Loi Travail: qui, à la CGT, est à la manoeuvre?

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La CGT mène une campagne active contre la loi Travail. Si les mouvements de blocage se développent sous la bénédiction de Philippe Martinez, la confédération apparaît relativement en retrait par rapport à certains syndicats locaux très actifs. En voici un rapide passage en revue.

Les transports, mi-figue mi-raisin

Après les appels de Philippe Martinez à la grève reconductible, la CGT Transports s’est assez rapidement sentie pousser des ailes. Certains syndicats locaux ont fait preuve d’un véritable activisme, comme le syndicat de Geodis, filiale de la SNCF. La fédération des Transports est toutefois très divisée et son secrétaire, Jérôme Vérité, qui a annoncé qu’il n’y aurait aucun blocage de routes, n’appartient pas à l’aile la plus dure de la confédération.

Proche de Thierry Lepaon, Jérôme Vérité s’est d’ailleurs empressé de “dealer” un arrangement avec le gouvernement, dont la valeur est très relative, mais qui justifie une sorte de crise. Sur ce point, Manuel Valls peut donc être rassuré.

La chimie, une fédération plus explosive

La fédération de la chimie apparaît comme beaucoup plus soudée et organisée pour faire face à la grève. C’est d’ailleurs elle qui a efficacement pris le relais pour bloquer les raffineries et les dépôts d’essence. Conduite par Carlos Moreira, la fédération compte quelques ténors comme le délégué central de Michelin, Hervé Bancel, qui déclarait au dernier congrès de la confédération:

Pour nous, le retrait du projet de loi El Khomri est le meilleur moyen de renouer avec la victoire et que tous ceux qui luttent pour ce retrait sans compromission soient les bienvenus. Arrêtons de tergiverser, mettons-nous en ordre de bataille, retrouvons nos fondamentaux de lutte de classes et de masse et faisons reculer ce gouvernement et le patronat par la même occasion, en bloquant les profits. Dans chaque entreprise, ainsi que dans la fonction publique, et partout en France, le seul mot d’ordre doit être LA GRÈVE.

 

Il existe donc un vrai risque pour que cette fédération participe à un durcissement effectif du mouvement.

L’Union de Seine-Maritime

Les militants de la chimie peuvent trouver, en Seine-Maritime, où la raffinerie du Havre est bloquée depuis le début, d’importants soutiens. L’Union Départementale 76 est en effet tenue par les activistes lambertistes et par la gauche prolétarienne. C’est largement sur eux que Philippe Martinez s’est appuyé au congrès d’avril pour lancer un appel à la grève générale reconductible.

RATP et SNCF en embuscade

Dans la foulée des mouvements organisés dans le secteur pétrolier, les fédérations historiques de transports de voyageurs (RATP et SNCF) devraient retrouver une certaine ardeur. L’ambiance n’y est pourtant pas à la fête. Ces fédérations sont en effet en perte de vitesse dans chacune des entreprises où elles occupent une place historique. Elles paient très largement une usure et des pratiques très critiquables.

La relance des grèves leur donne l’occasion de mettre en avant des revendications statutaires et salariales. Toutefois, il s’agit d’une sorte d’infanterie de ligne sans véritable capacité d’innovation dans les luttes.

La tentation PSA pour la CGT

Il faudra suivre avec intérêt les actions qui seront menées chez Peugeot jeudi, à l’initiative de Lutte Ouvrière et de la Gauche Prolétarienne, très implantées dans l’entreprise. Souvenons-nous de ce qui était dit en 2013 sur la grève “historique” qui avait paralysé l’entreprise:

Dès 2007, les ouvriers avaient testé leurs forces (“Grève de classe à PSA Aulnay“), ils savaient qu’ils pouvaient compter sur 300-350 grévistes solides, des jeunes qui se connaissent, déterminés. Et puis une équipe de militants radicaux de terrain, dans l’usine, ça donne une capacité d’organisation et de mobilisation, c’est évident, ça donne des actions quotidiennes, ça donne des assemblées, ça donne une grève organisée méthodiquement et rigoureusement (et donc la confiance aux grévistes).

 

Les fédérations incertaines

Certaines fédérations de la CGT pourraient par ailleurs basculer dans la grève du fait de leur affaiblissement ou de leurs tensions internes. C’est par exemple le cas du syndicat de la santé, où une majorité de militants a fait barrage à la réélection de l’ancienne secrétaire, accessoirement Mme Martinez à la ville. Et c’est peut-être le principal problème du gouvernement aujourd’hui. Il ne tient pas à un poids excessif de Philippe Martinez au sein de son organisation, mais plutôt à ses difficultés internes.

Rappelons que le rapport moral de Martinez a rassemblé moins de 60% des militants au dernier Congrès. Ce score extraordinairement bas traduit une crise forte de l’organisation dont la conséquence est assez rapide: le syndicat est désormais “tenu” par ses fractions les plus dures.

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