Macron, Estrosi, Unedic: les élites françaises au bord de la crise de nerf

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Les élites françaises se laissent-elles peu à peu contaminer par le “dégagisme” et autre “çavapétisme” qui dominent dans l’opinion française? Les fortes tensions liées à une campagne présidentielle hors norme contribuent en tout cas à l’apparition de vrais clivages dont on peut se demander de quoi ils sont le signe. Les plus optimistes n’y verront qu’un dommage collatéral d’une ambiance collective délétère. Les autres constateront que, face à la nécessité des réformes, la réaction nobiliaire qui est prête à tout sacrifier pour préserver ses intérêts cause de sérieux dégâts.

L’affaire Estrosi, signe de rupture dans les élites françaises

Samedi, l’entretien “républicain” entre Estrosi, président de la région PACA, et Emmanuel Macron, a fait couler beaucoup d’encre et de venin. Rappelons qu’Estrosi a “gagné” sa région contre le Front National avec le soutien des voix socialistes. Le même Estrosi avait demandé à François Fillon de se désister au vu des affaires qui lui collaient à la peau. Dans ce contexte, l’entrevue entre Estrosi et Macron prend des allures de trahison pour guigner un poste à la sortie des urnes.

Voilà une façon ancienne de faire de la politique qui illustre une fois de plus les mensonges de cette campagne. Emmanuel Macron campe volontiers le rôle de l’homme nouveau. Mais il fraie de façon fascinante avec le monde ancien. Entre le ralliement de Valls, vaincu à la primaire de la gauche par Benoît Hamon, et ces ronds-de-jambe avec des élus qui peineront à incarner la modernité, le pire est à craindre pour l’après-scrutin dans l’hypothèse où Macron serait élu.

Ce qui frappe surtout, c’est la virulence des scissions qui se dessinent à cette occasion autour des candidats. On sent bien qu’à droite comme à gauche, les vieux appareils politiques sont au bord de l’implosion, pendant que la campagne a hystérisé les débats et les passions.

Le patrimoine de Macron fait toujours tache

Pour les institutions, la situation pourrait durablement être ternie par la passivité de la Haute Autorité pour la Transparence de la Vie Publique, qui n’a rien trouvé à redire à la déclaration d’Emmanuel Macron. Comme le souligne Sébastien Laye dans nos colonnes aujourd’hui, ce document pose quand même quelques problèmes majeurs. Le candidat y déclare en effet d’importants travaux dans la maison de son épouse, sans que ceux-ci ne soient valorisés dans un quelconque actif imposable.

L’opération donnera quelques idées à ceux qui se demandent comment défiscaliser leur actif: il leur suffira à l’avenir d’investir dans des opérations chez des proches et considérer qu’il s’agit là d’un don en nature non fiscalisable. On n’arrête pas l’innovation dans ce pays!

En attendant, on voit bien que, là encore, la situation est tendue. En réalité, une partie de l’élite française rejoint le petit peuple dans le constat cinglant d’une dépossession démocratique. Le débat de la présidentielle le révèle au grand jour: pour sauver les meubles d’un système à bout de souffle, le macronisme, formule remarketée du hollandisme, bénéficie d’un traitement de faveur dans les medias subventionnés, façon candidat officiel sous le Second Empire. Il n’est pas sûr que ce coup de force soit payant à long terme.

La “démocratie sociale” contaminée

Nous signalions que la perspective d’une victoire d’Emmanuel Macron, jacobin assez peu sensible aux sirènes des corps intermédiaires, avait poussé les partenaires sociaux à négocier préventivement un protocole d’accord permettant de renouveler la convention d’assurance chômage pour les années à venir. Personne n’est vraiment convaincu du bien-fondé juridique de cette opération, mais elle donne au moins aux syndicats l’illusion de se protéger contre une intervention directe de l’exécutif cette année. L’espoir fait vivre!

Pour parvenir à un protocole d’accord en urgence, le MEDEF a accepté une augmentation provisoire des cotisations chômage et une surtaxation des contrats courts. Cette concession au paritarisme de gestion était probablement le geste de trop dans la pétaudière: plusieurs fédérations ont manifesté leur réprobation contre ces concessions qui leur coûteront chef. C’est le cas de l’UMIH, l’une des fédérations de l’hôtellerie, branche où l’on consomme le contrat court comme un ogre mange les enfants.

De là à penser que l’hystérisation du débat public atteint les milieux patronaux, il y a un pas que nous franchissons allègrement. La solidarité patronale est désormais un lointain souvenir. Face aux appétits hégémoniques de l’UIMM, comme au bon vieux temps – l’UIMM qui a porté le fer dans cette négociation pour obtenir un accord, et qui réclamera la présidence du MEDEF au départ de Pierre Gattaz – le monde patronal se rebelle.

C’est peut-être que la dégradation de la situation est telle que la situation n’est plus gérable sans affrontements?

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