L’étrange destin de Jean-François Copé

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Article écrit pour Atlantico.

L’aventure de Jean-François Copé dans la primaire des Républicains constitue probablement l’un des moments les plus étranges de ce scrutin. On le regrettera, sur le fond, car le bonhomme était prometteur et avait devant lui un destin utile au pays.

L’incontestable compétence au pouvoir

Du parcours de Jean-François Copé, on préfère retenir le passage au ministère du Budget, où le bonhomme a laissé le souvenir d’une personnalité compétente, connaissant ses dossiers et gérant bien les affaires de l’Etat. Tel était Copé dans sa version initiale, lorsqu’il n’était pas enivré par le fric facile des années 2000. Ses amis de Bygmalion n’avaient pas encore construit leur fortune sur des “coups” obtenus grâce à de l’entregent.

En suivant son bonhomme de chemin, Copé se serait probablement imposé comme le meilleur de sa génération.

Copé a-t-il voulu aller trop vite?

Puis il y eut ce qu’on connaît: l’empoignade avec Fillon en 2012, qui suit, mais l’opinion ne le sait pas encore, les affaires avec Bygmalion. Comment un destin aussi brillant peut-il brutalement basculer dans ce grand n’importe quoi ? Entretemps, l’opinion publique a vu les photos de Copé autour de la piscine de l’inévitable Takieddine, qu’on retrouve aujourd’hui dans les affaires de financement libyen. L’homme a viré dans un autre monde, sans foi ni loi. Et soudain, Copé fait oublier ses compétences et n’existe plus que par les affaires: celles d’un homme qui semble ne reculer devant rien pour réussir.

Est-ce une ambition démesurée, mal calibrée, mal maîtrisée? Le mal est fait.

Monsieur 1%

Son retour dans la primaire des Républicains est inespéré mais, d’emblée, ressemble comme deux gouttes d’eau au retour de Monte-Cristo. Le propos de Copé n’est pas inintéressant d’ailleurs. Il propose des mesures utiles, comme la fin du paritarisme. Mais tout se passe comme si son discours était un prétexte à une réhabilitation vengeresse. Au fond, le programme est un écran de fumée qui peine à dissimuler l’immense rancoeur qui habite l’homme.

L’opinion publique s’en rend compte, qui n’accorde pas plus de 1% d’intentions de vote à l’ancien président du parti.

Le rejet de Fillon et de Sarkozy

Du même coup, Copé a des comptes à régler. Avec Fillon, bien sûr, qui a contesté sa courte victoire en 2012. Les plaies ne sont pas fermées. Avec Sarkozy, bien sûr, qui a reporté sur lui la responsabilité de l’affaire Bygmalion. Entre ces trois-là, les cadavres sont nombreux et les haines vivaces. Et Copé la joue un tantinet Caliméro en jugeant que les Français sont plus exigeants avec lui qu’avec Sarkozy.

L’improbable rapprochement avec Juppé

Certaines portes étant impossibles à ouvrir, Copé revient aux stratégies de repli. Il a souligné aujourd’hui sa proximité avec Alain Juppé. Voilà qui sent le ralliement de dernière minute, sur des bases idéologiques qui semblent très complexes à saisir.

Si les deux candidats se rejoignent sur le recours (très autoritaire et étatiste) aux ordonnances, ils se divisent sur le reste. En particulier, Copé propose la fin de la sécurité de l’emploi pour les fonctionnaires. On voit mal Juppé se rallier à cette idée. Comme le dit très bien Copé, son alliance éventuelle avec Juppé reposera d’abord sur des filiations personnelles. Pas sur une unité idéologique.

Et si l’on importait les pratiques américaines?

Le spectacle offert par cette campagne désole. Au moment où Emmanuel Macron menace les Républicains sur leur flanc gauche, les plus droitiers feraient bien de se rassembler.

Les primaires américaines donnent quelques astuces pour éviter ces situations extrêmes. Par exemple, lorsqu’un candidat n’a plus aucune chance, il abandonne plutôt que de pousser son échec jusqu’au bout. La manoeuvre évite une désintégration complète du débat. Voilà une idée qui mériterait d’être creusée.

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