L’Europe post Brexit : une drôle de guerre* ?

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Les Balkans

L’Union Européenne s’est réuni lundi à Paris pour discuter de son avenir. Le thème est celui de la poursuite de l’intégration de l’ex Yougoslavie dans l’UE. Ce problème des Balkans est multiséculaire. Surtout, l’élargissement de l’UE relève de la provocation alors que les mouvements populistes prospèrent: Brexit mais aussi nouveau vote en Autriche entre le FPÖ (Norbert Hofer a indiqué que son pays quitterait l’UE si la Turquie y rentrait) et les écologistes, qui avaient gagné au 2ème tour contesté.

Les intégrations de la Slovénie et la Croatie dans l’UE sont des réussites. Mais la Slovénie est très liée historiquement à l’Autriche et l’Italie**, et la guerre n’a duré que 10 jours avec la Serbie. La Croatie est également très intégrée à l’histoire dalmato-vénitienne, et même de la France impériale, si l’on remonte à Napoléon.

Les pays au menu sont cette fois autrement plus épicés que ces contrées illyriennes :

–          L’intégration de l’Albanie supposerait de régler le sujet du Kosovo.

–          Idem pour la Serbie, qui traîne de plus son implication dans la guerre de Yougoslavie.

–          Le Monténégro a des particularités. Par exemple, le peuple monténégrin est minoritaire dans son pays.

–          La Macédoine pose un problème vis-à-vis de la Grèce, jusqu’à son nom, puisque les Grecs lui préfèreraient « République de Skopje ».

–          La « fédération » de Bosnie-Herzégovine est majoritairement musulmane, et l’histoire de Sarajevo atteste des dissensions entre les restes de culture ottomane et des peuples slaves majoritairement orthodoxes.

Le prétexte du Brexit

Pour cause d’incertitudes, les politiciens européens ont un alibi (ailleurs en latin) tout trouvé pour faire attendre ces pays balkaniques : les Anglais.

Les dommages causés par le Brexit tiennent surtout aux incertitudes :

–          Quel calendrier ? Après avoir annoncé que le futur Premier ministre enverrait la lettre de sortie de l’UE, conformément à l’article 50 du traité, à la rentrée, on évoque désormais début 2017.

–          Quel modèle : norvégien, suisse ou autre ? Les autres pays de l’AELE sont montés progressivement dans les accords européens. Le processus de sortie ne serait pas comparable.

–          Maintien de l’intégrité du RU? Si l’Ecosse demandait son indépendance, quelle monnaie viserait-elle ? La livre peut être émise par 3 banques écossaises, mais sous le contrôle de la Bank of England. Pour passer à l’Euro, le processus est long. Si l’Ulster sortait, s’agirait-il d’un rattachement à l’Eire, ce qui impliquerait un passage à l’Euro ?

Comme dans toute guerre, la première victime est la vérité. Les populistes ont utilisés des arguments mensongers : budget qui serait reporté sur le National Health Service, maintien d’un libre échange des biens sans celui des personnes,…. Ce dernier mensonge persiste chez ceux qui prétendent négocier avec l’UE.

Les candidats au poste de Premier ministre du Royaume –Uni expliquent leurs futures négociations avec Angela Merkel (le couple franco-allemand n’est même plus évoqué). La « Kaiserin » avait même convoqué dans la capitale prussienne ses homologues au lendemain du référendum britannique.

Dumping fiscal européen

En attendant, les promesses se multiplient au RU pour tenter de sauver son armada économique en déroute :

–          le Chancelier de l’Echiquier, George Osborne, promet (au nom de son successeur !) de baisser le taux d’impôt sur les sociétés de 20% à au plus 15% (pour se rapprocher du taux d’IS irlandais de 12,5%). Cela engendrera un déficit budgétaire supplémentaire alors que celui-ci avoisine encore les 5%.

–          La Banque d’Angleterre indique disposer de £250Md de liquidités à injecter, ce qui vaut au taux souverain de baisser alors que sa note a été dégradée de AAA à AA. La conséquence est que la Livre poursuit son dérapage (de plus de 1,50$ vers la fin de 2015 à 1,32$ aujourd’hui). Le RU n’ayant pas à importer de pétrole puisque disposant du Brent, et n’exportant plus guère de produits manufacturiers, cette baisse de la Livre engendrera surtout de l’inflation importée. Cela exportera aussi de la déflation en zone euro, ce que l’on cherche déjà à éviter.

–          La fuite en avant touche également la bourse. Le London Stock Exchange s’est prononcé en faveur du rapprochement avec Deutsche Börse, concurrençant ainsi, et même dépassant en taille, Euronext.

Ces courses au moins disant fiscal et monétaire entraînent une guerre économique dont l’Europe sera la victime faute de coordination politique. La Slovaquie, qui préside désormais le Conseil de l’UE, sera-t-elle à la hauteur ? En tout cas, l’UE ne s’était pas préparé au Brexit, et la Slovaquie n’a été invitée ni à Berlin ni à Paris.

*La drôle de guerre (période entre l’invasion de la Pologne et celle de la France) est, à l’origine, une erreur phonétique dans la traduction de « phoney war » (fausse guerre) entendue « funny war » (drôle de guerre). L’équivalent allemand, Sitzkrieg, semble également d’actualité, puisque le siège britannique à Bruxelles est vacant mais pas déménagé.

**Slovénie est d’ailleurs la contraction de Slave et de Vénète.

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