Les messes noires de la CFTC Darty le dimanche

Votée le 6 août 2015, la loi Macron élargit les possibilités offertes aux employeurs de recourir au travail du dimanche. Pour cela, ils doivent toutefois respecter des conditions précises. Du côté de la direction de Darty Île-de-France, on semble se soucier bien peu de ces conditions. Et après tout, puisqu’elle a la bénédiction de la CFTC elle-même, pourquoi ferait-elle autrement ?

Une communion en place publique

Au milieu du mois d’octobre, les articles de presse se multiplient au sujet de l’ouverture, le dimanche, de plusieurs magasins Darty à Paris. Sept magasins sont concernés, soit près de la moitié des établissements que la marque compte dans la capitale. La direction de Darty s’est félicitée de ces ouvertures dominicales, en assurant qu’elles allaient se traduire par « cinquante embauches« . Satisfait de sa politique, l’état-major de l’enseigne participe à un reportage vidéo pour vanter « l’accord » signé au sein de l’établissement du centre commercial de Beaugrenelle. On y voit un salarié expliquer qu’il a suffisamment de contreparties à son engagement, le DG de Darty Île-de-France assurer que tout va pour le mieux et… le délégué CFTC vanter la nouvelle organisation.

La CFTC ! Vous avez bien entendu… La CFTC de Joseph Thouvenel, qui ne cesse de pourfendre le travail du dimanche, au titre qu’il porte atteinte à la vie de famille et qu’il réduit à peau de chagrin le temps consacré aux activités culturelles. Sans compter ses effets sur les églises, déjà bien assez vides comme ça ! A la CFTC Darty, le message confédéral n’est pas passé. Cela étant dit, le responsable du syndicat, Philippe Sénia, ne s’est guère inquiété des conséquences de son apparition télévisée. Contacté par BI&T afin de donner sa version des faits, il n’a, certes, pas souhaité répondre à notre sollicitation. Comme le paradoxe de la CFTC défendant le travail dominical méritait toutefois un article, le contact était pris avec d’autres syndicats afin d’avoir leur avis.

Un accord pourtant introuvable

D’emblée, le responsable de la CGT Darty Île-de-France, Jean-Marc Miduri, fut très étonné d’apprendre qu’un « accord » avait été signé chez Darty afin de permettre des ouvertures le dimanche : « Je n’ai pas entendu parler de ça et pourtant, vous imaginez bien que je suis de près tous les dossiers. Et encore plus celui du travail du dimanche ! » Contacté par d’autres journalistes ainsi que par des salariés et militants de Darty, M. Miduri ne réussissait pas à mettre la main sur le soi-disant accord d’entreprise. Karl Ghazi, le turbulent représentant du Clic-P, ainsi que l’inspection du travail de Bobigny firent alors leur apparition sur scène. Emballement du moteur. Aurait-on vanté sur la place publique l’accord de Beaugrenelle afin de lui donner la consistance qui lui manquait ?

Recontacté quelques jours plus tard, M. Miduri est formel : « Darty ne respecte pas les conditions imposées par la loi Macron. Il faut un accord d’entreprise ou d’établissement, il n’y en a pas, l’ouverture du dimanche est donc illégale ». Mais alors, de quel « accord » est-il question dans la vidéo ? « Darty se base peut-être sur une décision prise en CE il y a quelques années à propos des contreparties accordées aux salariés lorsque les magasins ouvraient le dimanche. Mais ça ne remplit pas du tout les conditions légales actuelles ». Interrogée, la direction de Darty ne nous a toujours pas répondu. La CGT a demandé leur avis à la CFDT et à Force Ouvrière, qui lui auraient fait part de leur fort mécontentement de la tournure prise par les évènements.

L’étrange bénédiction de la CFTC

Dans ces conditions, le soutien actif de la CFTC à la direction de Darty revêt une grande importance. C’est sans doute parce que l’employeur savait qu’il pouvait compter sur la bénédiction de M. Sénia qu’il a agi avec empressement et qu’il a même pris le risque de ne pas respecter la loi. Sur un sujet aussi sensible que celui du travail du dimanche en Île-de-France, on imagine mal Darty prendre à la légère une décision dont tout portait à penser qu’elle pourrait lui causer des tracas sociaux et judiciaires. Du côté de la CGT, on ne s’étonne guère de l’attitude de la CFTC Darty : « Cela fait un certain temps que ce syndicat se fait surtout remarquer par le fait qu’il accepte tout ce qu’on lui demande d’accepter. Cette affaire vient juste confirmer ce constat ». Ambiance !

Faute d’explication de la part de Philippe Sénia, nous avons demandé à sa fédération, la CFTC-CSFV, de nous donner son avis sur l’affaire. Le président, Patrick Ertz, a réaffirmé l’existence d’un « accord d’entreprise chez Darty », portant « sur les contreparties à accorder aux salariés dans le cadre du travail du dimanche. » Mais – pas non plus tout à fait sûr de lui ? – il a ajouté : « Si cette entreprise ne remplissait pas les conditions légales pour ouvrir ses magasins le dimanche, certains syndicats ou l’inspection du travail auraient probablement déjà saisi la juridiction compétente. » Justement, les syndicats et l’inspection du travail se sont saisis du problème et il n’est pas impossible que dans les prochaines semaines, la CFTC Darty fasse parler d’elle en des termes polémiques…

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