Macron : après le sacre, réformes ou révolution ? par Jean-Marc Boyer

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Article paru dans la Gazette de l’Assurance

E. Macron s’est fait sacrer au Louvre, demeure historique du souverain, d’un pays qui ne l’est plus totalement. Cela fût plus précisément cour Napoléon, qui a accédé au pouvoir également après un concours de circonstances, et une révolution qui n’était, celle-là, pas de papier. Les deux « souverains » ont été conseillés par des femmes plus âgées.

E.M., impérial, était intronisé par le seul hymne à la joie. La veille du 8 mai, E.M. a choisi la musique allemande de L. Beethoven*, qui avait été admirateur de Napoléon avec la 3ème symphonie « héroïque », puis hostile à la guerre avec cette 9ème. Cet hymne à la joie est un poème de F. Schiller vantant « la fille de l’Elysée… L’ivresse s’empare du vermisseau, Et le chérubin apparaît devant Dieu**…Frères, au-dessus de la tente céleste, Doit régner un tendre père. Vous prosternez-vous millions d’êtres ?***…

Les réformes paradoxales :

–          Une ordonnance renforcera la loi El Khomri (dont les textes d’application sont à peine parus), alors qu’E.M. s’est évertué à ne pas se présenter comme la suite d’Hollande. Il s’est déclaré pour le dialogue social et passera par ordonnance, ne négocie qu’avec la CFDT (mais recevra pour la forme tous les partenaires sociaux en tentant de les curiacer), et va s’attaquer aux principaux financements du paritarisme (nationalisation de l’Unédic, mise à plat des régimes de retraite, suppression du RSI, 15Md€ pour la formation professionnelle publique, suppression du reste à charge au détriment des régimes paritaires de santé).

–          La Nième loi de moralisation de la vie publique vise le népotisme parlementaire, mais confortera la mainmise de la haute administration sur la politique, les grandes entreprises, les médias, etc.

–          Le mois de service militaire sera rétabli (E. Macron ne l’a pas connu et F. Hollande aurait dû être réformé). Le terrorisme n’étant pas une priorité choisie, E.M. constituera simplement de nouveaux comités théodules.

–          L’éducation sera dédoublée pour la petite enfance (E. M. n’a pas d’enfants), privilégiée dans les zones prioritaires (est-ce conforme au principe d’égalité ?).

–          Le pur littéraire E.M. s’affiche comme adepte de la révolution digitale, mais il a été victime de hackers et des « macronleaks ». Il a aussi été inquiété sur les modalités de sa participation au Las Vegas Consumer Electronics Show.

–          L’europhile E.M. (après avoir été chevènementiste donc souverainiste) sera hostile au Brexit. T. May aura du mal à obtenir un score équivalent à E.M. pour conforter sa stature dans les discussions. Pour A. Merkel, également en campagne contre le SPD, le triomphe d’E.M. n’est pas une si bonne nouvelle. Soit E.M. réussit et le couple franco-allemand se reconstituerait, au détriment du leadership purement germanique. Soit il échoue et les extrémismes domineraient la scène hexagonale.

Les difficultés financières :

Le contexte économique est une reprise atone, une stagnation du chômage, des déficits fiscaux et sociaux à peine réduits mais un déficit commercial accru, un Etat à réformer après 20 ans d’inaction (rois fainéants, fébriles ou hypo-présidents).

La réduction des déficits sociaux est illusoire. L’élargissement de la couverture chômage ne se traduira pas par 10Md€ d’économies. E. M., fils de médecins, commence par supprimer le reste à charge en santé. Cela coûtera plus aux régimes obligatoires, enlèvera l’incitation à la modération, et limitera même les guérisons si l’on pense que pour guérir il faut participer. Les 15Md€ d’économies envisagées en santé ne cadrent donc pas avec les promesses.

La réduction du déficit des collectivités locales (10Md€) relève de la stipulation pour autrui. La suppression de 80% des taxes d’habitations assècherait le financement des collectivités locales.

La réduction des déficits publics (25Md€ planifiés) supposerait qu’un schumpetérien (l’économie digitale disruptive serait supposée créer au moins autant d’emplois qu’elle en détruit) puisse convaincre des keynésianistes (le centre gauche continue à croire que la dépense publique créé de la richesse, ce qui est faux en économie ouverte comme la France). D’où, par exemple, un plan d’investissement de 50Md€ et un fonds pour l’industrie et l’innovation de 10Md€, sans compter les promesses électoralistes non financées.

E.M. demande un audit des finances publiques (à ses camarades de l’Inspection des Finances ? sauf à demander à la Cour des Comptes dont ce serait le rôle). Qu’en pensera son ancien collègue à Bercy M. Sapin ?

La recomposition des partis aux législatives:

–              En Marche, désormais la République En Marche (REM) a désigné à sa nouvelle présidence, Catherine Barbaroux (68 ans), comme E.M., ancienne banquière (ADIE), Sciences-Po et ayant connu la haute fonction publique. REM va jouer la carte –usée- de « donner une majorité au Président ».

–              LR et surtout le PS vont essayer de sauver les meubles, avant de probables recompositions. Le point clé sera la tolérance à la double appartenance de candidats LR ou PS se présentant sous l’étiquette REM.

–              Le FN (qui entend aussi se réformer après des défections) et la France Insoumise auront environ 10 fois moins de postes dans l’hémicycle que leur prorata dans l’électorat. Cela attisera les colères populistes. Le Front social commence déjà à manifester.

Le sacre impérial d’E.Macron a été accompagné par L. Beethoven. Sera-t-il suivi aux législatives par le massacre du printemps, façon I. Stravinsky**** ?

*Et non pas « van » Beethoven, il ne s’agit pas d’un titre de « propriétaire terrien » ; Ludwig B. se revendiquait plutôt « propriétaire intellectuel ».

**Emmanuel : « Dieu est avec nous » étymologiquement.

*** Freude … Tochter aus Elysium… Wollust ward dem Wurm gegeben, und der Cherub steht vor Gott… Brüder, über’m Sternenzelt, Muß ein lieber Vater wohnen. Ihr stürzt nieder, Millionen?

****Весна священная. Musique d’avant-garde, créée à la veille de la Grande Guerre.

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