Macron, Israël et les réfugiés: une provocation

Lutter contre l'antisémitisme, est-ce bien accueillir les réfugiés? C'est ce qu'Emmanuel Macron vient de dire à l'occasion de la commémoration de la Rafle du Vel d'Hiv', en présence de Benjamin Nétanyahou. Et là, on s'est pincé parce qu'on n'y croyait pas. 

La photo ci-dessus vient de l'UNRWA (office des Nations Unies pour la Palestine). Elle montre des réfugiés palestiniens en 1948, qui ont fui les exactions massives commises par l'armée israélienne à l'occasion de la guerre d'indépendance pour créer une homogénéité ethnique dans le pays. Depuis 1948, Israël refuse systématiquement le droit au retour des réfugiés palestiniens. 

Inviter Netanyahou à célébrer l'accueil des réfugiés comme forme de lutte contre l'antisémistisme constitue une sublime provocation de notre Président de la République. 

L'armée israélienne a fabriqué des réfugiés par milliers

Très longtemps, les historiens (notamment en France) ont fait vivre le mythe d'une fuite volontaire des Palestiniens en 1948 hors d'Israël. À partir de 1988, l'accès des historiens aux archives officielles israéliennes a permis de changer cette version mensongère de l'histoire. 

Dans la pratique, dès le 14 mai 1948, les forces israéliennes, qu'elles soient officielles (la Haganah) ou parallèles (l'Irgoun de Begin) se lancent dans des opérations d'expulsions plus ou moins brutales de villages palestiniens. Sur tous ces points, les travaux de l'historien israélien Benny Morris ont permis d'avoir un compte-rendu précis. 

Israël contre le droit au retour des réfugiés

En 1974, l'assemblée générale de l'ONU adopte la résolution 3236 qui proclame notamment le droit au retour des réfugiés palestiniens. Cette résolution est, depuis cette époque, restée lettre morte pour des raisons qu'on prend facilement. Il existe près de 6 millions de réfugiés palestiniens disséminés au Proche-Orient (soit autant que de victimes officielles de la Shoah) et presqu'autant que d'habitants d'Israël. 

Démographiquement, les raisons qui ont poussé les Israéliens à chasser les Palestiniens de leurs terres sont donc encore à l'oeuvre. Si les Palestiniens devaient revenir sur les terres qui leur ont été confisquées par la force en 1948, Israël deviendrait de fait un État arabe. 

Israël et les massacres de Sabra et Chatila

En 1982, l'armée israélienne envahit le Liban et occupe Beyrouth. Le 1er septembre, les milices armées palestiniennes quittent la ville sous surveillance internationale. L'armée israélienne encercle alors les camps de réfugiés de Sabra et Chatila. Les milices chrétiennes profitent de cette présence militaire pour massacrer à tour de bras dans les camps. Le massacre a duré deux jours (14 et 15 septembre). Plusieurs milliers de réfugiés palestiniens y disparaissent. 

Précisons simplement que le ministre israélien de la Défense s'appelle à cette époque Ariel Sharon. Devenu Premier Ministre, celui-ci choisira à plusieurs reprises Benyamin Netanyahou comme Ministre.

Et voilà comment on se retrouve un jour à Paris pour donner des leçons de lutte contre l'antisémitisme par l'éloge du bon traitement aux réfugiés de guerre. Une seule leçon à retenir de cette vaste opération de propagande: la commémoration est un attrape-mouche à la mode pour manipuler les esprits. 

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*


Lire les articles précédents :
Gaz naturel: Erdogan de plus en plus nerveux en Méditerranée

Erdogan a économiquement besoin du gaz russe pour son approvisionnement énergétique. Sa recherche de solutions alternatives le rend extrêmement nerveux....

Fermer