Les silences européens sur la Turquie

Temps de lecture : 3 minutes

Cet article a été lu 917 fois

Un sommet entre l’Union Européenne et la Turquie s’est tenu dimanche à Bruxelles, qui a débouché sur un premier accord dont le texte laisse perplexe. Le rappel de ses grandes lignes le démontre amplement.

Redynamisation du processus d’adhésion

Premier point indiqué dans le communiqué à l’issue de la réunion: le processus d’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne doit être redynamisé.

La Turquie et l’Europe “se sont engagés à consolider leur liens existants et leur solidarité et adoptent une action évaluable pour préparer un futur commun.”

La Turquie obtient ici une très belle victoire politique, en posant noir sur blanc l’objectif de son adhésion à l’Union Européenne dans les prochaines années. Le communiqué établit un lien clair entre cette adhésion et la lutte contre le terrorisme.

Les discussions devraient reprendre dès décembre 2015.

Des sommets semestriels

Pour mener à bien ce processus, des sommets auront lieu chaque semestre. Ceux-ci auront pour charge de faire le suivi du processus d’adhésion. Le communiqué ajoute ceci:

Regular discussions and cooperation on foreign and security policy should be enhanced including on counter-terrorism against the background of serious security challenges notably the rising threat of terrorism in all its forms and manifestations.

(Des discussions régulières et une coopération en matière de politique étrangère et de sécurité y seront ajoutées, incluant la lutte anti-terroriste contre le contexte de menaces sérieuses sur la sécurité, tout particulièrement la montée des risques terroristes sous toutes leurs formes et manifestations).

Face au risque de pactiser avec un Etat dont le gouvernement soutient les mouvements terroristes, les Européens ont donc posé le problème d’un lien nécessaire entre l’adhésion et la lutte contre l’Etat Islamique… ou les autres visages du terrorisme.

Un calendrier précis

Le communiqué précise que les discussions sur les politiques économiques et monétaires s’ouvriront dès le mois de décembre 2015. Au cours du premier trimestre 2016, les Européens passeront en revue les chapitres à ouvrir avec la Turquie. Dans les prochains mois, un calendrier précis du processus d’adhésion devrait donc voir le jour, y compris avec le mécanisme de dialogue économique de haut niveau.

Suppression du visa pour les Turcs

L’Union Européenne a lâché, en plus de la relance du processus d’adhésion, une autre concession de taille: la libéralisation des visas à partir de juin 2016 pour les citoyens turcs. Cette libéralisation est soumise à une série de validations techniques, mais elle devrait intervenir courant 2016 si les étapes sont franchies avec la Turquie.

3 milliards d’aide pour les réfugiés

L’Union s’engage à verser à la Turquie une première tranche d’aide de 3 milliards € pour les réfugiés syriens installés sur le territoire turc. La Turquie prétend dépenser 8 milliards d’euros pour ses 2,2 millions de réfugiés. Les modalités de versement de cette aide ne sont pas encore définies.

La contention des réfugiés

Une fois ces concessions énumérées, le communiqué cite la concession obtenue par les Européens: la contention (stemming en anglais) des réfugiés syriens prévue par le Plan d’Action conjoint d’octobre 2015. Cette politique prévoit notamment la réinstallation en Turquie des migrants illégaux qui ne rentreraient pas dans les critères de l’asile européen.

Rien sur les Droits de l’Homme

On remarquera que ce document occulte complètement la question des Droits de l’Homme, qui devient pourtant critique dans la Turquie d’Erdogan. Alors que deux journalistes ont été emprisonnés cette semaine à Istanbul pour avoir révélé l’existence d’un convoi d’armement pour l’Etat Islamique, l’Union Européenne s’offre le luxe de passer le sujet sous silence…

Rien sur le soutien à l’Etat Islamique

Parallèlement, le communiqué européen reste extrêmement discret sur l’implication de la Turquie dans le conflit syrien, et en particulier sur le soutien (officiel) que la Turquie apporte à la rébellion musulmane dite modérée, ni, très probablement, à l’Etat Islamique.

Rien sur la Russie

Dans le même temps, le communiqué réussit l’exploit de passer également sous silence la question des relations avec la Russie. Pourtant, la France cherche à monter une coalition, avec une coordination militaire étroite avec les Russes. La chasse turque a abattu, la semaine dernière, un avion russe… mais ce sujet semble avoir été minutieusement exclu des pourparlers avec l’Union.

Faut-il y voir le signe d’un affaiblissement de la France, dont les préoccupations démocratiques sont passées sous silence?

print

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
L’Europe, nouvel empire éclaté 

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, a déclaré le 25 novembre qu’une monnaie unique n'a pas de sens...

Fermer