L’ENFER C’EST LES AUTRES, SAUF SI T’ES AU RSI, par Valéry Bonneau

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Article initialement paru sur le blog de Valéry Bonneau.

Le RSI, ou le régime social des indépendants est une invention qui nous parvient du septième cercle de l’enfer, via une de ses portes sur terre « Nicolas Sarkozy ». Je sais, je sais, dire du mal d’une administration, est souvent l’apanage de sales types, mais d’une le RSI est un organisme privé, de deux, vraiment, le RSI est une folie.

Petit parcours à la cool, entre réalité et invention parce que parfois, personne ne croit la réalité.

Donc, tu montes ton entreprise.

T’es content, tu nages dans un bonheur sans limites.

En France on dit souvent… Bon on dit souvent plein de conneries en France, mais c’est un autre sujet. En France, t’as des mecs qu’ont jamais monté une boite et qui sont de droite : eux vont te dire que c’est hyper compliqué. Sous-entendu faut bruler toutes les administrations. En face t’as la fille de gauche, qu’a jamais monté une boite non plus qui te dit que « Non au contraire c’est hyper simple », sous-entendu les patrons sont des enculés qui gueulent tout le temps.

Ça leur fait un point commun, ils ne savent pas de quoi ils parlent. Ils devraient s’entendre, « Ah tiens toi aussi tu parles sans savoir, viens je te paye un coup ». Non rien à voir. Ils vont s’engueuler, se déchirer.

Alors je peux vous le dire : nos deux énergumènes, en plus de parler sans savoir, de pas être d’accord, ils ont tous les deux tort et tous les deux raison.

Une boite pour la monter en France, ça demande 1 heure et 1 euro ? C’est vrai. Bim. 1-0

Mais pour avoir le droit de la monter en 1 heure, là, faut y passer 3 semaines pour collecter toute la paperasse…  Vrai aussi. 1-1

Mais c’est APRÈS que les emmerdes commencent. Pas avant.

Avant, il te faut 2, 3 papelards, un statut que tu auras volé sur internet, genre tu veux monter une sandwicherie et tu vas télécharger à la cool la charte de Google ou les conditions générales de ventes d’Apple, mais c’est pas grave, comme personne ne relit en face, ça devrait passer..

On te demande aussi quelle activité tu veux faire. Déjà ça se complique.

T’as le droit à trois codes d’activité gratos. C’est un code à 5 niveaux.

Premier niveau, une lettre. Ça va de « agriculture, sylviculture et pêche » à « activité extra-territoriales ». Oh putain. Sandwicherie, coup de pot, t’as « Hébergement et restauration ». Mais l’épicerie fine tu la mets où ? Genre épicerie fine avec deux trois plats à emporter. Dans restaurant ou dans commerce ? On continue, tu cliques restaurant, on te laisse le choix entre restaurant, traiteurs et débits de boissons. Houla. Surtout que de l’autre côté, tu as « commerce de détail alimentaire ».

Merde, bon tu recliques un coup. Tu te trouves avec « services des traiteurs » ou « autres services de restauration » et il y a un côté angoissant dans tout ça. « Je veux juste monter une sandwicherie ! Je sais l’écrire, l’épeler, le dessiner, mais je trouve pas dans les 15 265 codes ».

Et ça continue : « 56.21Z services des traiteurs » ou « 56.29B Autres services de restaurations » ?

Normalement au bout d’une semaine à hésiter, tu prends toujours un truc « autre ». Faut juste éviter « autres industrie hydrocarbure » pour l’épicerie, mais c’est ça ou l’infarctus. Si t’aimes bien les trucs carrés, tu finis vieux et usé avant d’avoir choisi.

Tu peux aussi prendre un spécialiste à 300 euros de l’heure. Mais t’en es à créer ta boite, tu la soldes pas, donc t’es pas encore pété de thune, tu fais gaffe.

Sinon, tu peux demander à quelqu’un sur internet. Là normalement, c’est la personne qui sait le moins qui répond le plus vite. C’est surprenant, mais ça marche quelle que soit la question. Faites le test hein.

23h48 « Je voudrais savoir quel code NAF je dois prendre pour une épicerie fine » ?

23h49 : Bob « Non, mais ce sont des codes APE et ça n’existe plus donc t’en as pas besoin. »

23h50 : Toi « Forcément que les codes APE n’existent plus, ils ont été remplacés par les codes NAF. Si vous ne savez pas, merci de ne pas répondre»

23h51 : Bob « Ah voilà on veut rendre service et on se fait envoyer chier »

23h52 : Toi « Mais tu ne rends pas service, tu me fous dans la merde. Imagine que je t’écoute » !

Tu peux essayer avec n’importe quelle question hein :

« Ca fait cinq jours que je ne suis pas allé aux toilettes, au bout de combien de temps est-ce dangereux » ? T’es au bord de l’occlusion intestinale et plutôt du mauvais côté du bord, t’es vert, rouge, jaune bleu, on t’appuie sur le bide un peu trop fort et faut refaire toute la déco du salon. 10 secondes plus tard, t’as un mec qui répond :

Bobby « Non, mais c’est très surfait, il parait qu’on peut rester un mois sans y aller »

Bref, tu te choisis un code, des statuts, un type de société « EURL, SARL, SAS, entreprise individuelle, autoentrepreneur » ? Je vais pas expliquer la différence, vu que les mecs qui le font sont payés 300 euros de l’heure, déjà que c’est un texte gratos.

Mais en gros tu choisis un peu au pif et pour démarrer, ça devrait aller. C’est plus tard que ça va chier. Un peu comme un médoc contre le cancer qui te file l’hépatite 5 ans plus tard. Tu sera bien content d’être encore là dans 5 ans pour profiter de ton hépathite.

Là, c’est pareil.

Donc t’as ton dossier.

Tu rentres tout sur le site du CFE. Le CFE ? Le site de la CCI qui regroupe tous les OA. Faites un effort. Le Centre de Formalité des Entreprises monté par la Chambre de commerce et d’industrie avec la paperasse pour tous les Organismes Agréés. Un site pour tout centraliser, plutôt une bonne idée non ?

Le site est assez bien fait, tu scannes, tu charges, et tu dois ensuite valider.

Pour valider la création, il faut :

  • Envoyer le dossier par internet
  • ET
  • L’imprimer et l’envoyer par la poste

Tiens, c’est bizarre ça. Un peu comme un mec qui te dirait bonjour en te faisant la bise et en te serrant la main.

– Bah pourquoi ?

– Non, mais on sait jamais, t’es ptete insensible des mains ou t’as une paralysie faciale.

Bon, ça rassure pas trop. Mais t’as pas le choix.

Trois jours plus tard, bim, courrier du CFE :

« Merci, voici votre numéro de SIRET ou de  SIREN (ou  autre). Bon courage ». Cool. Wow. Les autres organismes t’écrivent. Tous. Merci bon courage, bienvenu, ça fera 500 euros.

Hey, vous voyez, vous gueulez, mais c’est plutôt bien foutu, centralisé. Tout le monde t’a écrit.

Ah, sauf, sauf le RSI. Mais toi, déjà tu sais pas ce que c’est, et puis tu bosses hein, monter la boite, démarrer l’activité tout ça, ça te fait des bonnes semaines.

7 mois plus tard, un courrier du RSI.

« Bonjour, nous prenons acte de votre décision de fermer votre société ».

Ah merde qu’est-ce qu’ils racontent ?

« Comme convenu, vous ne nous devez rien. »

On n’avait rien convenu, mais ça te va.

« Merci donc de nous adresser votre règlement de 7000 euros avant le 3 mars ».

Oh putain, c’est des malades. En plus, on est le 28 février et l’année n’est pas bissextile.

Tu es dans la merde, tu paniques surtout que les 7000€, tu les as pas.

Tu décides donc d’appeler le RSI.

Ahahaha « Décider d’appeler le RSI ». Tu racontes ça à un pote qu’a déjà vécu le truc, il se marre.

« Oui ben tu peux aussi décider de devenir immortel ou de te transformer en labrador, mais tu vas quand même crever bientôt et tu seras à priori sans truffe ni fourrure ».

Déjà trouve le numéro.

Tu tapes sur google « RSI » tu tombes sur un 36 15. Merde. Ah non RSI.fr cool.

Tu arrives sur un site, bon, tu peux le consulter si t’as un commodore, un Amstrad ou un Amiga, mais si ton terminal est du 21e siècle, ça va ramer.

Ah tu vois un bouton « nous contacter ». Oui, mais attention, avant d’avoir le droit de nous contacter faut répondre à une petite quinzaine de questions. Et le niveau des questions accroche toi. Faut être spécialiste du RSI pour y répondre. Tu finis par trouver un 0800. Tu sais les numéros gratuits à un euro la minute.

Tu appelles.

Ça sonne. 25 fois. Et puis. Bip bip bip.

Tiens, y-a pas de répondeur ? C’est marrant ça ? Y-a pas une machine là pour tapoter ton choix ? Comme à la SNCF ?

Non y-a pas.

Pourtant ces machines tu les détestes. Tu préfères parler un humain. Oui, mais avec le RSI tu vas t’apercevoir que ce que tu préfères c’est quand même parler à une machine qu’à rien. Tu rappelles. Pareil. 25 sonneries.

10 fois de suite. 25 sonneries, ça fait long.

Ton premier réflexe si t’es de droite, c’est de gueuler sur ces feignasses du RSI. Mais il y doit y avoir 4 conseillers en Ile de france. T’imagines, si au centre d’appel SFR, il y avait Bob, François, Rachid et Amida ? « Bonjour, le temps d’attente est de 7 heures 32… environ ».

Attendre, tu peux plus, parce que t’as du boulot. Tu rappelleras demain.

Un jour plus tard, donc le 1er mars, il te reste une journée pour payer. Mais comme tu dois rien.

Le lendemain, tu rappelles encore et encore. Vers 15h00, tu tombes sur quelqu’un, mais t’es tellement énervé, que tu vas vite devenir gonflant.

Tu tombes sur François.

Là, il faut savoir qu’au RSI, tout le monde ne veut pas y aller. Ils le savent bien les conseillers que les gens qu’appellent ils sont un peu noués vu le parcours du combattant. Donc ils envoient que les suicidaires, les gens en phase terminale, au bout du rouleau.

Donc François là, il en peut déjà plus et tu lui tombes sur la gueule avec ton :

– Oui alors 7000 euros, voleurs, incompétents, bons à rien. JE TRAVAILLE MOI !

Oui, depuis que t’es patron, TOUS les autres sont des feignasses qui n’en branlent pas une. Depuis que tu fais 35 euros de chiffre par jour en vendant 3 sandwichs dans une poubelle que t’as rénovée, tu as tous les droits.

Et François là, tu le gonfles déjà, mais il te demande ton numéro d’abonné.

  • Heu, AB54
  • Non ça c’est le numéro de dossier
  • Et vous pouvez pas retrouver mon numéro d’abonné à partir de ça, mais putain vous êtes vraiment trop cons
  • Bip bip bip

Faut le comprendre François. On ferait pareil.

Donc là, tu es au bord de l’apoplexie. C’est la crise cardiaque. Heureusement maintenant ils ont mis des défibrillateurs un peu partout. Tu sais les trucs dont personne ne sait se servir sauf pour faire griller des saucisses. Bon toujours est-il que tu rappelles.

2 heures plus tard, tu tombes, méchamment, sur « Francine ». Alors Francine, elle a décidé que c’était bon là, 6 mois qu’elle travaille au RSI, elle a baissé le rideau, terminé les conneries, ce soir, c’est pas les saucisses qu’elle va griller, c’est sa tronche. Du coup, toutes ces histoires d’agressivité, c’est du passé. Elle veut bien rendre un dernier service avant de partir.

  • Bonjour monsieur, comment puis-je vous aider ? Oui donnez-moi votre numéro de dossier
  • Ah bon, mais l’autre il m’a dit heu que c’était le numéro d’abonné qu’il fallait
  • Oui voilà c’est ça
  • Heu
  • Il commence pas 2 chiffres
  • Bah non c’est AB54
  • Oui voilà c’est ça

Oui, parce que Francine elle veut bien t’aider, mais juste elle peut pas. Elle a été formée 3 heures en arrivant et c’était en arrivant de sa cure de repos, elle était encore shooté, je te raconte pas.

Bref elle finit par te dire qu’il faut payer 1000 euros. Maintenant. Mais il te reste 3 heures pour payer et « non on ne prend pas la CB, ni les virements ».

Bon, tu payes le 3 mars.

Le 20 avril, nouveau courrier :

  • Nous avons bien reçu votre payement de 1000€ en retard. Nous appliquons donc une pénalité de 10%. Vous restez donc nous devoir 12 574 euros

C’est pas vrai les mecs, c’est une farce. Déjà 10% de pénalités quand t’y penses. Mais le RSI œuvre pour l’état, et l’état, il rigole pas sur le sujet. Et l’état c’est nous, alors on devrait être content.

Mais tu devais, soit disant 7000€ dont si t’es en retard, ça devrait faire 700€ d’amende. Pas 1000. Et pourquoi ils te demandent 12 574€ ? Mais tu commences à comprendre qu’il n’y a rien à comprendre, faut payer d’abord et gueuler après.

Encore faut-il les avoir les 12 574€ pour payer. Mais admettons, tu cherches à les joindre du 30 mars au 22 avril et le 23 tu payes 12 574€.

Le 24 avril, ne me demande pas comment c’est possible, mais tu reçois :

« Merci pour votre règlement de 700 euros. N’oubliez pas de nous verser les 32 000 restant avant le 15 aout ».

Là tu te dis  qu’ils sont en cheville avec les plus gros dealers de la région et que la came est consommée pure. Faut que tu te déplaces. Il y a 3 caisses en Ile de France, donc c’est un voyage, c’est sûr. 30 ou 40 bornes pour aller voir tes amis du RSI.

J’espère que t’as vérifié les horaires parce que si tu viens le jeudi à 11 heures au pif, en te disant « Bah non, mais un jeudi à 11 heures, ça passe », ça passe pas. Le deuxième jeudi pair de chaque mois impair ils sont fermés, Le 1er mardi de chaque mois aussi et les mois de moins de 29 jours, ils sont fermés tout le mois.

Mais admettons, admettons que t’arrives un jour où c’est ouvert. Normalement, y-a un car de police devant. Ah bah attends, faut voir la gueule des mecs qui viennent. C’est pas pour offrir des chocolats ou taper la discute, ils sont tous au bord de la crise de nerfs, et comme les employés aussi, ça coince vite.

Toi, t’as pris un petit canif avant de partir, mais c’est en défensif, la plupart des autres, ils sont venus pour régler ça dans le sang.

Quand tu travailles au RSI, t’as la même espérance de vie qu’un cancéreux en phase 5. Four ou couteau, la sortie va être brutale.

Blague à part, le RSI fait vivre un cauchemar kafkaïen permanent à des centaines de milliers de personnes et le sujet a finalement très peu d’écho. Un article par-ci par-là, mais globalement, tout le monde s’en cogne :

– Soit t’es de gauche et tu t’en branles des patrons parce que tu les mets tous dans le même sac : le mec qui gagne 5 M€ par mois et le pauvre type qui galère en bossant 60 heures par semaine pour se payer un gros smic. Pour toi c’est pareil, parce que c’est plus simple d’avoir des préjugés que des sentiments.

– Ou alors t’es de droite, mais si t’es de droite, tu vas surtout défendre les gros patrons, oubliant consciencieusement les petits. Je sais pas pourquoi, c’est bizarre. Et si t’es un gros patron, tu t’en branles, t’as une armée de gens qui font toute la paperasse pour toi et qui supportent pour toi toute cette folie.

Bref, bienvenue au RSI.

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5 commentaires sur L’ENFER C’EST LES AUTRES, SAUF SI T’ES AU RSI, par Valéry Bonneau

  1. Je viens d’éditer ma déclaration fiscale sur le site du Rsi, mais au surprise le montant à déclarer complètement fantaisiste plus 12 000 euros! Voilà donc courrier à Monsieur Jean Marc Georges de Clermont Ferrand qui doit finir par me connaître car j’ai sans arrêt des problèmes avec des calculs complètement farfelus, mais je ne lâche pas.

  2. Bravo, excellent. Sur ce registre, on peut écrire une encyclopédie de la bureaucratie française. Un tome entier serait consacré au “choc de simplification”, par exemple.
    Que dis-je, il faut plutôt traiter le sujet sous forme de feuilleton, car, sans cesse, le niveau monte. La bureaucratie, telle le serpent étrangleur fait bouger ses anneaux. Quand vient la hausse du chiffre d’affaires, elle se prépare dans les fourrés, et quand la baisse survient, elle frappe.
    Au fait, Renaud Dutreil, dont on n’entendait plus parler, aurait rejoint Macron ! Etonnant.

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