rouge, coupable d’un génocide qui a fait près de deux millions de morts dans les années 1970.

Surfant sur cette menace, des médias indépendants ont été fermés, un autre a été repris en main par le régime, tandis que plusieurs actions en justice ont été lancées contre des représentants de la société civile.

Face à cette dérive, alors que le puissant et fidèle allié chinois a annoncé dépêcher des observateurs, Washington et Bruxelles ont suspendu leur assistance à ces élections.

 Une rapporteuse de l’ONU lance un cri d’alarme :

J’exhorte le gouvernement Cambodgien  à respecter la liberté des électeurs. Appeler au boycott est autorisé et ne devrait pas être sanctionné.

Rhona Smith

Hun Sen est coutumier des déclarations choc contre l’opposition. Il a par le passé promis l’enfer et invité les contestataires à préparer leurs cercueils.

La vingtaine de petits partis officiellement enregistrés ont quant à eux fait une campagne discrète.

Relations controversées avec des criminels de guerre en liberté

Tant que les crimes contre l’humanité resteront impunis, il n’y aura ni droit ni justice au Cambodge. Le pouvoir continuera de s’exercer par la violence, le meurtre des opposants, l’intimidation, sans jamais avoir à répondre de ses actes. S’il ne tenait qu’à moi, ces tortionnaires seraient déjà incarcérés et en instance de jugement.

Un enseignant anonyme. Unique survivant d’une famille emportée par le génocide.

Il faut dire que le spectacle des embrassades, fin 2017, entre Hun Sen et deux transfuges Khmers rouges, amnistié en 1996, avait de quoi révulser nombre de Cambodgiens. Le Premier ministre étant lui-même un ancien officier khmer rouge, jusqu’à sa fuite au Vietnam, en 1977, c’était une véritable réunion de famille.

Voitures de luxe, hôtels de luxe, escorte militaire. Rien n’était trop beau pour honorer les leaders historiques du régime khmer rouge à Phnom Penh. Avant de visiter Angkor et leurs provinces natales, ils ont paradé à Sihanoukville, l’une des stations balnéaires du pays, qui n’était plus que ruine et désolation lorsqu’en 1979 ils ont fui avec Pol Pot dans la jungle… Après le génocide de 2 millions de Cambodgien. Un sur cinq !

Ralliés fin décembre à Hun Sen, ils ont eu droit, malgré leurs crimes, à un traitement de nababs. «C’est se moquer des morts, insulter leur mémoire», estime l’Institut khmer pour la démocratie.

Dans le collimateur de la communauté internationale…

Un passé Khmer rouge. Un coup d’état suivi d’une centaine d’exécutions. Ses proches au pouvoir. L’absence du procès tant attendu par le monde entier et surtout par les Cambodgiens incapables de faire leur deuil… Le rôle le plus difficile aujourd’hui pour Hun Sen est d’obtenir la confiance de la communauté internationale. De ne pas être considéré comme un dictateur !

Il a déclaré récemment, face au représentant spécial du secrétaire général des Nations unies pour les droits de l’homme au Cambodge, «être prêt à traduire en justice les derniers dirigeants polpotistes encore en vie». Il l’a répété en novembre aux magistrats onusiens chargés de rassembler les preuves de leur future inculpation.

Mais que signifie la parole de Hun Sen ? «Elle n’a aucune valeur dans le temps», soulignent les observateurs occidentaux. Il la donne un jour et la reprend le lendemain, au gré de ses intérêts…

L’ensemble du système Hun Sen repose sur les alliances conclues avec les anciens chefs khmers rouges. Il tire sa force de cet équilibre instable, estime un opposant. Malgré les divisions qui ont détruit la faction, certains des anciens bourreaux du Cambodge sont encore capables de montrer les dents s’ils s’estiment menacés. Les héritiers de Pol Pot occupent aujourd’hui l’Ouest du pays, dans une province adossé à la frontière Thaï. 

Ils n’ont besoin pour se protéger ni de barbelé, ni de mirador, ni de gardiens, ni d’un système de surveillance sophistiqué… Leur territoire est l’un des endroits les plus miné au monde. Personne n’osera jamais s’en approcher… D’après les experts, il faudra plusieurs centaines d’années pour rendre au peuple la terre nourricière !

Que fait la communauté internationale ?

S’il est poussé dans ses retranchements par la communauté internationale, Hun Sen n’hésitera pas à faire rejaillir le sang du génocide sur les Etats-Unis, la Thaïlande, la Chine, la Russie, la Stasie… impliqués dans la troisième guerre d’Indochine et longtemps complices de la guérilla polpotiste…

En 2023 pour les prochaines législatives, Hun Sen n’aura que 71 ans… Encore une longue carrière politique devant lui… Avant qu’un de ses fils lui succède un jour !

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