L’islamisme est-il vraiment une maladie mentale? par David Esposito

Gérard Collomb vient d'annoncer la prochaine réquisition des psychiatres dans la lutte contre l'islamisme. Une idée qui rappelle les propos de Pierre Desproges: 

« J’ai envie de tuer quelqu’un. J’aurai dû en parler à mon psy, finalement j’ai préféré me confier à mon armurier. »

Malgré son passage sous les fourches caudines du Décodex, la presse « autorisée » arrive encore à nous gratifier d’articles ringardisant les plus grosses pitreries du Gorafi...

Les articles relatant les annonces de Gérard Collomb sur RTL le vendredi 18 août semblaient de prime abord entrer dans cette catégorie.

Or le gouvernement français envisage vraiment de mobiliser les hôpitaux psychiatriques et les psychiatres libéraux dans la lutte contre le terrorisme.

Mais point de Famas... Du moins pour le moment.

Islamisme et psychiatrie

Les gouvernements occidentaux sont de plus en plus confrontés à des attaques commises par des individus inconnus des services de sécurité et très largement qualifiés de « mentalement fragiles ». Le personnel médical se verrait affecté la mission de « repérer des individus susceptibles de passer à l’acte ».

Gérard Collomb a ainsi résumé la situation : « on a en fait deux types d’attaques aujourd’hui. Vous avez à la fois des attaques planifiées comme celle qui vient de se produire en Espagne, et puis vous avez des gens qui se radicalisent brutalement avec souvent des profils psychologiques extrêmement troublés. Donc nous sommes en train de travailler avec ma collègue ministre de la Santé pour essayer de repérer l’ensemble de ces profils qui demain peuvent passer à l’acte ».

Le ministre évoque, sans les détailler, des « protocoles » prévoyant un « échange » avec les praticiens qui côtoient des patients ayant « des délires autour de la radicalisation islamique ».

Les psychiatres hospitaliers et libéraux semblent donc destinés à prendre le relai des très inefficaces centres de déradicalisation.

Pour mémoire, le gouvernement vient de décider de fermer l’unique centre de déradicalisation de France, basé en Indre-et-Loire. Ouvert à titre expérimental en septembre 2016 pour prendre en charge 25 personnes sur la base du volontariat, il n’en a accueillies que... 9. Le centre était vide depuis février 2017.

Mais le gouvernement ne semble pas avoir intégré les raisons de cet échec cuisant.

Puisqu’il semble vouloir déplacer la lutte contre le terrorisme dans le champ médical, il devrait en intégrer un principe fondamental : le point de départ du traitement de la maladie consiste d'abord dans un bon diagnostic.

Placer le Djihadisme dans le champ de la pathologie mentale, et plus particulièrement dans celui de la psychose, n’est qu’une (im)posture politicienne.

Il est évident qu’un individu capable d’écraser des enfants avec un camion ne jouit pas de toutes ses capacités mentales. Mais la cause d’un tel « détachement du réel » est sans doute plus à rechercher dans le Captagon que dans la psychose...

Echapper à la traque des services de renseignements pendant des mois requiert des capacités et des ressources largement supérieures à celles dont sont capables les patients psychotiques chroniques, qui plus est non traités...

De plus, il ne suffit pas d’être qualifié de « mentalement fragile » par un Ministre de l’Intérieur pour décider de se soigner. Il faut également se ressentir comme tel, en souffrir, puis faire la démarche d’être aidé.

C’est mal connaître le fonctionnement des cellules terroristes que penser qu’un de ses membres puissent s’absenter toutes les semaines pour aller consulter son psychiatre, prendre un traitement... Et c’est surtout mal connaître la psychose, pathologie se manifestant le plus souvent par un déni des troubles.

Quand bien même quelques « patients » seraient identifiés et pris en charge « de force », il suffit d’être confronté quotidiennement à l’incurie entourant le suivi des injonctions de soins en France pour douter d’une telle mesure.

Nous passerons sur les problèmes pratiques (manque de moyens humains et matériels déjà criants dans les milieux hospitaliers), les problèmes déontologiques (quid du secret médical ?) et la stigmatisation des « vrais » malades, hâtivement assimilés à des djihadistes en puissance...

Le risque terroriste fait aujourd’hui partie de notre quotidien. Le besoin de se rassurer par une expertise psychiatrique confinant à la pensée magique ne le diminuera malheureusement pas.

Le traitement envisagé par le gouvernement semble déjà destiné au même fiasco que les centres de déradicalisation.

David Esposito est psychiatre

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