Loi Travail: les universités échouent, les entreprises trinquent

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Manuel Valls a rendu publiques ses propositions pour la jeunesse dans le cadre de la loi Travail. Une fois de plus, les entreprises sont appelées à financer les échecs de l’Etat, sans que les mouvements de jeunesse ne renoncent à participer au mouvement de contestation. Mais quelle est la logique du Premier Ministre dans cette affaire?

Une fois de plus, les entreprises trinquent

Selon une règle désormais bien arrêtée dans ce pays, le gouvernement propose des lois pour déverrouiller l’initiative économique. Face aux crispations des corporations, il referme peu à peu le noeud coulant et étrangle les entreprises pour satisfaire les intérêts particuliers en tous genres. L’obsolescence des institutions de la Vè République pousse systématiquement à ce calcul suicidaire où toute tentative de relance économique oblige à s’enfoncer un peu plus dans les sables mouvants d’un régime à bout de souffle.

La règle n’a pas failli dans le cas de la loi Travail: conçue pour donner un coup de fouet aux entreprises, elle se transforme en chemin de croix pour les petits employeurs, variable d’ajustement commode face au pouvoir des lobbies qui réclament chacun leur petit cadeau ou leur petite commission. Ancien de l’UNEF, Manuel Valls n’a pas échappé à ce terrible destin.

En annonçant une série d’aumônes, dont une taxation des CDD, le Premier Ministre maintient vivante la fiction selon laquelle le recours aux contrats courts est une manifestation de mauvaise volonté de la part des entreprises.

Le CDD et le naufrage de l’université française

Il faut pourtant bien avoir le courage de mettre les pieds dans le plat: si le contrat à durée déterminée est devenu la voie normale d’intégration sur le marché du travail, c’est essentiellement parce que l’université française ne fait pas le job.

Quand un employeur reçoit la candidature d’un jeune à peine sorti de l’université, il a en effet plusieurs certitudes en tête.

La première certitude est celle d’un niveau mal évalué, où se mélangent indistinctement, et sous le même intitulé de diplôme, des candidatures de qualité et d’autres absolument pitoyables. Le diplôme cache aujourd’hui, parce qu’il est conçu de façon démagogique, des réalités extrêmement disparates. Faute d’une professionnalisation de l’évaluation, un détenteur d’un mastère 2 peut avoir un niveau à peine équivalent à celui du baccalauréat il y a trente ans.

La deuxième certitude est celle d’une impréparation complète à la vie de l’entreprise. Toute la scolarité française est fondée sur l’idée que l’employeur est l’ennemi et que l’entreprise est l’espace de tous les dangers. Cette fiction mortifère dure jusqu’à la sortie de l’université. Lorsque l’étudiant peut être appelé à faire un stage en entreprise pour se préparer à l’âge adulte, il trouve en effet à sa disposition un service universitaire chargé de le « protéger » contre les pratiques abusives des entreprises.

La troisième certitude découle des deux premières: le jeune universitaire connaît généralement très bien ses droits et très mal ses devoirs. Il comprend peu, ou mal, ou tardivement, que, sans client, l’entreprise ne peut le payer. En revanche, il est surinformé sur les protections dont le Code du Travail (mieux nommé ici comme Code de la Paresse) l’affuble.

Bref, le jeune sorti de l’université a toute sa place dans les grandes entreprises où le coût de la main-d’oeuvre est un élément marginal de la rentabilité. En revanche, le passage initial en CDD est à peu près obligatoire dans les PME où le coût du travail pèse effectivement sur les marges de profit. La moindre erreur de recrutement (et Dieu sait s’il est facile d’en commettre) peut en effet coûter très cher à la petite entreprise.

Le CDD, facteur d’intégration sociale

Ce discours est évidemment inaudible dans un monde noyauté par la doxa bisounours selon laquelle le monde s’organise de façon manichéenne entre les gentils salariés et les méchants employeurs. Tout le problème de ce simplisme dégoulinant de bons sentiments est qu’il fait l’économie de la réalité sociale.

L’absence de sélection et d’orientation à l’université produit en effet, chaque hiver, des charrois d’étudiants à la dérive qui abandonnent leur cursus en fin de premier semestre, et s’accordent une pause, une sorte de congé sabbatique, en attendant la rentrée de septembre suivant. Cette masse que l’université évalue mal parce qu’elle ne se soucie pas, contrairement à ses obligations légales, de l’insertion professionnelle des étudiants, est grande demandeuse de CDD. Beaucoup d’étudiants, entre janvier et septembre, cherchent des contrats courts pour gagner un peu d’argent et financer la reprise de leurs études.

En surtaxant les CDD, c’est évidemment ceux-là que le gouvernement, à la demande de l’UNEF, va pénaliser. Aucun de ces étudiants ne demande un CDI, et aucun ne cherche à abandonner ses études. Tous veulent simplement subvenir à leurs besoins et enrichir leur parcours en attendant un retour à meilleure fortune. Tous appartiennent aux milieux sociaux les plus modestes.

Une fois de plus, le syndicalisme de l’UNEF, pouponnière du Parti Socialiste auto-proclamée représentative, sert les plus riches et pénalise les plus pauvres.

Les étudiants paieront la surtaxation de leur contrat

La grande hypocrisie du dispositif consiste à faire croire que l’entreprise paiera effectivement la surtaxe voulue par le gouvernement. Il serait plus honnête de dire qu’inévitablement les entreprises demanderont aux salariés de s’en acquitter à leur place. Pour ce faire, les salaires baisseront et les sommes qui alimenteront la taxe seront donc distraites de la fiche de paie.

Là encore, c’est un fantasme gauchiste coupable de faire croire aux salariés que leur défense passe par une taxe. Il suffit d’ouvrir les yeux le ventre à jeun et le cerveau affranchi des vapeurs de l’acide pour comprendre qu’une taxe ne sert jamais à enrichir ou à protéger un salarié. Elle sert juste à enrichir l’Etat et à augmenter les recettes fiscales.

Pour les étudiants en détresse sociale, le mécanisme retenu par Manuel Valls sera donc doublement pénalisant. D’une part, il se traduira par une baisse de revenus, d’autre part, il se traduira par une raréfaction de l’offre de contrats. Une fois de plus, là où les indispensables coups de pouce à nos jeunes supposent d’encourager les entreprises à les recruter, la politique publique repose sur l’inverse: dissuader autant que faire se peut d’embaucher.

En accordant autant d’importance à l’UNEF, qui ne représente qu’elle-même, Manuel Valls ne pouvait s’attendre à autre chose. Il est assez bien placé pour savoir que les insupportables leçons de morale données par ce syndicat étudiant s’arrêtent là où les intérêts de « l’orga » commencent. Ainsi, l’UNEF s’est fendue d’un couplet sur la protection sociale défaillante des étudiants. Mais William Martinet s’est bien gardé de préciser combien de militants de l’UNEF avaient bénéficié des largesses de la MNEF, devenue LMDE, finalement mise sous administration judiciaire pour sa mauvaise gestion.

Curieusement, personne n’a jamais entendu Martinet se plaindre des délais de remboursement de soins médicaux de la LMDE. Comme toujours, fais ce que je dis, mais ne dis pas ce que je fais.

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