Loi Travail: Valls et la France des 20%

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La discussion sur la loi Travail avance, et l’idée pointe désormais de taxer les CDD pour rassembler une majorité de gauche sur le texte. C’est une terrible et calamiteuse fatalité: la réforme du pays est désormais prisonnière d’une gauche qui ne représente pas plus de 20% des Français. Du haut de ce remarquable score, elle prend les 4/5 du pays en otage.

La loi Travail et le fétichisme de la taxe

L’évolution du débat sur le pré-projet de loi est à la fois prévisible et décevante. La loi Travail avait une ambition: faciliter les embauches dans les entreprises en donnant de la flexibilité au contrat de travail. On peut en penser beaucoup de mal. Il n’en reste pas moins que c’était une loi qui pariait sur l’envie des employeurs de prendre des risques en recrutant, dans un pays où le chômage de masse est devenu un mal endémique.

L’idée suscite des blocages et des rejets. Et comme toujours dans notre pays, le blocage idéologique soulève immédiatement un réflexe: faisons une taxe, et le problème sera réglé! Tel est le destin des pays où la gauche est l’héritière du protestantisme. Au lieu de résoudre ses conflits par de saines perversions, comme le monde catholique pouvait le faire, nos néo-calvinistes ont un tic, celui de lever un nouvel impôt pour faire la synthèse des positions antagonistes.

Et voici comment une loi qui devait encourager les employeurs à recruter devient une loi punitive qui augmente les charges salariales des entreprises. Heureusement que François Hollande avait annoncé un moratoire sur les impôts et les charges!

La loi Travail victime de la gauche 20%

Cette extraordinaire transformation dans l’état d’esprit (qui nous rassure: pour une fois, l’entrepreneur n’aurait pas été considéré par les pouvoirs publics comme un gangster à surveiller) gouvernemental a une explication simple. Les mouvements étudiants sont dans la rue, la CFDT menace de les rejoindre, et le PS ne se sent pas de voter la loi en l’état. Tous ces braves gens ont fait alliance pour empêcher le vote d’une loi scélérate qui laisserait croire que le chômage naît d’un excès de protection accordé aux salariés. Alors que non! le chômage persistant en France, c’est forcément la faute des employeurs!

Or, que représentent aujourd’hui les forces qui combattent la loi?

Prenons le seul exemple du PS: la majorité parlementaire, rappelons-le, réduite au seul groupe socialiste, a recueilli au premier tour des législatives de 2012 pas moins de 9,4 millions de voix sur un corps électoral de 43 millions. On dépasse donc à peine les 20% de l’opinion prise dans son ensemble. Fort de cette représentativité, le groupe socialiste à l’Assemblée Nationale impose sa loi au pays, faite de postures coupées des réalités, de mépris pour tous ceux dont la tête dépasse et qui ne se satisfont pas de vivre de minima sociaux ou de rémunérations de la fonction publique.

La loi Travail et l’UNEF

On dira pire encore de l’UNEF dont la représentativité est totalement inconnue, non mesurable, et totalement discutable. Rappelons qu’aux élections étudiantes, la participation moyenne est inférieure à 10% et que l’UNEF n’y détient pas la majorité absolue. Elle est notamment talonnée par la FAGE qui fait partie des « réformistes ».

L’idée selon laquelle une manifestation de l’UNEF suffit à amender fondamentalement la loi est donc absurde et totalement contraire à la démocratie. L’UNEF se fait entendre, mais pas dans les urnes, et céder à ses manoeuvres d’intimidation revient tout simplement à donner le pouvoir à une minorité qui n’obéit qu’à elle-même, sans aucun mandat populaire.

Si l’on ajoute les liens malsains que l’UNEF entretient avec la gauche de la gauche, on voit que le syndicat étudiant est au mieux une arme de poing détenu par une minorité qui en tire des profits personnels. Ceci n’a rien à voir avec le mouvement social, soyons clairs.

La loi Travail et la CFDT

Enfin, Manuel Valls est logiquement entré dans un huis clos avec la CFDT qui laisse songeur. La confédération « réformiste » ne représente elle-même pas plus de 20% des salariés du privé. C’est pourtant elle qui fait la décision aujourd’hui, et impose des mesures qui sont systématiquement favorables aux grandes entreprises qui la financent, mais défavorables aux PME et TPE qui lui ferment ses portes.

On le regrettera amèrement! La CFDT a du bon lorsqu’elle tempère la folie des syndicats contestataires financés par le service public. En revanche, le pouvoir qu’elle détient aujourd’hui au nom d’une pseudo-démocratie sociale condamne le Mittelstand français, dont la croissance a tant besoin, à être systématiquement disqualifié au bénéfice de la noblesse d’Etat qui colonise les ex-entreprises publiques.

Bref, un régime qui donne une majorité artificielle à des forces aussi peu représentatives mérite de disparaître.

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1 commentaire sur Loi Travail: Valls et la France des 20%

  1. Bravo, votre article résume bien la situation lamentable de notre pays : la majorité silencieuse se fait une fois de plus avoir par des bons à rien qui n’ont jamais mis les pieds dans une entreprise et ne savent pas du tout ce que travailler veut dire, à commencer par les gouvernants qui recueillent la palme de l’incompétence suivis de près par l’assemblée nationale toute aussi ignare du monde réel dans lequel nous nous débattons au quotidien….

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