Les déjeuners d’entrepreneurs bientôt privés d’alcool ?

Les négociations entrepreneuriales pourraient être subir une cure de désintoxe. Un entrepreneur de 25 ans a été jugé dans le Jura pour conduite en état d’ivresse. L’alcoolisme n’a pas été retenu par le tribunal. 

Le 19 avril dernier, le jeune homme de 25 ans est contrôlé sur la départementale 11 au niveau de Cuisseaux avec un taux d’alcoolémie de 2,6 grammes mais aussi en défaut de permis. En état de récidive, il a été jugé en comparution immédiate. 

« Chef d’entreprises, bien inséré mais avec des conduites sous l’emprise de l’alcool »

Mathieu est chef de deux entreprises bien qu’il vive encore avec ses parents. Pour autant, il mène un train de vie terrible, entre la gestion de ses activités professionnelles et le management de ses employés, et les repas d’entrepreneurs. Et ce sont ces derniers qui posent problème.

Je ne vous cache pas qu’à midi, je suis content de boire mon Ricard.

Pris plusieurs fois pour conduite sous l’emprise de l’alcool, le tribunal lui demande s’il n’est pas amené à consommer pour tenir sous la pression. Une question balayée d’un revers de manche. 

 La culture du verre partagé, du pichet de vin sur la table, c’est une réalité. 

Maître Benoît Diry, avocat de Mathieu

De son côté, la substitut du procureur, Marie Gicquaud, l’alcoolisme est avéré. 

La question se pose de savoir si monsieur X est alcoolique. Plus de 2.60 g… Il parle de lui, de son travail, mais pas des autres. Or il doit d’abord respecter la loi et la sécurité.

Le tribunal condamne finalement le jeune chef d’entreprises à 8 mois de prison intégralement assortis d’un sursis mis à l’épreuve de 2 ans. Obligations de soins, de suivre un stage de sensibilisation à la sécurité routière, obligation de repasser son permis, interdiction toutefois de le faire avant 4 mois. 

Négociations et alcool, un duo indissociable 

Alors évidemment, nous ne pouvons cautionner la conduite sous l’emprise de l’alcool et encore moins celle sans permis. Il n’empêche que plusieurs affirmations du tribunal posent la question de la présence de l’alcool lors des diners d’entreprises et lors des négociations. Car oui, il y a bien souvent de l’alcool lors de ces événements.

Comme le souligne Maître Diry, « la culture du verre partagé, du pichet de vin sur la table est une réalité« . Pour forcer un peu le trait, nous irions même jusqu’à dire que la boisson est une arme de négociations massive !

Le professeur Horacio Falcão, éminent chercheur en sciences de la décision, a récemment rendu public son étude sur la négociation et l’alcool. Il a conclu qu’une personne qui se serait abstenue d’en boire serait plus facilement intimidée par quelqu’un qui a bu. 

Travaillant avec un panel de cinquante personnes divisé en deux —  avec d’un côté, des personnes ayant bu une quantité modérée d’alcool, et de l’autre, des personnes sobres, les chercheurs ont constaté que dans l’ensemble, l’alcool nuisait plutôt aux personnes qui faisaient face à un négociateur en état d’ébriété, plutôt que le négociateur lui-même.

Selon la retranscription des échanges, les négociants ayant bu de l’alcool avaient tendance à parler plus vulgairement, à bluffer, à faire des erreurs et à utiliser « des tactiques plus agressives ». Ces derniers avaient tendance à poser autant de questions, sinon plus que leurs homologues sobres.

Les déjeuners d’entrepreneurs vont-ils être privés de boisson ? Non mais ce cas témoigne de la ligne rouge à ne pas dépasser lors des négociations. Au risque de passer d’un Winston Churchill, convaincant et intimidant, à un Jean-Vincent Placé, beaucoup moins convaincant et intimidant. 

Il connaît la valeur travail. Il vit sans être aux crochets de la société. Il me disait que lorsqu’il faut donner au RSI 20 000 euros tous les 3 mois, ça met la pression. Vous ne le mettrez pas dans la farandole de ceux qui ne travaillent pas.

Maître Diry

Le tribunal considère que vous avez un problème par rapport à l’alcool. 

Marie Gicqaud

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