L’euro et sa très impressionnante marche triomphale

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On s’amusera à suivre les dernières évolutions de la zone euro et de la politique monétaire qu’y mène sa banque centrale, sous la conduite de Mario Draghi. Les décisions prises jeudi à Francfort le confirment: tout va bien! et les promesses de lendemain meilleur, de prospérité continentale et d’avenir radieux se réalisent toutes les unes après les autres.

La zone euro dans une mer d’huile

Le moins que l’on puisse dire est que la zone euro est en pleine mer d’huile: plus rien ne s’y passe, ni croissance, ni inflation. L’économie du continent connaît une stagnation quasi-parfaite. C’est la Banque Centrale Européenne elle-même qui le dit:

L’institution basée à Francfort ne prévoit plus désormais qu’une inflation de 0,1% cette année, alors qu’elle tablait en décembre sur une hausse de 1,0% des prix. (…)

La révision à la baisse des prévisions de croissance est plus modeste, à 1,4% pour cette année contre 1,7% prévu en décembre. Le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro devrait ensuite croître de 1,7% en 2017 (1,9% prévu en décembre) et de 1,8% en 2018.

Rappelons quand même que, depuis un an, la BCE injecte chaque mois au moins 60 milliards d’euros pour « relancer » l’inflation et l’investissement. Voilà une politique qui fonctionne excellemment. Au vu de ces résultats, on comprend pourquoi François Hollande pousse pour une plus grande intégration des économies européennes: encore une intuition fulgurante qui ajoutera au marasme qu’il installe consciencieusement depuis 2012.

Il faut payer pour épargner dans la zone euro

Au vu de ces très impressionnants résultats, Mario Draghi a considéré qu’il ne fallait surtout pas changer une tactique qui gagne. Il a donc annoncé qu’il persévérait dans l’erreur et même qu’il la renforçait pour précipiter son échec total.

La BCE a abaissé, comme attendu, le taux de sa facilité de dépôt à -0,4% contre -0,3%, mais elle a aussi ramené son taux de refinancement à zéro, une première, et réduit le taux de sa facilité de prêt marginal (celui auquel les banques peuvent lui emprunter des liquidités au jour le jour) à 0,25%.

Elle a parallèlement porté de 60 à 80 milliards d’euros le montant de ses achats mensuels sur les marchés financiers, un programme qui sera en outre étendu au marché des obligations d’entreprises.

Autrement dit, tout dépôt bancaire à la BCE donnera lieu à une érosion des liquidités déposées et le crédit sera quasiment gratuit. Les banques se frottent les mains puisqu’elles peuvent récupérer gratuitement de l’argent tout chaud à la sortie de la planche à billet et le facturer à des taux importants à leurs clients.

Mario Draghi a beau faire effort pour soutenir que cette politique vise à soutenir le crédit, les financiers savent tous qu’elle sert d’abord à accompagner les banques confrontées au redoutable paquet Bâle III, qui renforce leurs normes prudentielles.

L’Italie, prochain stress test de la zone euro?

Mario Draghi l’Italien se montre évidemment attentif aux nouvelles venues… d’Italie, où les actifs bancaires pourris fleurissent comme des champignons. La Banque d’Italie les évalue désormais à plus de 200 milliards d’euros, ce qui constitue une véritable petite bombe à retardement.

En effet: dans un contexte où la reprise n’a pas lieu, où l’inflation glisse doucement vers la déflation, où un atterrissage économique brutal est en vue, les défaillances d’entreprise en Italie pourraient entraîner tout le système euro. On comprend que le gouverneur de la BCE prête une oreille toute particulière à ce sujet.

La Grèce toujours élève en danger de la zone euro

On notera en même temps que la crise des réfugiés commence à faire sentir ses effets économiques sur la situation grecque.

« La crise des réfugiés crée des problèmes significatifs pour l’économie et la croissance de la Grèce », a déclaré le secrétaire général de l’OCDE, Angel Gurria, à l’issue d’une rencontre à Athènes avec le Premier ministre Alexis Tsipras.

« La Grèce a besoin de recevoir un soutien substantiel pour faire face à ce nouveau défi. Aucun pays ne peut relever seul un tel défi », a-t-il poursuivi.

L’automne devrait donc être chaud, économiquement comme politiquement, en Grèce, au moment où l’Etat n’aura plus les moyens de finir l’année.

2016 devrait être une grande année pour l’Europe!

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