L’Europe: une rentrée électrique

L’Europe devrait connaître une rentrée particulièrement agitée… dès la fin du mois d’août. Le Brexit commence à diffuser ses effets sur le continent, et tout porte à croire que la série sera longue.

L’avenir de l’Europe discuté le 16 septembre à Bratislava

Depuis le 1er juillet, la Slovaquie a pris la présidence de l’Union. Elle a obtenu la tenue d’un sommet, le 16 septembre, à Bratislava, consacré à l’avenir du continent. Cet événement n’est pas forcément bon signe, puisque l’un des points à l’ordre du jour concerne la remise du Conseil au centre du jeu, au détriment de la Commission bruxelloise. Pour Jean-Claude Juncker, moins d’un an après son accession à la présidence, cette étape constitue incontestablement un échec cuisant.

Les Slovaques entendent mener une coalition de fait entre les Etats de l’ancien bloc soviétique pour modifier les règles du jeu sur le continent. Il y a fort à parier pour que cette manoeuvre laisse des traces.

La France, l’Italie, l’Allemagne ou la fin du couple franco-allemand

Au préalable, le débat sur l’avenir de l’Europe aura commencé par une rencontre trilatérale entre Angela Merkel, Matteo Renzi et François Hollande, le lundi 22 août, sur l’île de Ventotene, au large de Naples. Désormais, le format d’un trio européen en lieu et place du couple franco-allemand s’impose donc.

Les discussions de Ventotene porteront aussi sur l’avenir de l’Europe. Les trois grands historiques de l’Union cherchent désormais une parade efficace au Brexit.

Les sociaux-démocrates mettent leur grain de sel

Le 25 août, les sociaux-démocrates européens se rencontreront à la Celle-Saint-Cloud, en présence de François Hollande, pour harmoniser leur vision de l’Europe et de son avenir. Là encore, la démarche surprend, dans la mesure où François Hollande aura donc accumulé cette semaine deux rendez-vous préparatoire sur le même sujet. Dans cet empilement d’instances de discussion, on peine à mesurer le rôle moteur de la France.

L’Europe peut-elle encore avoir un projet?

Comme le remarque le Financial Times, l’Union Européenne peine à se réinventer un avenir dans un contexte abasourdi par le Brexit. Aucun gouvernement ne semble porteur d’un mandat clair en faveur d’une plus forte intégration communautaire. Les heures glorieuses de la Commission semblent donc passées. Tout porte à croire que les semestres qui s’annoncent seront ceux d’une décrue du projet communautaire tel qu’il a existé jusqu’ici.

La Turquie, prochain foyer de tension?

À côté des instabilités communautaires, les instabilités géostratégiques ne faiblissent pas. La tentative de coup d’Etat en Turquie cet été, et la répression brutale qui s’ensuit, perturbent fortement l’Orient européen. Erdogan a entrepris une politique de rapprochement avec la Russie, en réaction aux soupçons qu’il nourrit sur l’implication américaine dans le putsch manqué. Parallèlement, les Etats-Unis ont entrepris de déplacer en Roumanie les armes nucléaires qu’ils avaient déployées en Turquie sous l’étendard de l’OTAN.

La situation risque de se compliquer singulièrement dans cette partie éloignée du continent. La tectonique des plaques géostratégiques est à l’oeuvre.

Le précédent tchéco-slovaque

La tenue d’un sommet à Bratislava est un « heureux » hasard. Le 1er janvier 1993, la République Slovaque a en effet conquis son indépendance vis-à-vis de la République Tchèque au terme d’un processus démocratique et pacifique. Sur le fond, l’accession de la Slovaquie à l’indépendance correspond à une reprise, vingt-cinq plus tard, du mouvement fédéraliste initié en Tchécoslovaquie dans les années 60 et brutalement interrompu par le « printemps de Prague » en 1968. Historiquement, la disparition du bloc communiste à l’Est a donc permis la reprise de mouvements géopolitiques antérieurs. 

La Slovaquie considère aujourd’hui que la scission avec la République Tchèque la qualifie pour imaginer un processus de Brexit satisfaisant. 

« Tous nos dirigeants communiquent brillamment, c’est de cette façon qu’ils remportent les élections. Comment se fait-il que l’Union soit incapable de communiquer de façon compréhensible avec ses citoyens ? »
Miroslav Lajčák, ministre slovaque des Affaires Etrangères

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