Liberté d’installation : et si médecins et pharmaciens se tiraient une balle dans le pied ?

Un syndicat des pharmaciens conteste le droit à un médecin généraliste de délivrer des médicaments. Une opposition qui pourrait être mal-perçue par le gouvernement qui pourrait y voir une faille exploitable pour instaurer le contrôle de l’installation des médecins.

La polémique a été révélée par l’Echo Républicain. Le syndicat des pharmaciens d’Eure-et-Loir conteste devant le tribunal administratif l’autorisation d’un médecin généraliste de fournir des médicaments à ses patients. Un droit qui serait donc exclusivement réservé aux pharmacies. 

Une patientèle composée de 26% de personnes de plus de 70 ans

Il faut une autorisation délivrée par l’Agence régionale de santé (ARS) pour exercer la propharmacie, une pratique qui permet à un médecin de garder des médicaments directement dans son cabinet. Cette pratique est souvent réservée aux médecins exerçant dans des zones rurales dépourvues de transports en communs voire des déserts médicaux.

Et c’est expressément le cas de cette généraliste à Civry. Elle a reçu son autorisation en 2014, elle qui couvre aussi les communes de Villiers-Saint-Orien, Varize, Conie-Molitard et Bazoches-en-Dunois. 

Le quotidien précise que la patientèle de la doctoresse est composée à 26% de personnes âgées de plus de 70 ans. Et si les transports publics existent ici, ils doivent être réservés la veille sans forcément desservir une officine. 

Une polémique qui nourrit les questionnements sur les déserts médicaux

Reste donc à savoir quelle suite peut être donnée à cette bataille rangée entre pharmaciens et généralistes. On sait que le gouvernement ne tenait pas à contraindre les médecins à s’installer. Mais cet événement pourrait changer la donne. Des pays comme le Québec ou l’Allemagne ont tenté ce pari avec des résultats plutôt positifs. 

Il faut évidemment prendre en compte le refus des médecins en France de toute forme de contrainte, des sanctions seules ne résoudront pas le problème surtout qu’ils sont moins payés que leurs homologues allemands par exemple (un médecin généraliste en France en est à 3 fois le salaire moyen en France contre 4,1 fois sur le salaire moyen allemand pour un généraliste allemand).

L’OCDE expliquait aussi que les médecins français ont de meilleurs résultats que leurs confrères allemands pour la prévalence de la mortalité cardiaque par exemple (39 cas pour 100 000 habitants en France, 106 en Allemagne). C’est tout un arsenal d’incitations qu’il faudra déployer tout en veillant à ce que chacun respecte ses positions. Reste maintenant à savoir combien de temps le gouvernement est prêt à attendre.

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